( 30 août, 2018 )

Il était un coquelicot,

Il nous est arrivé sur les ailes du vent,

Depuis le champ voisin, ou de beaucoup plus loin,

Sous le chemin de fer, il s’est glissé viv’ment,

Pour trouver dans la terre, une source à ses besoins…

 

Endormi tout l’hiver, loin du froid et du vent,

Aux premières douceurs, il étire ses racines,

A la terre nourricière, il s’accroche vaillamment,

Et tourne son cœur tout neuf vers l’aube cristalline…

 

Usant de tout son art, et d’un instinct primal,

Il évite les pierres, et tous ses prédateurs

Pour se désaltérer de rosée matinale,

Sous l’œil indifférent de tous les voyageurs

 

Accroché vaille que vaille au bord du quai de pierre,

Chaque jour plus solide, chaque jour plus vivant,

Il étale ses feuilles, les gorge de lumière,

Quand son bouton timide, tangue et danse sous le vent…

 

Ses pétales fripés apparaissent un matin,

Petite tache écarlate dans la lumière de l’aube,

Les uns contre les autres dans le soleil qui point,

Dans un ultime élan il déploiera sa robe…

 

Deux jours, peut-être trois pour s’offrir aux regards,

Malgré toute la violence du souffle des trains qui passent,

Deux- trois jours seul’ment en plein cœur de la gare

Comme pour prouver au monde sa force plus que sa grâce !

 

Chaque jour je découvre avec émerveillement

Sa gracile beauté, sa fragile puissance,

J’y vois comme un espoir, la lueur d’un printemps

Pour tous ceux qui un jour, ont perdu la confiance !

 

Il n’a pas le parfum capiteux de la rose,

Ni la robe majestueuse de la belle orchidée,

Du lys royal et fier, il ne prend pas la pose,

C’est juste un coquelicot, de son monde égaré…

 

Réfugié loin des siens, de sa terre maternelle,

Dans ce désert de pierre, il lutte pour sa vie,

Etrange similitude dans la ronde éternelle

Avec ceux d’entre nous que l’on chasse et qui fuient…

 

J’imagine la force, j’imagine le courage,

Et toute l’envie de vivre qu’il a dû déployer

Pour vaincre les obstacles de son si long voyage

Et venir fleurir là, dans ces pierres fissurées…

 

Pied d’nez au vent du nord qui l’a mené ici,

Loin des terres fertiles, loin de ses frères et sœurs,

Symbole sans conteste des sans-noms, des petits,

Si j’avais une bannière, il en serait la fleur !

 

 

Herrlisheim – 10 Juin 2018

( 30 août, 2018 )

Entre deux,

Il y a eu la musique qui nous as rassemblés,

Des mots et puis des rimes qui nous ont chavirés,

Il y a eu des échanges, des rêves et des partages,

Un enthousiasme fou surgi dans ton sillage…

 

Il y a eu l’impatience de partir sur les routes,

Sans se poser d’questions, sans l’ombre du moindre doute,

Il y a eu toutes ces routes qui filaient sous nos roues,

Des hôtels et des trains, et d’drôles de rendez-vous…

 

Il y a eu l’explosion des cœurs qui se libèrent

A la toute première note du tout premier concert…

Il y a eu toutes nos danses, nos larmes d’émotion,

Le plaisir sans égal d’une parenthèse passion…

 

Il y a eu des étés de jolies déraisons,

Des points d’exclamation pour rythmer nos saisons,

Y a eu des rencontres, de joyeuses retrouvailles,

Le soleil et la pluie comme autant de batailles !

 

Et puis un soir d’automne, il y eut une dernière fois,

Un ultime voyage, et nos cœurs soudain froids,

Un peu triste peut-être, au bord d’une aube grise,

Nous avons, en silence défait toutes nos valises…

 

Comme à la fin d’une fête, on a tout bien rangé,

Ramassé nos souv’nirs faits de papier glacé,

Et gardé bien au chaud, au creux de nos mémoires,

Toutes nos nuits étoilées et nos rêves d’un soir !

