( 14 juillet, 2019 )

Clic clac

Oui, je le reconnais, ils nous font rire parfois

Ces touristes étrangers qui mitraillent à tout va,

Un panneau ou un banc, ils font feu de tout bois,

Notre monde du leur, diffère-t-il tant que ça ?

 

Ils nous reviennent en force avec le ciel d’été,

Grosse valise en remorque, regards pétillants,

Appareil à la main pour immortaliser

La première impression, le tout premier instant !

 

Dites-moi, leur avouerais-je un jour

Que la petite fontaine qui a leur préférence

Est loin d’être centenaire, offrant depuis toujours

Son filet d’eau glacée aux rêveurs en partance ?

 

Oserais-je leur demander ce qui les passionne tant

Dans l’éclat aveuglant d’un signal rouge ou vert,

Dans un panneau de gare, quelquefois vieillissant,

Ou l’horizon lointain des rails du chemin de fer ?

 

Au-d’là des traditions des touristes en vacances,

Il y a mille occasions d’une photo, d’une image,

Emotion, tranche de vie ou souv’nir en avance,

Parenthèse éphémère d’un instant de partage…

 

C’est l’ami en visite aujourd’hui qui repart,

Les enfants en colo ce matin de retour,

Le voyage d’un frère pour un nouveau départ,

Un retour au pays, pour un mois, pour toujours !

 

 

Ce sont ces amoureux tendrement enlacés

Qui d’une pression du doigt fabriquent un souvenir

Qu’ils chériront chaque fois qu’ils seront séparés,

Une larme au bord du cœur et aux lèvres un soupir…

 

Ce sont les bonnes copines qui papotent sur un banc

Et enchaînent les selfies de leur complicité,

Le regard rêveur, le sourire éclatant,

Elles gravent leur jeunesse pour l’éternité !

 

Le croirez-vous ou pas, j’ai même vu des mariés

Venir chercher ici leur photo de mariage,

Parce que c’est sur nos quais qu’ils se sont rencontrés,

C’est là qu’ils ont voulu écrire leur première page !

 

Et puis il y a bien sûr, les fans, les passionnés

Qui du matin au soir arpentent les quais de gare

Qui prendraient tous les risques pour un joli cliché

D’une rame d’exception, d’une loco un peu rare…

 

Mieux que les cheminots, ils connaissent tous les trains,

Leur âge, leur origine, jusqu’à leur pedigree,

Ils ont quinze ans à peine ou un âge certain,

Un sourire d’enfant, un oeil émerveillé…

 

Décor de défilé, décor de cinéma,

Les gares sont avant tout le décor de la vie,

Ecrin des émotions, de nos larmes à nos joies,

Où parfois tout commence, où parfois tout finit !

 

 

Clic clac, allez-y, immortalisez-les,

Donnez-leur un rôle dans toutes vos aventures,

Vous leur offrez ainsi la possibilité

De garder tous vos rêves au chœur de leurs vieux murs

 

Herrlisheim – 14 juillet 2019

( 29 juin, 2019 )

Ahyat

Je ne connais de toi qu’un visage trop dur,

La morgue de ton regard tout en provocation,

Tes mots toujours violents crachés comme des injures

D’une bouche sans sourire aux lèvres vermillon !

 

Tu as fait de la gare ton quartier général,

Un grand terrain de jeux pour de bien vilains tours,

Larcins et bousculades, rien que de très banal

Dans ta fuite en avant, tes allers sans retour !

 

Un jour tu tends la main pour voler un soda,

Et tu quittes le hall d’un pas toujours tranquille,

Puis c’est un petit pain que tu déroberas,

Sans te cacher, le regard vif, le geste habile !

 

Tu montes dans les trains pour de petits voyages

Qui t’emmèneront là où on t’arrêtera,

Juste pour provoquer, balade sans bagage,

Et sans billet non plus, serait-ce drôle sans cela ?

