( 5 mai, 2021 )

Le rideau est tombé

Le rideau est tombé sur cette année sans gloire

Qui a vu tant de haine bourgeonner et fleurir.

Mais qu’en restera t-il dans les livres d’Histoire,

Qu’allons-nous oublier, qu’allons-nous retenir ?

 

Sera-t-elle cette année où tout a basculé

Vers un monde sans av’nir sur une terre en lambeaux ?

Sera-t-elle cette minute de notre éternité

Dont on dira qu’elle fut le berceau du chaos ?

 

Le rideau est tombé sur une année perdue,

Perdue pour notre terre et notre humanité,

Une année sans partage, sans conscience bienvenue,

Une année de colère et d’occasions manquées !

 

Sera-t-elle cette année d’éternelles rancœurs,

D’inutiles regrets, de vaines frustrations ?

Sera-t-elle cette seconde où on ferme nos cœurs,

Par lâch’té ou par peur de nouvelles émotions ?

 

Le rideau est tombé sur des rêves trop grands,

Sur une main tendue qu’on n’a pas voulu prendre,

Sur quelques illusions, une espérance qui ment,

Le rideau est tombé sur les cœurs trop tendres !

 

Sera-t-elle de celles qu’on voudra effacer,

Dont on oubliera tout jusqu’au moindre bonheur ?

Sera-t-elle de l’Histoire le chapitre raté

Dont on saute les pages, déçus, plein de rancœur ?

 

Le rideau est tombé, mais on n’oubliera pas

Ceux qui nous ont quitté sans trompette ni tambour,

Ceux qui ont soutenu le monde à bout de bras,

Et pour notre survie lutté jour après jour !

 

Seront-ils des héros un jour récompensés

Ou comme d’autres avant eux, oubliés dès demain ?

Saurons-nous leur offrir plus qu’une vague pensée

Quand la vie s’ouvrira sur un plus doux chemin ?

 

Le rideau est tombé sur des siècles d’erreurs

Et de courses en avant à piétiner l’av’nir.

Pour avoir toujours plus, pour un monde dit meilleur,

Des enfants de demain on a volé les rires !

 

Seront-ils contraints à une vie sans charme,

Sans baisers, sans caresses, le sourire masqué,

L’âme dans le regard, le regard pour seule arme,

Prisonniers à jamais d’un monde aseptisé…

 

Mais le rideau peut-être se lèvera un jour

Sur une humanité aux valeurs retrouvées,

Pour éviter au monde un voyage sans retour,

Pour une aube plus claire sur une terre apaisée !

 

Et s’il n’est pas trop tard et qu’on n’est pas trop cons,

Le rideau tombera sur le monde d’avant,

Et s’il n’est pas trop tard et qu’on n’est pas trop cons,

Notre monde demain sera toujours vivant !

 

Herrlisheim – 04 mai 2021

( 5 mai, 2021 )

Désillusions

Immobile, silencieuse tout au bord de la piste,

La fille en rouge ce soir a perdu son sourire,

Un peu frustrée peut-être, mais en tout cas bien triste

De voir ses espérances se perdre dans un soupir.

 

Année après année, elle a bercé son cœur

De l’illusion sucrée d’un meilleur à venir,

D’un rendez-vous inscrit dans un destin joueur

De la douce certitude d’une page à écrire.

 

Elle a bien écouté, entendu tous les mots,

Cherché tout au fond d’elle le courage d’une audace,

Fait taire sa raison pour pouvoir rêver haut,

Sans des mots attendus trouver la moindre trace !

 

Elle a brisé ses rêves sur des murs de silence,

Blessé ses illusions au fil du temps qui passe,

Elle a usé ses mots et toutes leurs nuances,

Perdu son assurance, de guerre vaine, de guerre lasse !

 

Elle est restée fidèle jusque dans les tempêtes,

S’est battue bec et ongles pour rester en confiance,

Elle s’est rel ‘vée mille fois pour poursuivre sa quête

En s’écorchant le cœur à tant d’indifférence !

 

Alors toi à sa place, que ferais-tu dis-moi ?

Que ferais-tu qu’elle n’a pas déjà fait ?

Pour trouver un chemin qui mène jusqu’à toi,

Une porte qui s’ouvre au bord de tes secrets…

 

Pour gagner ta confiance, pour un peu de ton temps,

Elle a fait taire ses peurs, piétiné son orgueil,

De la musique du doute, a pris le contre-temps,

Et de toutes ses fiertés a accepté le deuil !