 

De partages en clin d’œil pour rompre nos silences,

Le temps s’en est allé, brûlant nos impatiences…

La vie nous a repris, nous offrant des soleils

Et des nuages aussi, comme un destin qui veille…

 

Les saisons, une à une ont glissé sur nos cœurs,

Sans que pâlissent, jamais, nos souvenirs à fleur…

D’un soleil de printemps, on a fait un av’nir,

D’une main sur un piano, un rêve en devenir…

 

Car nous sommes entre deux, et le manque nous gagne,

Malgré la vie qui coule comme torrent de montagne,

Car nous sommes à la veille d’une nouvelle aventure,

Et les heures, soudain, se figent, s’étirent et durent…

 

Ressurgissent les plaisirs, refleurissent les images,

On voudrait tout savoir, déjà, des paysages

Qui nous emporteront, ici, ou bien ailleurs,

Qui réveilleront nos vies et feront battr’nos cœurs !

 

Trois notes de piano pour nous faire patienter,

Un accord de guitare, pour nous électriser…

Une photo qui voyage plus vite que la lumière,

Et nos yeux qui s’allument d’une flamme légère !

 

Et nos cœurs en avance échappent au quotidien,

Nos pensées vagabondent déjà loin vers demain,

L’entre deux va mourir sur un nouveau refrain,

Nous allons repartir, ensemble sur tes chemins…

 

Herrlisheim – 30 Août 2018

( 12 août, 2018 )

Le panneau départs

Mais que devient une gare sans son panneau départs,

Qui d’une seconde à l’autre ravit puis désespère,

Selon qu’il affiche l’heure ou un temps de retard,

Qui brise notre patience ou provoque nos colères…

 

Peu importe la ville de France ou de Navarre,

Peu importe la taille, l’âge, la beauté des murs,

Il attire toujours le tout premier regard

De qui passe la porte du temple d’aventure…

 

Des allers, des retours, il marque le tempo,

Agace le pressé, rassure le flâneur,

Mais jamais l’un et l’autre ne lui tourne le dos,

Par crainte qu’en une seconde, il ne leur vole une heure…

 

Voyez chaque matin, tout à leur impatience,

Les voyageurs du jour, groupés, le nez en l’air

Qui attendent fébriles, dans un curieux silence

Que s’affiche la voie du convoi qu’ils espèrent…

 

Entendez ces soupirs quand enfin sonne l’heure,

Ces murmures agacés quand s’affiche un retard,

Le désordre joyeux de tous les voyageurs

Qui s’élancent d’un seul pas à l’annonce du départ…

 

Ecoutez résonner, quand ils existent encore,

Les tableaux à palettes, mécaniques du passé,

Qui, comme par magie, dans un clac-clac sonore,

D’un mot en font un autre dans un ballet rôdé !

 

Ils habillaient un mur, on les voyait de loin,

Aucune méprise possible, pas besoin de chercher,

Ils s’offraient aux regards du voyageur chafouin,

Répondaient aux questions du passant égaré…

 

J’ai, vous l’avez compris, une nostalgie tenace

Pour cet antique symbole, repère intemporel,

Et le regret chagrin, quand disparait sa trace,

Chassé de son domaine par des écrans virtuels…

 

Ils se ressemblent tous, ces nouveaux messagers,

Afficheurs bleus et verts, accrochés au hasard,

Qu’un rayon de soleil d’un coup va aveugler,

Mais sans âme surtout à offrir à la gare…

 

Qui peut encor’ rêver sous le panneau départs,

En voyant défiler mille possibilités ?

Qui peut s’imaginer voyageur du hasard

Dans toutes ces gares clonées, lissées, aseptisées…

 

Herrlisheim – 08 Août 2018

( 30 avril, 2018 )

Les âmes simples

Ils ont dans le regard la candeur de l’enfance,

La démarche un peu lourde, hésitante quelquefois,

Mais le sourire sincère, sans crainte et sans méfiance

De ceux qui n’voient jamais le mal, où qu’il soit…

 

Ils arrivent chaque jour avec le même train,

Souriants et bavards, ils traversent la gare,

Et reviennent chaque soir avec le même entrain,

Heureux de nous conter toutes leurs petites histoires !