 

Tu parles fort, tu gesticules,

Tu cherches l’affrontement avec l’autorité,

Ris de notre impuissance et de tous nos efforts

Pour ramener le calme et la sérénité !!

 

La moindre opposition provoque ta colère,

La moindre remontrance, ton mépris arrogant !

Tu exploses, prévisible comme un coup de tonnerre

Dans un orage d’été sous un ciel brûlant !

 

Tu n’as aucune limite, tu n’as peur de personne…

C’est du moins, chaque jour, c’que tu veux nous faire croire,

Mais quelles sont tes pensées, lorsque la nuit frissonne,

Te rattrape et t’env’loppe de son manteau noir

 

 

Bombe à retardement dans une vie sans repère,

Tu es si loin déjà pour qu’on te tende la main,

Aux frontières du mal, tout au bord des enfers,

Tu glisses jour après jour vers de sombres chemins…

 

Tu n’es pourtant rien d’autre qu’une adolescente,

Presqu’une enfant encore, jeune femme en devenir,

Et pourtant, tu es loin des heures insouciantes

Qu’on doit vivre à treize ans, entre rires et sourires…

 

Mais quel est cet enfer où tu as vu le jour ?

Quels monstres se sont penchés, un jour, sur ton berceau ?

Qui t’a autant privée de tendresse et d’amour ?

Qui t’a laissée tomber sous les coups des bourreaux ?

 

Qui a piétiné sans honte ton innocence ?

Qui t’a montré le pire et privé du meilleur ?

Qui t’a poussée à fortifier tes défenses

Et à bâtir des murs tout autour de ton cœur ?

 

Qui a mis tant de haine au bord de ton regard ?

Qui a nourri ton cœur de méfiance, de colère ?

Noyé ton âge tendre dans le pire des cauchemars,

Et détruit l’avenir d’une vie toute entière ?

 

Je ne sais que ta rage, ta colère, tes violences,

Je sais à peine ton nom, je n’sais pas ton histoire,

Mais je sais qu’un jour, on a brûlé tes espérances,

Dans des flammes de haine, d’indifférence, de désespoir…

 

Je ne sais pas tes rêves, si tu as toujours

Je n’sais rien de tes larmes si elles coulent quelquefois,

Mais je sais que tu as cruellement manqué d’amour,

Pour ne voir que le mal et la laideur autour de toi !

 

 

Herrlisheim – 29 juin 2019

( 23 juin, 2019 )

Graffitis

Ils nous peinent, nous agacent et nous mettent en colère,

Comme verrues disgracieuses sur les murs de nos gares

Qui expriment toute la rage, la frustration, la misère

D’un monde dont l’av’nir semble aux mains du hasard…

 

Fléaux de notre époque, ils s’étendent à loisir,

Colonisent chaque espace, s’étirent, prennent leurs aises,

Grignotent les murs vierges de leur hideux sourire,

Nous choquent, nous agressent, nourrissent notre malaise !

 

Tels une lèpre incurable, ils défigurent nos murs,

S’inscrivent sur les trains à coups de bombes rageurs,

Délivrent des messages le plus souvent obscurs,

Planqués dans une débauche de formes et de couleurs !

 

D’aucun diront sans doute, peut-être avec raison,

Que c’est d’art dont on parle, voire même de poésie,

Que ce n’est pas d’hier qu’on griffonne à foison

Sur les murs des villes, au gré de nos folies…

 

Signes de reconnaissance et codes mystérieux,

Slogans identitaires et hommages populaires

Se croisent, se côtoient, s’opposent à qui mieux mieux

Depuis la nuit des temps, depuis l’aube de notre ère…

 

Qui n’a jamais tracé un discret petit cœur

Autour d’une initiale à la sienne enlacée,

Ou percé d’une flèche pour dire toute la douleur

D’un amour impossible, d’une passion envolée…

 

 

Qui n’a jamais gravé dans le bois d’un vieux banc,

Un prénom adoré, un je t’aime éternel

Que rien n’effacera, ni la pluie, ni le temps,

Témoignages sans retour, discrètes sentinelles…

 

Et combien ont laissé, sur une porte, sur un mur,

Une trace indélébile pour marquer leur passage,

Un peu d’éternité, le souffle d’un murmure

A ceux qui viendront là, un jour, lire ces messages !

