( 19 mai, 2019 )

Sur les quais

Aux heures de pointe, c’est un charivari bruyant et coloré,

Chassé-croisé pressé d’urgence et d’impatience,

Entre quinquas stressés et jeunesse connectée

Qui du temps qui galope, adoptent la cadence !

 

C’est l’attente impatiente de qui vient rechercher

Un parent voyageur, un ami qui revient,

Ou le sourire rêveur de l’énamouré

Qui reconnait enfin un pas dans le lointain…

 

C’est l’crincrin entêtant des valises qui roulent,

Des talons qui claquent, des voix qui s’interpellent,

C’est, dans les haut-parleurs, Simone parfois qui soûle,

Quand d’un souci majeur elle répand la nouvelle !

 

C’est le chant des enfants, à l’été revenu,

Lorsqu’ils partent joyeux, en colonie d’vacances,

Ou les éclats de rire du bruyant chahut

De fêtards en goguette qui plaisantent et qui dansent !

 

C’est quelquefois aussi l’écho d’une dispute,

Des cris et des sanglots qui nous feront courir,

Des bagarres parfois, bousculades et insultes

Qui mettent mal à l’aise, nous forçant à sévir…

 

C’est à chaque grand départ, la montagne de bagages

De ceux qui pour un temps, vont larguer les amarres

Pour trouver le soleil tout au bout du voyage,

Au bout d’une aventure qui commence dans nos gares…

 

 

C’est un ballet étrange, de vélos, de poussettes

Qui croisent, et c’est nouveau, de bien curieux engins,

Excentriques gyropodes et autres trottinettes

Qui amusent ou surprennent mais vont toujours bon train…

 

C’est aussi aux aurores, le royaume de l’errance

Poussée là, sur les quais par l’aube et sa fraicheur,

Et qui trouve sur un banc, un soupçon d’espérance

Dans un café serré qui réchauffe le cœur !

 

Ce sont les pluies d’orage qui martèlent les toits,

Et débordent des gouttières en geysers bouillonnants,

C’est le domaine du vent qui s’engouffre et tournoie

Et soulève les jupons, dansants et froufroutants…

 

C’est cette chappe de plomb en plein cœur de l’été,

Et la poussière de neige projetée par les trains,

Ce sont les portes des rames qui claquent pour se fermer

Et la plainte stridente des crissements de frein !

 

C’est la vie qui palpite du matin jusqu’au soir,

Un monde qui se croise, se bouscule et s’agite,

C’est là qu’on s’impatiente, c’est là qu’on broie du noir,

C’est là que tout commence et se termine trop vite…

 

C’est là qu’on laisse son cœur et son chagrin muet,

C’est le début d’un rêve ou d’un ultime voyage,

C’est en haut d’l’escalier, c’est là, c’est sur les quais

On en part, on y revient, avec ou sans bagage…

 

 

Herrlisheim – 19 Mai 2019

( 10 mai, 2019 )

Où est passé le Chef de Gare ?

Dans le hall, sur les quais, au détour d’un couloir,

Vous le cherchez en vain, où a-t-il disparu

Ce pilier de nos gares, cette figure notoire

Qui régnait sur les lieux comme sur sa tribu ?

 

De la cave au grenier, aucune hésitation,

Il savait tout sur tout, connaissait chaque recoin,

Pas une panne, un défaut, pas une imperfection

Dont il n’ait connaissance, dont il ne prenne soin !

 

Station sans prétention ou grand vaisseau de pierre,

De chaque gare du pays, il fût le capitaine,

Et à mener sa barque, il n’était pas peu fier

Quand il la dirigeait loin d’une tempête soudaine…

 

Il ne la quittait guère, il vivait à l’étage,

Gardait un œil sur tous et l’oreille aux aguets,

Prêt à intervenir au plus petit nuage

Qui viendrait perturber l’impeccable ballet !

 

Il avait débuté sur les voies de triage

Et fait ses premières armes dans une minuscule gare,

Tour à tour au guichet et au poste d’aiguillages,

Manœuvre, homme de ménage, levé tôt, couché tard…

 

Et d’hiver en automne, des années d’expérience,

Des années de patience, des années à apprendre

Pour un jour, finalement, ultime récompense,

Enfin prendre les rênes, enfin cesser d’attendre !