 

L’heure exacte du train est pour eux un repère,

Comme l’arrêt d’autobus ou le quai de départ,

Mais bien vite dans leurs yeux naissent des larmes amères,

Lorsque le quotidien chavire et les égare…

 

C’est un bus parfois qui remplace le train,

Ou bien un incident qui décale l’horaire,

C’est un train en retard qui brouille leur quotidien,

Ou un train différent qui tout à coup, les perd…

 

C’est la panique soudain pour une panne d’ascenseur,

Un verrou capricieux qui les a enfermés,

C’est un écran éteint qui réveille leurs peurs,

Un retard d’autocar qui les fait paniquer !

 

Alors ils viennent vers nous, les yeux pleins d’espérance,

Expliquent leur problème en buttant sur les mots,

Luttant contre leur peur, ils nous offrent leur confiance,

Pour remettre à l’endroit leur monde qui prend l’eau…

 

Sont-ils ou non conscients de toutes leurs différences,

Dans ce bonheur sincère qui semble les habiter ?

Ils sont les âmes simples qui de leur innocence

Ensoleillent de leurs rires nos saisons oubliées…

 

Mais il en est certains, oubliés de la vie

Qui errent dans la gare dès le petit matin,

En quête d’attention, d’un peu de compagnie,

Ou juste d’une cigarette pour oublier demain…

 

Enfermés dans leur monde sans passé, sans av’nir,

Ils semblent chaque jour prendre le même chemin,

Se perdre et divaguer dans le même délire,

Répétant à l’envi les mêmes mots incertains…

 

Certains parlent d’enfants qu’ils iront bientôt voir,

D’autres d’un coin de France où ils vont retourner,

Pendant qu’une drôle de dame cherche dans sa mémoire

Ses souvenirs qui fuient plus vite que ses années…

 

Qui sont ces égarés ? Qui sont ces oubliés ?

Ames simples et perdues dans ce monde qui court…

N’y aura-t-il donc personne dans cette vie sans pitié

Pour bercer leurs angoisses, leurs peurs de chaque jour ?

 

Leurs regards nous renvoient à nos angoisses profondes,

Leur folie nous effraie chaque fois qu’elle nous effleure,

Quand, à courir sans cesse, sans perdre une seconde,

Nous oublions un peu, de nos âmes la couleur…

 

Herrlisheim – 30 avril 2018

( 30 avril, 2018 )

Souvenirs d’enfance

Vous souv’nez-vous des voyages éducatifs et des sorties scolaires ?

De vos classes vertes et de vos classes de mer ?

Vous souv’nez-vous des colonies d’vacances,

Quand vos cœurs hésitaient entre larmes et silence ?

 

Vous souv’nez-vous de ces veilles de grands départs ?

De vos nuits sans sommeil, des rêves et des cauchemars ?

Entendez-vous vos cœurs qui battaient bien plus fort,

De souv’nirs en avance, des plaisirs qu’ils ignorent ?

 

Avez-vous en mémoire cette joie mêlée d’angoisse,

Ce réflexe qui disait, soudain d’faire volte-face,

Quand avec un sourire on vous lâchait la main

Tout en faisant semblant de n’pas voir votre chagrin ?

 

Vous souv’nez-vous surtout des imposants bagages ?

Ces valises bien trop lourdes, trop grandes pour votre âge ?

Et des mille conseils et recommandations

Répétés à l’envi pour masquer l’émotion ?