 

Mais tous les mots d’amour et tous les cœurs gravés

S’effacent aujourd’hui sous une vague de violence,

Aux je t’aime succède toute la vulgarité

De slogans racoleurs, d’injures et d’indécence !

 

Des mots et des dessins de haine et d’ignorance

Qui insultent les uns, stigmatisent les autres,

Qui sur les murs de pierre explosent en silence,

Hurlent la fin d’un monde, comme un mauvais apôtre !

 

Mais quel est donc ce monde qui laisse ses enfants

Recouvrir d’immondices les murs de la Cité

Sans se poser d’questions, sans même prendre le temps

De chercher à comprendre leurs rêves dévoyés !

 

La colère dans les yeux et le geste rageur,

On efface les traces, on lessive, on repeint,

Mais au cœur des vieux murs, chaque mot tracé demeure

Et ronge l’édifice qui implosera demain…

 

Herrlisheim – 23 juin 2019

( 17 juin, 2019 )

L’attente

Deux minutes à attendre le départ du train,

Deux minutes à attendre que montent les voyageurs,

Deux minutes c’est court pour un signe de la main

Ou le tendre baiser, soufflé du bout du cœur !

 

Etrange, qu’en ces temples de la mobilité,

Une gare ne vive que d’attente, de patience,

Pour une minute à peine, ou une éternité,

Le temps de l’au revoir qui marquera l’absence…

 

Mais attendre est un art, chacun a sa manière

De n’pas laisser filer ce temps volé au temps,

Petite pause contrainte au bord du quai de pierre,

Petite bulle hors du monde, impatience de l’instant !

 

Le nez en l’air, la tête dans ses rêves,

Il y a l’infatigable marcheur

Qui enchaîne les pas dans le jour qui se lève,

Et arpente le quai sur toute sa longueur !

 

Pendu au téléphone, l’œil rivé à l’écran,

Il marche au bord du quai, inconscient du danger,

Concentré, à l’écoute, mais tellement imprudent,

L’équilibriste oublie qu’un train peut l’emporter…

 

Eclats d’rires, embrassades et papotage.

Pour les collègues qui s’retrouvent chaque matin,

La journée commence bien, entre échanges et partages,

Un sourire sur les lèvres, un café à la main.

 

Sourd et aveugle au monde qui l’entoure,

Le lecteur s’évade loin des réalités,

Matin et soir, jour après jour,

Il esquive, monte et descend sans jamais lever le nez !

 

Nostalgique, solitaire ou juste un peu rêveur,

Celui-là reste sourd au cœur de foule qui bat,

Le regard lointain, tout seul, il attend l’heure

Indifférent au monde qui bruit à quelques pas.

 

Cravate, pinces à vélo, beau costume et baskets,

Leur allure, disons-le, n’est pas très élégante…

Repliant leur vélo et autre trottinette,

Groupés en bout de quai, les sportifs patientent.

 

Une fois, deux fois, dix fois, il contrôle l’écran

Le touriste étranger un peu perdu, bien sûr,

Il ne tient pas en place, interpelle les agents,

En attente du mot, du sourire qui rassure !

 

Un cliché par ici, un selfie sur un banc,

Il publie chaque détail de son quotidien,

Reporter de l’instant le plus insignifiant,

Il met sa vie en scène, pour un oui, pour un rien…

 

Et puis, plein d’énergie, il y a les enfants

Qui trouvent toujours matière à inventer un jeu,

Qu’on rattrape d’un mot, ou d’un geste prudent

Quand l’insouciance les pousse à des jeux dangereux !

