( 10 mai, 2020 )

C’est un tout petit pas

Tout doucement, sur la pointe des pieds,

Nous ouvrirons la porte, prêts à faire demi-tour,

Comme le renard méfiant qui pointe hors du terrier

Lorsqu’enfin s’éloigne le fracas d’la chasse à courre !

 

Hésitants et craintifs, le visage masqué,

Le doute qui assombrit tout l’éclat du regard,

On retrouve pas à pas un peu de liberté,

Mais le cœur n’y est pas, nos sourires sont figés…

 

On en rêvait pourtant de ce tout premier jour,

L’imaginant joyeux, insouciant et festif,

On se voyait déjà s’embrassant tour à tour

Autour d’un p’tit café ou d’un apéritif !

 

Au lend’main du 8 mai, nous avions tous en tête

Ces images d’archives de LA Libération,

Ces images de liesse, de musique et de fête

Qu’évoquaient les anciens éperdus d’émotion…

 

Pour quelques heures au moins nous aurions oubliés

La peur du vent mauvais, l’angoisse du lendemain,

Emplissant d’un air frais nos poumons libérés

Du danger invisible, du piège d’une poignée d’mains !

 

Retrouver un parent trop longtemps isolé,

Ne plus craindre pour la vie des amis infirmiers,

Vivre notre printemps, profiter, partager,

Rire sans arrière-pensée, sourire sans s’faire prier !

 

Nous aurions vu revivre nos villes et nos villages,

Pris nos vies à bras l’cœur, tournés vers l’avenir,

Un peu changé sans doute mais emplis de courage

Pour trouver dans nos cœurs la force de s’reconstruire !

 

Nous aurions pu aussi, rendre un dernier hommage

A ceux qui sont tombés, seuls et sans réconfort,

Autour de leur tombeau, effacer les outrages

D’un départ sans adieu, d’une invisible mort…

 

Mais nous sommes loin du compte, de la fête espérée,

La bête est toujours là, sournoise et invisible,

Prête à frapper encore, prête à recommencer

A étouffer nos vies de son souffle nuisible !

 

Alors bien sûr, demain, on va sortir

Et essayer de vivre et d’oublier la peur,

Au fond de nos regards, accrocher un sourire,

Au bord de nos mémoires, l’idée d’un monde meilleur…

 

Alors oui, demain on desserre l’étau

Qui nous tient confinés loin de ceux que l’on aime,

Oui mais demain n’est pas le joyeux renouveau

Du monde qu’on a laissé avant que l’on s’enferme !

 

C’est un tout petit pas, une légère éclaircie,

Un petit pas prudent pour prendre soin des autres,

C’est un tout petit pas, tout en mélancolie,

Un petit pas tout de même vers cette vie qui est nôtre…

 

Herrlisheim – 10 Mai 2020

|