 

… /…

 

Quand, au cœur du grand hall, je les vois patienter,

Ces groupes de bambins bruyants et excités,

Je ne peux m’empêcher, discrètement de sourire,

Rattrapée un instant par mes vieux souvenirs…

 

Il y a le boute-en-train qui ne tient pas en place,

Qui fait rire les copains, éloigne leurs angoisses,

Qui passe de l’un à l’autre juste pour faire connaissance,

Sourd aux rappels à l’ordre qui réclament le silence…

 

Assis sur sa valise, tête basse sans un sourire,

Se tient le plus timide, tout en larmes et soupirs,

Il aimerait être ailleurs, loin de ce hall de gare,

Ou bien être plus fort, plus joyeux, plus bavard…

 

A la lisière du groupe, juste un peu à l’écart,

Il y a les bonnes copines qui échangent leurs histoires,

Qui regardent d’un peu haut ces compagnons d’voyage,

« Ces gamins immatures vautrés sur leurs bagages… »

 

Et voilà le gourmand, plongé dans son sandwich,

Une main sur son soda, l’autre dans un paquet d’chips…

Un sac plein de douceurs posé là, à ses pieds,

Que parce qu’il a bon cœur il partage volontiers…

 

Isolé dans son monde, le nez dans son bouquin,

Celui-là pourrait bien, sans peine rater le train…

Un mot et puis un autre, il glisse de page en page,

C’est dans sa tête qu’il vit ses plus jolis voyages !

 

Et puis il y a bien sûr les accompagnateurs,

Les « monos » et les profs ou les instituteurs

Qui comptent et qui recomptent ces charmantes têtes blondes,

Un peu anxieux sans doute au milieu de la ronde…

 

Ils reviennent chaque année avec le mois de mai,

Réveillent les vieux murs qui sans eux sommeillaient,

Chaque année, différents, tous les mêmes pourtant,

Souvenirs de l’enfance, nostalgie de parents…

 

Herrlisheim – 28 avril 2018

( 15 avril, 2018 )

Ivresse,

Ils ont quinze ans à peine, jamais plus, parfois moins,

Trois ou quatre gamins semblables à tous les autres,

Semblables en apparence, en regardant de loin,

Mais dès qu’on les approche, le constat est tout autre…

 

Ils arrivent en gare une bouteille à la main,

Leurs pas sont hésitants, ce n’est pas la première…

Canette de mauvais rêve, bouteille de mauvais vin,

Une gorgée puis une autre, mais jamais la dernière…

 

Démarche titubante, pas lourds et incertains

Ils tanguent et ils chavirent tout au bord des quais,

Paroles délirantes scandées comme un refrain,

Ils déversent sur le monde le flot de leur venin !

 

Ils trébuchent et ils tombent, rient fort et parlent haut,

Chaque gorgée les éloigne un peu plus du réel,

L’ivresse les libère d’une claque dans le dos,

Leur offre une liberté qui leur paraît si belle…

 

Ils oublient la raison, ils oublient la prudence,

Ne craignent plus personne, n’ont plus peur de rien,

Inconscients ils traversent, insouciants ils s’élancent,

Rien ne les arrêtera…sauf peut-être le train !

 

Quelle vérité trouvent-ils au fond de leur bouteille

A l’âge de tous les rêves et de tous les possibles ?

Quelle sombre tragédie a masqué leur soleil

Pour que l’ivresse seule leur offre l’inaccessible ?

 

Que font-ils à errer sur les quais de la gare,

Voguant d’un banc à l’autre, glissant le long des murs,

Le regard vitreux, l’haleine lourde, l’air hagard,

Sourds, sauf à la bouteille et son grisant murmure ?

 

C’est sur les bancs d’l’école qu’on devrait les trouver,

A apprendre le monde, à découvrir la vie,

Pas sur ceux d’une gare à perdre leurs jeunes années,

A brûler leur jeunesse, leurs sourires, leurs envies…

 

La mère en moi s’émeut, mon cœur est en colère !

Qui a osé leur prendre l’enfance et l’innocence ?

Qui, dans ce monde si froid de peine et de misère

Ose laisser ces enfants s’perdre dans l’indifférence ?

 

Car boire n’est pas un jeu, car boire ce n’est pas rien,

Quand on n’a pas quinze ans, qu’on est juste un enfant !