 

Celui-là n’attend pas, il est toujours en r’tard,

Il monte dans le train au tout dernier instant,

Mais parfois c’est trop tard, on a sifflé l’départ,

Essoufflé sur un banc, il attendra l’suivant…

 

 

Herrlisheim – 16 juin 2019

( 10 juin, 2019 )

Cœur de gare

Des gares de ma jeunesse, c’était l’âme et le cœur,

Poste de commandement ou de circulation,

Où chaque jour de l’année et sans droit à l’erreur,

On œuvrait avec calme et détermination.

 

Si modeste fût-elle, chaque gare avait le sien,

Une pièce tout en longueur, à l’abri des regards

Où du matin au soir et du soir au matin,

On gérait chaque mouv’ment, chaque manœuvre, chaque départ !

 

Les leviers des aiguilles s’alignaient au cordeau,

Brillants comme un sou neuf d’être polis chaque jour,

Et si l’plancher usé demeurait propre et beau,

C’est qu’il fallait l’huiler chacun à notre tour…

 

De lourds bureaux en bois pour poser nos graphiques,

Un gros crayon d’couleurs, une mine rouge, l’autre bleue,

Un téléphone à fiches…c’était toute une technique,

Café et cigarettes pour pas fermer les yeux…

 

D’autres au fil des années se sont modernisés,

Troquant les grands leviers contre une table de commande,

Tableau d’contrôle optique, pour rien laisser passer,

Et la voix de Simone, de Paris à Marmande…

 

C’était notr’ terrain d’jeu, c’était notr’ territoire,

C’était notre fierté et notre quotidien,

C’était à chaque service une nouvelle histoire,

Là où le mieux, souvent, était ennemi du bien…

 

De la gare chacun, savait tous les rouages,

Et savait en jouer contre l’adversité,

Pour que chacun de vous puisse vivre son voyage,

Ensemble, on faisait front en solidarité !

 

Du Rhin à l’Atlantique, du Nord à la Provence,

Croisements et dépass’ments, arrivées ou départs,

Grâce à nous sillonnaient sur les rails de France

Les trains de votre vie et de vos belles histoires

 

Et puis, une nuit d’été, est mort le cœur de gare…

La bête s’est endormie dans un dernier soupir,

Débranchée à jamais, sans trompette ni fanfare,

Emportant avec elle, nos rires et nos souv’nirs !

 

Parc’qu’en ce monde qui court sans cesse après son ombre,

On n’arrêtera jamais notre fuite en avant,

Parc’qu’il faut toujours plus, même au prix le plus sombre,

On tue le savoir-faire au profit de l’argent…

 

Ça s’appelle le progrès et la technologie,

Ça fonctionne, n’ayez crainte, les trains roulent toujours,

Et qu’importe nos regrets et notre nostalgie,

Ils ne valent pas grand-chose, quand se lève le jour…

 

J’ai pleuré je l’avoue en refermant la porte

Du poste silencieux pour la première fois,

Et j’ai erré longtemps au cœur de la gare morte,

Epuisant ma colère, ma peine, mon désarroi !

 

 

Herrlisheim – 10 juin 2019

( 19 mai, 2019 )

Sur les quais

Aux heures de pointe, c’est un charivari bruyant et coloré,

Chassé-croisé pressé d’urgence et d’impatience,

Entre quinquas stressés et jeunesse connectée

Qui du temps qui galope, adoptent la cadence !

 

C’est l’attente impatiente de qui vient rechercher

Un parent voyageur, un ami qui revient,

Ou le sourire rêveur de l’énamouré

Qui reconnait enfin un pas dans le lointain…

 

C’est l’crincrin entêtant des valises qui roulent,

Des talons qui claquent, des voix qui s’interpellent,

C’est, dans les haut-parleurs, Simone parfois qui soûle,

Quand d’un souci majeur elle répand la nouvelle !

 

C’est le chant des enfants, à l’été revenu,

Lorsqu’ils partent joyeux, en colonie d’vacances,

Ou les éclats de rire du bruyant chahut

De fêtards en goguette qui plaisantent et qui dansent !