 

Elle a tant demandé, comme d’autre tendent la main,

A essayé l’humour et la provocation,

Tenté le détach’ment, joué au plus malin,

Sans provoquer jamais une once d’attention !!

 

Elle ne veut rien t’voler, elle ne veut rien te prendre,

Ni au cœur de ta vie trouver la moindre place,

Mais juste un peu de temps pour te faire comprendre

L’importance de tes mots sur toutes nos audaces.

 

Elle veut t’offrir ses rimes et toutes nos émotions,

Celles que tu nous fais vivre, celles que nous partageons,

Pour qu’à ton tour peut-être, d’un geste, d’une attention

Tu permettes à ses mots de nouveaux horizons !

 

Elle a chassé colères et autres jalousies,

Ram’né à la raison toutes ses frustrations,

A choisi la confiance et un grain de folie,

Et même choisi de croire à quelques illusions…

 

Mais la vie peu à peu l’éloigne de ses rêves,

Le temps marque son cœur autant que son visage,

De ses chants, de ses danses, ne reste sur la grève

Qu’une trace que le vent emporte loin de ses plages !

 

Alors la fille en rouge reste au bord de la piste,

L’av’nir à la dérive, le regard embué,

A ses désillusions elle offre un sourire triste,

A l’automne qui vient, une ode désenchantée…

 

Herrlisheim – 03 mai 2021

( 5 mai, 2021 )

Les Illusions

Elles s’affichent, sournoises, dans la pomme rouge et ronde,

Où se love le vers qui en meurtrit le cœur,

Elles sont dans le sourire qui éclaire le monde,

Mais les yeux sont de glace, sans âme et sans chaleur.

 

Ce sont des mains tendues les jours où tout va bien,

Qu’on ne trouvera plus, quand vient le vent contraire,

Des mots et des sourires croisés au quotidien

Oubliés aussitôt que rugissent nos rivières !

 

C’est le geste amical dont on ne doute pas,

L’attention, le soutien dont on est tell’ment sûr,

Mais que le jour venu, en vain on cherchera,

Et dont le manque, longtemps attisera nos blessures.

 

Elles brillent de tous leurs feux dans l’oasis lointaine

Qui attire les pas du marcheur assoiffé,

Mais dont l’obstination à marcher reste vaine,

Quand l’oasis n’est autre qu’un mirage éthéré !

 

Mais elles se nichent aussi dans un soleil d’hiver

Qu’on accueille bras ouverts avec reconnaissance,

Qui éclaire nos cœurs, mais ne réchauffe guère

Et nous laisse frissonnants au bord de nos errances…

 

C’est voir dans l’hirondelle la promesse d’un printemps,

Et dans quelques pâquerettes, un signe de renouveau,

Mais dès le lendemain, marcher contre le vent,

Et sous la pluie glaciale, encore courber le dos.

 

C’est le calme de l’onde qui rassure le nageur

Mais qu’un perfide courant entraîne par le fond,

C’est l’audace de croire qu’agir selon son cœur,

Apaise les colères et offre le pardon !

 

C’est dans chaque rencontre, voir l’opportunité

De partager ses rêves ou un bout de chemin,

C’est voir dans un regard la possibilité

D’un avenir meilleur, d’un rivage serein.

 

C’est croire que les épreuves ne sont pas là pour rien,

Mais qu’elles sont le chemin pour arriver au port,

C’est croire que les mots doux feront toujours du bien,

Mais qu’ils vous mordent au cœur chaque jour un peu plus fort.

 

C’est penser que vouloir veut toujours dire pouvoir,

Et se faire rattraper par la réalité,

C’est voir un inconnu, un soir dans son miroir

Vous jeter à la tête vos tristes vérités !

 

Douce petite musique qui berce nos rêves d’enfant,

Rassurante, confortable comme un vieux pull usé,

Sourires de façade et propos rassurants,

Juste pour donner le change ou tenter d’oublier !

 

Elles aveuglent nos sens, hypnotisent nos cœurs,

Pour un mot, un regard, elles font naître une passion,

Pour une vie, pour une heure, on se ment, on se leurre,

On se laisse bercer au vent des illusions !

 

Herrlisheim – 22 avril 2021

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