Boire, c’est gâcher ses chances, c’est se perdre en chemin,

C’est s’échouer sur les rives des rêves adolescents…

 

Il n’y a plus d’éclat, déjà, dans leur regard,

Il n’y a plus d’espérance, il n’y a plus d’illusions…

Naufragés de la vie portés par le hasard,

Au gré du jour sans fin, épaves en perdition…

 

Je hais cette impuissance qui me tient poings liés,

Condamnée à les voir se perdre et se détruire,

Je hais l’indifférence de ce monde formaté

Qui laisse les plus fragiles sombrer dans leur délires…

 

…/…

 

Et nous les retrouverons, dans dix ans, dans vingt ans,

Assis devant la gare, corps brisé, main tendue,

Nous les verrons encore, s’ils sont toujours vivants,

Au bord du long chemin d’une existence perdue…

 

 

Herrlisheim – 12 avril 2018

( 9 avril, 2018 )

Ça suffit

Le discours d’un Président, des soldats au garde-à-vous,

Ça suffit !

Les drapeaux en berne aux fenêtres et aux frontons,

Ça suffit !

Les minutes de silence, les regards un peu flous,

Ça suffit !

Les médailles, les hommages, têtes basses, rouge au front,

Ça suffit !

 

Les marches silencieuses, les cœurs et poings serrés,

Ça suffit !

Les palabres sans fins, les comment, les pourquoi,

Ça suffit !

Les veufs, les orphelins et toutes ces vies fauchées,

Ça suffit !

Les peurs qui nous poussent à désigner du doigt,

Ça suffit !

Ça suffit, ça suffit, ça suffit !!

 

Des millions d’années déjà que nous peuplons la terre,

Des millions d’années déjà, d’inconscience et d’erreurs,

Des millions d’années de massacres et de guerres,

D’intolérance de l’autre, de vengeance, de rancœur !

 

Pour un dieu, une idole, ou pour un bout de terre,

Pour une couleur de peau ou d’autres idéaux,

Parce qu’on n’se comprend pas, on se met en colère,

Parce qu’on a peur, à l’autre, on attribue nos maux…

 

On a bâti un monde de béton et de pierre,

Repoussant la nature jusqu’à n’plus respirer,

On a violé les sols, détourné les rivières,

Pour un peu de richesse ou de commodité…

 

Et reculent les forêts, et avance le désert,

Pendant qu’autour du monde, se vident les océans,

Qu’une espèce disparait, que progresse la misère,

Sans que l’Humanité soit plus heureuse qu’avant…

 

On produit et on jette, toujours plus et moins cher,

On se créée des besoins qu’on n’avait pas vus v’nir,

Quel que soit le pays, on joue la surenchère,

Et pourtant on vit mal, sans joie et sans plaisir…

 

On nous parle de puissance et de gloire millénaire,

De réussite sociale, et d’un rang à tenir,

On nous parle production ou bien chiffre d’affaire,

Mais quel est donc le prix d’un tout petit sourire ??

 

Combien pour le plaisir d’une vie éphémère,

Combien pour la confiance en chaque lendemain ?

Du fond de vos bureaux ou de vos ministères,

Y pensez-vous parfois, Messieurs les Philistins ?

 

Votre orgueil, vos conquêtes, vos choix et vos manières

Ont creusé un abîme entre les continents

Et ouvert pour longtemps les portes des Enfers

Que nous aurons du mal à sceller, à présent…

 

De la terre ne sommes-nous qu’un bourreau, un cancer ?

Une malédiction, une folie, une erreur ?

Ou saurons-nous, avant que n’implose l’univers,

Trouver le bon chemin, celui qui mène au cœur ?

 

Herrlisheim – 05 avril 2018

( 9 avril, 2018 )

Baby Dolls

Petites Baby Dolls aux yeux cernés de noir,

Fillettes grandies trop vite à l’ombre des magazines,

Qui se donnent rendez-vous matins, midis et soirs,

La posture provocante, plus vulgaires que mutines…

 

Elles campent aux lavabos dès les premiers frimas,

Mais investissent les quais aux premières douceurs,

La langue bien pendue et le rire en éclats,

De leur petit royaume, elles chassent les gêneurs !

 

Elles pérorent et se vantent, de tout, surtout de rien,

Partagent une cigarette, un soda, un croissant,

Se battent quelquefois, plus enragées qu’des chiens,

Pour un mot, un regard, elles peuvent montrer les dents !