 

C’est quelquefois aussi l’écho d’une dispute,

Des cris et des sanglots qui nous feront courir,

Des bagarres parfois, bousculades et insultes

Qui mettent mal à l’aise, nous forçant à sévir…

 

C’est à chaque grand départ, la montagne de bagages

De ceux qui pour un temps, vont larguer les amarres

Pour trouver le soleil tout au bout du voyage,

Au bout d’une aventure qui commence dans nos gares…

 

 

C’est un ballet étrange, de vélos, de poussettes

Qui croisent, et c’est nouveau, de bien curieux engins,

Excentriques gyropodes et autres trottinettes

Qui amusent ou surprennent mais vont toujours bon train…

 

C’est aussi aux aurores, le royaume de l’errance

Poussée là, sur les quais par l’aube et sa fraicheur,

Et qui trouve sur un banc, un soupçon d’espérance

Dans un café serré qui réchauffe le cœur !

 

Ce sont les pluies d’orage qui martèlent les toits,

Et débordent des gouttières en geysers bouillonnants,

C’est le domaine du vent qui s’engouffre et tournoie

Et soulève les jupons, dansants et froufroutants…

 

C’est cette chappe de plomb en plein cœur de l’été,

Et la poussière de neige projetée par les trains,

Ce sont les portes des rames qui claquent pour se fermer

Et la plainte stridente des crissements de frein !

 

C’est la vie qui palpite du matin jusqu’au soir,

Un monde qui se croise, se bouscule et s’agite,

C’est là qu’on s’impatiente, c’est là qu’on broie du noir,

C’est là que tout commence et se termine trop vite…

 

C’est là qu’on laisse son cœur et son chagrin muet,

C’est le début d’un rêve ou d’un ultime voyage,

C’est en haut d’l’escalier, c’est là, c’est sur les quais

On en part, on y revient, avec ou sans bagage…

 

 

Herrlisheim – 19 Mai 2019

( 10 mai, 2019 )

Où est passé le Chef de Gare ?

Dans le hall, sur les quais, au détour d’un couloir,

Vous le cherchez en vain, où a-t-il disparu

Ce pilier de nos gares, cette figure notoire

Qui régnait sur les lieux comme sur sa tribu ?

 

De la cave au grenier, aucune hésitation,

Il savait tout sur tout, connaissait chaque recoin,

Pas une panne, un défaut, pas une imperfection

Dont il n’ait connaissance, dont il ne prenne soin !

 

Station sans prétention ou grand vaisseau de pierre,

De chaque gare du pays, il fût le capitaine,

Et à mener sa barque, il n’était pas peu fier

Quand il la dirigeait loin d’une tempête soudaine…

 

Il ne la quittait guère, il vivait à l’étage,

Gardait un œil sur tous et l’oreille aux aguets,

Prêt à intervenir au plus petit nuage

Qui viendrait perturber l’impeccable ballet !

 

Il avait débuté sur les voies de triage

Et fait ses premières armes dans une minuscule gare,

Tour à tour au guichet et au poste d’aiguillages,

Manœuvre, homme de ménage, levé tôt, couché tard…

 

Et d’hiver en automne, des années d’expérience,

Des années de patience, des années à apprendre

Pour un jour, finalement, ultime récompense,

Enfin prendre les rênes, enfin cesser d’attendre !

 

Mais où est-il passé ce fameux Chef de Gare

Qui tenait son royaume d’une main assurée ?

Vous le cherchez souvent et vous trouvez bizarre

Qu’aujourd’hui, même son nom ait été effacé !

 

Autres temps, autres mœurs, autre organisation !

Adieu le chef d’orchestre qui nous donnait le la,

Dommage collatéral d’la mondialisation,

Il vous manquera peut-être, il nous manque déjà !