 

Mais où est-il passé ce fameux Chef de Gare

Qui tenait son royaume d’une main assurée ?

Vous le cherchez souvent et vous trouvez bizarre

Qu’aujourd’hui, même son nom ait été effacé !

 

Autres temps, autres mœurs, autre organisation !

Adieu le chef d’orchestre qui nous donnait le la,

Dommage collatéral d’la mondialisation,

Il vous manquera peut-être, il nous manque déjà !

 

Alors on triche un peu, au gré des circonstances,

Quand vous le réclamez, désirez lui parler,

Pour ne pas expliquer, user votre patience,

On endosse un instant le titre abandonné…

 

Mais bientôt, il sera une image d’Epinal,

Reléguée, oubliée au fond de nos mémoires,

Qu’on retrouvera peut-être sur une photo banale

Pour illustrer une page de nos livres d’Histoire…

 

Herrlisheim – 10 Mai 2019

( 28 avril, 2019 )

Intolérable violence

C’est le groupe de gamins qui envahit le hall,

Se répand sur les quais, colonise les bancs,

Qui provoque et bouscule, qui insulte et qui vole,

Sans aucune limite, que l’envie du moment…

 

Ils n’ont peur de personne et ils ne craignent rien,

Ils voguent bien au-delà des règles et des lois,

Ils n’ont aucune notion ni du mal, ni du bien,

Toisent le monde autour d’eux comme s’ils étaient les rois !

 

Des enfants, bien souvent, ils n’ont que l’apparence,

Il n’y a aucune douceur sur leur visage imberbe,

Aucune légèreté, aucune impertinence

Dans leur allure revêche de jeunes caïds en herbe…

 

C’est cet homme ordinaire qui d’un coup se déchaîne

Sur un distributeur de café, de douceurs,

Pour un gobelet qui manque, pour quelques cents à peine

Mais qui soudain réveillent une inquiétante fureur !

 

C’est cet homme endormi au terminus du train

Qu’on réveille pourtant avec délicatesse

Qui explose de rage d’être un arrêt trop loin,

Et parce qu’on n’y peut rien, nous bouscule, nous agresse !

 

Ou encore celui là qui traverse les voies

Et qui se jette sur nous, qui rugit, qui explose,

Qui menace et insulte et qui frappe parfois

Quand on explique le risque auquel son geste l’expose…

 

Ils ont dans le regard la lueur inquiétante

De ceux qui ont la haine chevillée au cœur,

De ceux pour qui la vie est une guerre constante,

Qui distillent leur colère en inspirant la peur !

 

Ils ont le regard froid et le sourire cruel

De ceux qui ne ressentent pas la moindre émotion,

Ils paraissent brûler d’une flamme éternelle

Qui consume leur âme de sombres intentions…

 

Le cœur desséché par une vie de misère,

Les pensées perverties par la drogue ou l’alcool,

Qu’ils aient quinze ou trente ans, ils nous déclarent la guerre,

Affichent leur violence comme d’autres une banderole…

 

Au fil du temps qui passe, ils deviennent légions

A refuser les règles ou la moindre contrainte,

A perdre le vernis de leur éducation

A user de violence sans remord et sans crainte !

 

Est-ce un signe des temps, une lente décadence,

Qui détruit peu-à-peu ce qu’on a de meilleur

Au profit de l’intolérable violence

Qui brise notre confiance, ressuscite les vieilles peurs ?

 

 

Herrlisheim – 28 avril 2019

( 22 avril, 2019 )

Vaincus ?

C’est un fait nouveau qui, il faut bien le dire,

Vous agace bien plus qu’il ne vous terrorise…

Mais hélas, il faut bien envisager le pire

Chaque fois qu’à bord d’un train, vous menace…une valise !

 

C’est la marque d’un monde vaincu par ses terreurs,

La méfiance est de mise pour chaque étourderie,

On n’prendra pas le risque, on n’fera pas l’erreur

De détourner les yeux, de jouer avec vos vies…

 

Alors, pour chaque sac, chaque colis, chaque bagage

Que vous abandonnez sur un banc, dans un train,

Désolée, c’est la règle, on stoppe votre voyage,

Le temps de s’assurer que vous ne risquez rien !

 

Même si nous supposons que le risque est mineur,

Même si ça nous agace, au moins autant que vous,

Le doute s’insinue, nous fait froid dans le cœur,

Parce qu’on sait bien, hélas, que la bête est partout !