 

Pas de petits secrets échangés à voix basse,

Aucune discrétion, aucune confidence,

Elles parlent haut et fort, sans douceur et sans grâce,

Comme si tous, nous devions, savoir leurs expériences…

 

L’injure au bord des lèvres, le regard méprisant,

Elles cherchent l’attention du monde qui les entoure,

Pour exister, peut-être, pour exister vraiment,

Pour le croire en tout cas, tant que dure le jour…

 

Ni charme, ni douceur sur ces visages fardés,

Aucune délicatesse dans les gestes, les postures,

Elles affichent fièrement toute leur vulgarité,

S’en couvrent comme d’autres revêt’raient une armure…

 

Pourquoi parler si mal, pourquoi crier si fort ?

Pourquoi ces gestes brusques, pourquoi être agressives ?

A croire qu’elles ne se lèvent que pour se battre encore,

A croire qu’elles ne savent vivre, que sur la défensive !

 

De quoi se défendent-elles derrière ces masques durs ?

De qui se protègent-elles, qu’est-ce qui leur fait si peur ?

A l’âge des possibles, des rêves et des murmures,

Pourquoi sont-elles pétries de colère, de rancœur ?

 

Je ne retrouve rien des rires de ma jeunesse

Dans leurs regards emprunts de haine et de méfiance,

Je n’y reconnais pas ces explosions de liesse,

Ni la douce folie des rêves d’adolescence…

 

Quels chemins leur montrer, quelles portes leur entrouvrir,

Pour qu’elles abandonnent là, leur monde désabusé ?

Comment sans leur mentir, leur parler d’avenir,

Pour qu’elles retrouvent l’envie, un jour, d’y habiter ?

 

Il faut bien, direz-vous, que jeunesse se passe,

Sans doute croiseront elles, un jour, une destinée,

Mais reconnaîtront-elles au fil du temps qui passe,

La minute essentielle où tout peut basculer ?

 

Quand je vois leur mépris des autres comme d’elles-mêmes,

Quand j’entends, pétrifiée, leur absence d’idéal,

L’amertume et la haine qu’elles affichent et qu’elles sèment,

J’ai pour leur avenir, une terreur abyssale,

                        une tristesse viscérale,

                        un doute monumental….

 

Herrlisheim – 30 mars 2018

( 9 avril, 2018 )

Les fantômes du rail,

Assise sur un banc, un sac à ses côtés,

Elle n’est pas différente des autres voyageurs,

Un vague sourire aux lèvres, perdue dans ses pensées,

Un peu nerveuse peut-être, quand elle regarde l’heure….

 

D’une main qui tremble un peu, elle fouille dans son sac,

D’un geste maladroit, elle en tire une image,

Celle de ses jours heureux qui met son cœur en vrac,

Et qui l’a menée là pour un ultime voyage…

 

Un train surgit soudain qui la fait sursauter,

Son souffle emporte au loin la vieille photo jaunie,

Elle la suit un instant d’un œil désabusé,

Et plonge dans le silence des désordres de sa vie !

 

Une heure et puis une autre, assise sur ce banc

La tête basse, les mains jointes comme pour une prière,

Loin de la vie qui bat, loin du monde et du temps,

Immobile, elle se fond dans le décor de pierre…

 

On la repère bien sûr, on sait ses intentions,

Par habitude sans doute, par expérience, hélas…

On s’approche, on lui parle, on sonde ses émotions,

On s’improvise rempart à chaque fois qu’un train passe !

 

On cherche le sésame, le mot qui l’éveillera,

On cherche dans son regard, une larme, un éclat,

Une étincelle de vie qui, peut-être, s’allumera,

Une étoile dans son ciel, pour pas que sonne le glas…

 

On lui offre un verre d’eau, un geste ou un sourire,

L’attention qui saurait fissurer son armure,

On ne pose pas d’questions, on ne parle pas d’av’nir,

Mais on cherche, pas à pas à franchir tous ses murs !