 

Alors on triche un peu, au gré des circonstances,

Quand vous le réclamez, désirez lui parler,

Pour ne pas expliquer, user votre patience,

On endosse un instant le titre abandonné…

 

Mais bientôt, il sera une image d’Epinal,

Reléguée, oubliée au fond de nos mémoires,

Qu’on retrouvera peut-être sur une photo banale

Pour illustrer une page de nos livres d’Histoire…

 

Herrlisheim – 10 Mai 2019

( 28 avril, 2019 )

Intolérable violence

C’est le groupe de gamins qui envahit le hall,

Se répand sur les quais, colonise les bancs,

Qui provoque et bouscule, qui insulte et qui vole,

Sans aucune limite, que l’envie du moment…

 

Ils n’ont peur de personne et ils ne craignent rien,

Ils voguent bien au-delà des règles et des lois,

Ils n’ont aucune notion ni du mal, ni du bien,

Toisent le monde autour d’eux comme s’ils étaient les rois !

 

Des enfants, bien souvent, ils n’ont que l’apparence,

Il n’y a aucune douceur sur leur visage imberbe,

Aucune légèreté, aucune impertinence

Dans leur allure revêche de jeunes caïds en herbe…

 

C’est cet homme ordinaire qui d’un coup se déchaîne

Sur un distributeur de café, de douceurs,

Pour un gobelet qui manque, pour quelques cents à peine

Mais qui soudain réveillent une inquiétante fureur !

 

C’est cet homme endormi au terminus du train

Qu’on réveille pourtant avec délicatesse

Qui explose de rage d’être un arrêt trop loin,

Et parce qu’on n’y peut rien, nous bouscule, nous agresse !

 

Ou encore celui là qui traverse les voies

Et qui se jette sur nous, qui rugit, qui explose,

Qui menace et insulte et qui frappe parfois

Quand on explique le risque auquel son geste l’expose…

 

Ils ont dans le regard la lueur inquiétante

De ceux qui ont la haine chevillée au cœur,

De ceux pour qui la vie est une guerre constante,

Qui distillent leur colère en inspirant la peur !

 

Ils ont le regard froid et le sourire cruel

De ceux qui ne ressentent pas la moindre émotion,

Ils paraissent brûler d’une flamme éternelle

Qui consume leur âme de sombres intentions…

 

Le cœur desséché par une vie de misère,

Les pensées perverties par la drogue ou l’alcool,

Qu’ils aient quinze ou trente ans, ils nous déclarent la guerre,

Affichent leur violence comme d’autres une banderole…

 

Au fil du temps qui passe, ils deviennent légions

A refuser les règles ou la moindre contrainte,

A perdre le vernis de leur éducation

A user de violence sans remord et sans crainte !

 

Est-ce un signe des temps, une lente décadence,

Qui détruit peu-à-peu ce qu’on a de meilleur

Au profit de l’intolérable violence

Qui brise notre confiance, ressuscite les vieilles peurs ?

 

 

Herrlisheim – 28 avril 2019

( 22 avril, 2019 )

Vaincus ?

C’est un fait nouveau qui, il faut bien le dire,

Vous agace bien plus qu’il ne vous terrorise…

Mais hélas, il faut bien envisager le pire

Chaque fois qu’à bord d’un train, vous menace…une valise !

 

C’est la marque d’un monde vaincu par ses terreurs,

La méfiance est de mise pour chaque étourderie,

On n’prendra pas le risque, on n’fera pas l’erreur

De détourner les yeux, de jouer avec vos vies…

 

Alors, pour chaque sac, chaque colis, chaque bagage

Que vous abandonnez sur un banc, dans un train,

Désolée, c’est la règle, on stoppe votre voyage,

Le temps de s’assurer que vous ne risquez rien !

 

Même si nous supposons que le risque est mineur,

Même si ça nous agace, au moins autant que vous,

Le doute s’insinue, nous fait froid dans le cœur,

Parce qu’on sait bien, hélas, que la bête est partout !