 

Le matin de bonne heure, ce sont les sacs de sport

Oubliés sur un banc ou sous un siège du train

Qui f’ront battre nos cœurs, soudain, un peu plus fort,

Nous f’ront perdre notre humour, nos sourires, notre entrain…

 

Le soir, c’est un cartable, une sacoche, un cabas

Qui vous fera manquer, peut-être, un rendez-vous,

On sait bien, croyez-moi, qu’on vous retardera,

Mais mieux vaut rentrer tard, que n’pas rentrer du tout !

 

Y’a aussi les valises et les sacs de voyage,

Les sacs de shopping, mallettes et sacs à dos,

Abandonnés parfois, perdus dans vos sillages,

Et qui nous plongent ensemble dans un étrange chaos…

 

Et que dire des bagages laissés là, au hasard,

Le temps d’aller ach’ter un café, un journal,

Le temps d’une cigarette fumée devant la gare,

Et qui en d’autres temps auraient paru banal…

 

On pêche, c’est certain, par excès de prudence,

Chaque colis est sujet à notre suspicion,

Pour une étourderie, pour votre inconséquence,

C’est un monde qui se fige dans sa respiration !

 

Ce n’est pas tant leurs bombes qui répandent la terreur

Que le doute qui habite notre quotidien,

Et c’est moins leur folie qui distille la peur

Que nos regards qui changent chaque fois qu’on se souvient…

 

De gares évacuées en trains sécurisés,

Il m’arrive de penser qu’ils ont déjà vaincu,

Qu’à répandre le doute et l’insécurité,

Ils volent un mode de vie qui ne reviendra plus…

 

 

Herrlisheim – 21 avril 2019

( 22 avril, 2019 )

Eveil

Quand, à l’aube, la gelée fige la vie alentours,

Que la brume s’accroche aux silhouettes massives,

Et que la lune bien ronde dessine leurs contours,

Sur leur voie de garage, douc’ment nos trains revivent !

 

Dans la nuit qui s’étire, ils clignent un peu des yeux

Avant que leur regard perce l’obscurité,

Puis les moteurs ronronnent, réguliers, silencieux,

Au ralenti bien sûr, pour ne pas déranger…

 

Les conducteurs s’affairent, rigoureux, concentrés,

Ils auscultent et ils testent chaque petit rouage,

Ils soignent les détails, ne laissent rien passer

Avant de valider la journée de voyages…

 

Puis les lumières s’allument dans les trains déserts,

La clim’ réchauffe douc’ment l’espace silencieux

Pendant que sur les vitres, la buée éphémère

Dessine des paysages fragiles et mystérieux !

 

Un p’tit coup de sifflet dit toute leur impatience

A rejoindre le quai noir de voyageurs,

Quelques secondes de plus, un à un, ils s’élancent,

Parés à voyager dès les premières lueurs.

 

Celui-là, bien pressé, file vers la capitale,

Le nez fendant la brume qui noie les paysages,

A son bord, on somnole, ou on lit le journal,

Et on oublie le monde, just’ le temps du voyage !

 

Celui-là prend son temps, c’est l’roi du cabotage,

Dix montées, trois descentes, douc’ment il fait le plein,

Traverse la campagne, de village en village

Et résonne des rires des écoliers taquins…

 

Bien réveillé déjà, le rapide file bon train,

S’amusant au passage à doubler les voitures

Qui se traînent, poussives, dans le petit matin,

Coincées par les camions qui brisent leur allure…

 

Pendant ce temps, à quai, arrive le premier train

Où tous les lève-tôt croisent les couche-tard,

Les yeux pleins de sommeil, le visage chafouin,

Et des lambeaux de rêves accrochés au regard…

 

Mais sur les voies d’garage, le calme est revenu,

L’aiguilleur quitte son poste, appelé à d’autres tâches,

La valse reprendra une fois le soir venu,

Dans un ballet rôdé qu’on rejoue sans relâche…

 

 

Herrlisheim – 14 avril 2019

( 7 avril, 2019 )

Les salles d’attente

Je les aime vieillottes dans leurs anciens atours,

Quand elles ramènent l’enfance au bord de ma mémoire,

J’aime y trouver la trace des voyages au long cours,

Y croiser les fantômes qui reviennent s’y asseoir !