 

Son regard fuit le nôtre, son silence nous exclut,

Elle frissonne sous le vent, mais refuse de bouger,

Elle a cet air perdu de ceux qui n’y croient plus,

Cette presque transparence des cœurs désespérés…

 

…/…

 

Il arrive parfois que nos mots, nos silences

Viennent toucher son âme, au fond de ses enfers,

C’est presque inespéré, on saisit notre chance

Pour l’emmener douc’ment loin du chemin de fer !

 

On la guide, pas à pas, on la met à l’abri,

On obtient un regard, un nom, un téléphone

Pour appeler un parent, une sœur, un ami

Qui saura apaiser la douleur qui résonne !!

 

Mais il arrive aussi que tous nos mots soient vains,

Qu’elle soit déjà si loin du monde et ses couleurs

Que quels que soient les mots, les efforts, les soutiens,

Ce sera sous un train qu’elle jettera ses douleurs !

 

Ici et maintenant, si on tourne le dos,

Ou peut-être demain si on la fait partir,

Malgré tous les méd’cins, les drogues et les mots,

Du rail elle est déjà, fantôme en devenir…

 

Herrlisheim – 25 mars 2018

( 12 mars, 2018 )

Les maîtres du temps,

Ils arrivent avant l’aube, les yeux plein de sommeil,

Endossent leur tenue, un peu comme une armure,

Et avant qu’à l’Orient ne pointe le soleil,

Ils auront, une à une, fait jouer les serrures…

 

L’œil professionnel et le geste assuré,

Ils passent en revue les coins et les recoins,

Ils cherchent le détail qu’ils auraient oublié,

La fausse note qui aurait échappé à leurs soins…

 

Et lorsque sonne l’heure à l’horloge centenaire,

Le sourire satisfait, ils éveillent la gare…

Un quai, et puis un autre retrouve ses lumières,

Et pour finir, bien sûr, le grand tableau départ !

 

Commence alors pour eux, une course contre le temps !

Le temps qui file trop vite quand il faut siffler l’heure,

Ou le temps qui se traîne quand survient l’incident

Et qu’il faut rassurer mille et un voyageurs !

 

Deux minutes d’arrêt ! Allez ! Faut se presser !

Non monsieur, on n’monte plus, toutes les portes sont closes,

C’est pas pour vous gêner, c’est par sécurité,

C’est embêtant, je sais, mais vos vies sont en cause !

 

Bonjour mad’moiselle, que puis-je faire pour vous ?

Dans le train qui s’éloigne, est resté un bagage ?

Ne vous inquiétez pas, on va chercher pour vous,

Peut-être pourrez-vous vite poursuivre votre voyage…

 

Tiens, voilà Béatrice qui repart au long cours…

Son éternel sourire, et son œil pétillant…

Calée dans son fauteuil, bien sûr, comme toujours,

Un mot gentil pour nous, aussi, comme souvent !

 

Et puis voilà Fernand qui retrouve son banc,

Qui marmonne dans sa barbe au gré de ses tourments,

Le monde autour de lui, il s’en moque totalement,

Le dernier train pour lui, est passé y’a longtemps…

 

Une volée de moineaux, hauts comme trois pommes assises

Envahit le grand hall, des étoiles plein les yeux,

C’est leur premier voyage, ils croulent sous les valises,

Allez ! Tout l’monde s’y met, on les aide un p’tit peu !

 

Attention messieurs-dames, voilà les p’tites voleuses !

Diablesses au visage d’ange, prêtes à vous faire les poches !

Gardez bien vos bagages loin d’ces ensorceleuses,

Sous peine d’être victimes de ces drôles de gavroches !

 

Et tournent les aiguilles, et défilent les heures,

Un train, et puis un autre, dans une ronde sans fin…

Et passent les minutes, et s’enchaînent les heures,

Un client, puis un autre, à chacun son refrain…

 

De l’aube jusqu’à mi-nuit, courent les maîtres du temps,

Qui portent à bout de bras, les rêves des voyageurs,

Du lundi au dimanche, peu importe le temps,

Ils sont l’âme des gares, sa vie et ses couleurs !

 

 

Herrlisheim – 12 Mars 2018

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