 

Le matin de bonne heure, ce sont les sacs de sport

Oubliés sur un banc ou sous un siège du train

Qui f’ront battre nos cœurs, soudain, un peu plus fort,

Nous f’ront perdre notre humour, nos sourires, notre entrain…

 

Le soir, c’est un cartable, une sacoche, un cabas

Qui vous fera manquer, peut-être, un rendez-vous,

On sait bien, croyez-moi, qu’on vous retardera,

Mais mieux vaut rentrer tard, que n’pas rentrer du tout !

 

Y’a aussi les valises et les sacs de voyage,

Les sacs de shopping, mallettes et sacs à dos,

Abandonnés parfois, perdus dans vos sillages,

Et qui nous plongent ensemble dans un étrange chaos…

 

Et que dire des bagages laissés là, au hasard,

Le temps d’aller ach’ter un café, un journal,

Le temps d’une cigarette fumée devant la gare,

Et qui en d’autres temps auraient paru banal…

 

On pêche, c’est certain, par excès de prudence,

Chaque colis est sujet à notre suspicion,

Pour une étourderie, pour votre inconséquence,

C’est un monde qui se fige dans sa respiration !

 

Ce n’est pas tant leurs bombes qui répandent la terreur

Que le doute qui habite notre quotidien,

Et c’est moins leur folie qui distille la peur

Que nos regards qui changent chaque fois qu’on se souvient…

 

De gares évacuées en trains sécurisés,

Il m’arrive de penser qu’ils ont déjà vaincu,

Qu’à répandre le doute et l’insécurité,

Ils volent un mode de vie qui ne reviendra plus…

 

 

Herrlisheim – 21 avril 2019

( 22 avril, 2019 )

Eveil

Quand, à l’aube, la gelée fige la vie alentours,

Que la brume s’accroche aux silhouettes massives,

Et que la lune bien ronde dessine leurs contours,

Sur leur voie de garage, douc’ment nos trains revivent !

 

Dans la nuit qui s’étire, ils clignent un peu des yeux

Avant que leur regard perce l’obscurité,

Puis les moteurs ronronnent, réguliers, silencieux,

Au ralenti bien sûr, pour ne pas déranger…

 

Les conducteurs s’affairent, rigoureux, concentrés,

Ils auscultent et ils testent chaque petit rouage,

Ils soignent les détails, ne laissent rien passer

Avant de valider la journée de voyages…

 

Puis les lumières s’allument dans les trains déserts,

La clim’ réchauffe douc’ment l’espace silencieux

Pendant que sur les vitres, la buée éphémère

Dessine des paysages fragiles et mystérieux !

 

Un p’tit coup de sifflet dit toute leur impatience

A rejoindre le quai noir de voyageurs,

Quelques secondes de plus, un à un, ils s’élancent,

Parés à voyager dès les premières lueurs.

 

Celui-là, bien pressé, file vers la capitale,

Le nez fendant la brume qui noie les paysages,

A son bord, on somnole, ou on lit le journal,

Et on oublie le monde, just’ le temps du voyage !

 

Celui-là prend son temps, c’est l’roi du cabotage,

Dix montées, trois descentes, douc’ment il fait le plein,

Traverse la campagne, de village en village

Et résonne des rires des écoliers taquins…

 

Bien réveillé déjà, le rapide file bon train,

S’amusant au passage à doubler les voitures

Qui se traînent, poussives, dans le petit matin,

Coincées par les camions qui brisent leur allure…

 

Pendant ce temps, à quai, arrive le premier train

Où tous les lève-tôt croisent les couche-tard,

Les yeux pleins de sommeil, le visage chafouin,

Et des lambeaux de rêves accrochés au regard…

 

Mais sur les voies d’garage, le calme est revenu,

L’aiguilleur quitte son poste, appelé à d’autres tâches,

La valse reprendra une fois le soir venu,

Dans un ballet rôdé qu’on rejoue sans relâche…

 

 

Herrlisheim – 14 avril 2019

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