 

J’aime leurs bancs de bois aux assises profondes

Couverts de cicatrices maladroitement soignées,

Témoignages désuets, reflets d’un ancien monde

Où d’anciennes amours un jour furent tatouées…

 

On les découvre parfois au détour d’un couloir,

Ou plantées crânement au beau milieu d’un quai,

Elles résistent au temps, aux progrès de l’Histoire,

Et face aux abris-bus imposent leur cachet !

 

Oubliées sans doute dans la marche du temps,

Conservant du passé des effluves d’encaustique,

Elles offrent au voyageur qui s’y pose un instant

Des souvenirs d’enfance aux saveurs nostalgiques !

 

De l’épaule ou du pied, on en poussait la porte

Qui grinçait sur ses gonds et battait derrière nous,

Balayant les murmures comme le vent les feuilles mortes

Quand les regards curieux se tournaient tous vers nous !

 

Vous souvenez-vous comme moi de vos premiers voyages,

Agrippés à la main d’une maman, d’une grand-mère

Qui surveillait ensemble l’horloge et les bagages

Et jetait autour d’elle un regard sévère ?

 

Avez-vous le souv’nir du nuage de fumée

Qui flottait au plafond du matin jusqu’au soir

Nous empêchant parfois presque de respirer

Jusqu’à c’qu’un courant d’air le chasse vers les couloirs ?

 

Avez-vous dans la bouche le goût particulier

Des sandwiches maison dans leur papier d’alu

Qu’on déballait sans bruit, sans froisser le papier

Et nous laissaient comblés, souriants et repus…

 

J’aime les redécouvrir au hasard d’un voyage,

Me laisser emporter par l’imagination,

De mes vieux souvenirs retrouver le sillage

Et me laisser bercer au gré des émotions…

 

Petites Mad’leines de Proust des départs en vacances,

Ou souvenir pesant d’attentes angoissantes,

J’y croise les rêves fous de mon adolescence

Et la mélancolie de mes heures insouciantes !

 

Et j’espère toujours qu’un jour viendra le temps

Où nous retrouverons les rêveries impatientes

Qui ponctuaient nos voyages de souvenirs vivants

Glanés au fil des heures et des salles d’attente…

 

Herrlisheim – 5 Avril 2019

( 24 mars, 2019 )

La grande horloge de la tour

Elle attire le regard du voyageur pressé,

D’un pas, sa grande aiguille nous fait changer d’allure

Et fuir les oiseaux qui s’y étaient posés

Dans un nuage de plumes qui assombrit l’azur !

 

Du parvis, tout en bas, elle n’impressionne guère,

Mais on la voit pourtant de chaque coin cardinal,

Même à la nuit tombée, quand ses cadrans s’éclairent,

Elle offre au voyageur l’assurance d’un fanal !

 

Tiens, et si je vous emm’nais pour une visite guidée…

Tout en haut de la tour, au bout des escaliers,

Pour pénétrer son cœur, si vieux, mais pas usé,

Juste sous la girouette qui domine le quartier…

 

Il vous faudra du souffle et des jambes solides,

Ne pas craindre la poussière, ni les toiles d’araignées,

Attention au vertige, on surplomb’ra le vide,

Mais ça vaut le coup d’œil, ne vous faites pas prier…

 

Derrière une grande affiche, une porte ordinaire,

C’est le point de départ de notre étrange voyage

Pour remonter le temps vers l’horloge centenaire

Qui entraine nos heures et nos vies dans son sillage !

 

Une volée de marches jusqu’au premier étage,

A gauche, s’ouvre un bureau désert depuis longtemps !

Quelqu’un travaillait là ? vraiment ? Mais quel courage

De passer ses journées, isolé des vivants…

 

Derrière la deuxième porte, les marches sont plus rustiques,

La lumière plus chiche, les fenêtres poussiéreuses…

Ah oui, on souffle un peu, ne prenons pas de risques,

Une pause pour voir d’en haut la fontaine paresseuse…

 

Nous sommes arrivés, venez, n’ayez pas peur,

Quelques marches encore, nous voilà sous les toits…

Le soleil entre à flot, se perd dans les hauteurs,

Nimbe de lumière dorée, l’air tout autour de moi !

 

Voyez ses grands cadrans, beaucoup plus hauts que nous,

Qui laissent deviner leurs grandes aiguilles noires

Qui avancent de concert, chaque minute, sans à-coup,

Et n’offrent au temps qui passe, aucune échappatoire !

 

Au centre de l’espace, trône l’horloge mère,

Celle qui dirigea tout pendant des décennies.

Dépassée aujourd’hui, elle repose, solitaire,

Mais demeure le témoin de toutes nos heures enfuies…

 

Approchez-vous un peu, savourez cet instant,

Par les hautes lucarnes qui dominent la ville

Profitez de la vue qui porte loin devant,

Tutoyez les nuages, vous verrez, c’est facile !

 

Voilà, c’est terminé, il nous faut redescendre,

Laisser la grande horloge poursuivre son chemin,

Nous faire courir parfois, ou bien nous faire attendre,

Nous empêcher souvent, de manquer notre train…

 

 

Herrlisheim – 24 Mars 2019

( 14 mars, 2019 )

Au buffet

Des banquettes en faux cuir ou garnies de coussins,

Des chaises inconfortables, un immense comptoir,

Aux murs, de vieilles affiches rappellent les temps anciens,

Et sur les tables en bois se lit toute leur histoire…

 

Nichés dans la pénombre de leur antique décor,

Noyés d’éclats de voix et d’effluves enivrants,

Ils ont, lorsqu’ils existent encore,

Le charme suranné des voyages d’antan…

 

Le parquet est usé de milliers de passages,

Mais le zinc du comptoir rutile comme un miroir,

Le perco, bruyamment, délivre son breuvage,

Grand crème ou allongé, noisette ou petit noir…

 

Un habitué enchaîne les p’tits ballons de blanc,

Le geste maladroit, soutenu par le bar,

Il jette autour de lui un regard larmoyant,

Le corps noyé d’alcool, perdu dans ses brouillards…

 

A quelques pas de lui, exultent les parieurs,

De l’espoir plein la tête, leurs tickets à la main,

L’œil rivé à l’écran où s’alignent les trotteurs

Qui feront leur bonheur…ils y croient, c’est certain !

 

A la table du fond, devant un p’tit café,

Deux vieillards décortiquent les pages du journal,

Critiques, un brin cyniques face à l’actualité,

Ils commentent et ils jugent à l’aulne de leur morale…

 

Leur valise en remorque, entrent les voyageurs

Qui cherchent d’un coup d’œil, une place où s’installer,

Interpellent la serveuse d’un geste un peu hâbleur,

Arguant pour s’excuser, qu’ils sont un peu pressés…

 

A l’abri de la porte et de ses courants d’air,

Deux dames à belle allure chuchotent, lèvres pincées,

Très droites sur leur chaise, entre elles, une théière,

Dans cet antre populaire, elles paraissent déplacées…

 

A l’office, le cuistot prépare le coup d’feu,

Verbe haut et fleuri, il houspille son commis…

La vaisselle s’entrechoque, les portes claquent un peu,

Plat du jour, tarte aux pommes, tous s’ra prêt à midi !

 

Quelques notes bien connues stoppent les conversations,

Un coup d’œil à l’horloge et l’oreille aux aguets,

Chaque annonce qui passe retient toute l’attention

Des clients en transit, impatients et inquiets !

 

Bruit de chaises qu’on repousse tout en vidant sa tasse,

De la menu-monnaie en guise de pourboire,

Et le buffet se vide du bar à la terrasse,

L’attente est terminée, c’est l’heure des au-revoir..

 

La serveuse fait place nette, l’barman essuie les verres,

L’ivrogne est toujours là, bien accroché au bar,

Les parieurs, dépités, jettent leurs tickets par terre,

Scène de vie ordinaire au buffet de la gare…

 

Herrlisheim – 14 Mars 2019

( 11 mars, 2019 )

Les solitudes

Comme la flamme toujours attire le papillon,

Les lumières de nos gares attirent les solitudes,

Solitudes d’errance d’un monde sans concession,

Solitudes du temps et d’une vie d’habitudes…

 

Elles viennent chercher un train pour un lointain voyage,

Un séjour au soleil, une visite aux enfants,

Mais leur train restera sur une voie de triage,

Les rêves ne voyagent pas, en tout cas pas souvent…

 

Mais la question au fond n’a pas grande importance,

C’est un peu d’attention qu’elles viennent chercher là,

Un peu d’chaleur humaine pour briser leurs silences,

Un sourire, quelques mots, un rire, pourquoi pas ?

 

Prêtez-leur une oreille, attentive, bienveillante,

Et elles ouvrent pour vous le livre aux souvenirs,

Elles vous racontent la vie, quelquefois si violente,

Et leur jeunesse aussi, dans l’ombre d’un soupir…

 

Elles diront les enfants dont elles sont si fières,

Le départ d’un conjoint qui les a fracassées,

Elles parleront d’un temps, pas si vieux, just’hier,

Où leur vie était douce, pétillante et dorée !

 

Vous verrez bien souvent leur regard se voiler,

Percevrez dans les voix un soupçon de détresse,

Dans un mot, une rancœur à peine dissimulée,

Qui vous noieront le cœur d’une vague de tristesse !

 

 

Vous surprendrez parfois, au détour d’une histoire,

Un sourire enjôleur, un clin d’œil malicieux,

Amusés, vous jouerez, le p’tit jeu illusoire

D’un peu de séduction contre un sourire radieux…

 

Et de fil en aiguille, vous aurez bien du mal

A les abandonner à cette vie de rien,

A rompre le dialogue de manière amicale

Pour reprendre le cours du travail quotidien !

 

Est-ce juste une illusion, juste l’envie d’y croire,

Ou quittent-elles la gare, le pas plus assuré,

Le regard plus droit, les pensées bien moins noires,

Le sourire plus franc et le cœur plus léger ?

 

D’aucuns diront sans doute que c’n’est pas notre rôle

D’offrir quelques instants à ces cœurs en détresse,

Mais, pour quelques minutes, partager leur parole,

C’est à l’Humanité rendre toute sa noblesse !

 

Alors, de temps en temps, oublions la rigueur,

Oublions les horloges, la productivité,

Et pour quelques minutes ouvrons-leur notre cœur,

Un moment d’attention et de complicité…

 

Herrlisheim – 11 Mars 2019

( 9 mars, 2019 )

Une place pour l’émotion

Ce soir, j’ai laissé la place aux émotions.

Au-delà des paillettes, de l’énergie, des lumières,

J’ai laissé mon cœur se mettre au diapason

De mes mélancolies et de toutes mes prières.

 

J’ai offert à mon âme quelques heures de tendresse,

Glissé dans les étoiles, volé avec les anges,

Au cœur de quelques notes, j’ai vu comme une promesse,

Et oublié les peines, les colères qui démangent…

 

L’illusion d’un regard a cueilli mon sourire,

Et des perles de pluie sur la plainte d’une guitare

Ont glissé sur mes joues avec les souvenirs

D’espérances un peu folles qui me font veiller tard !

 

De mes souv’nirs qui pleurent aux trop lourdes absences,

J’ai laissé tous les mots briser mes certitudes,

J’ai choisi sans regret d’abaisser mes défenses,

Et offert un écrin à toutes mes solitudes…

 

J’ai ouvert grand la porte à d’étranges émotions,

Bercé mes déceptions à nos voix qui s’unissent,

J’ai trouvé un chemin d’absolue perfection

Où toutes mes libertés d’un coup, s’épanouissent…

 

J’ai nourri mes chimères de folies vagabondes,

J’ai plié sous le poids de mes chagrins secrets,

Accepté mes souffrances, mes révoltes profondes

Pour les apprivoiser, les tenir en respect !

 

Isolée dans la foule, les sens à la dérive,

Des friches de mon cœur, j’ai fait un grand jardin,

Laissé les sentiments revenir sur mes rives,

Et j’ai cueilli l’instant comme une fleur du destin…

 

La tension qui m’habite disparait peu à peu,

La musique m’apaise, mes fantômes s’enfuient,

Je redresse la tête, relève un peu les yeux,

Et trouve dans un sourire, un soleil à mes nuits…

 

Enveloppée de nuit je marche tout doucement,

Le nez dans les étoiles, la tête dans les nuages,

Insensible à la pluie, à la brume et au vent,

Le cœur prêt à partir pour de nouveaux voyages…

 

Quand le sommeil enfin m’entraine au bout d’ma nuit,

Quand l’inconscience m’emmène loin des réalités,

J’emporte dans mes rêves l’esquisse d’un paradis

Pour retrouver demain, ma vie réinventée…

 

 

Herrlisheim – 2 Mars 2019

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