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( 13 septembre, 2019 )

Corbeaux 2.0

Mais quel est ce monde qui peu à peu se fissure ?

Et cette humanité qui jour après jour lâche prise ?

Quelle est cette folie qui érige tant de murs ?

Cette violence gratuite qui enivre et qui grise ?

 

Le vernis si fragile de notre humanité

S’écaille sous le poison de sombres tentations,

Pour une minute malsaine qui flatte la vanité,

Ils jettent père et mère au feu d’leur frustration !

 

Un œil sur l’écran, le doigt sur le clavier,

Ils fouillent, creusent et déterrent le plus petit écart,

Puis s’appliquent à détruire leur victime désignée,

Et se vautrent dans une fange de larmes et d’idées noires…

 

Chasseurs de mauvais scoops ou pêcheurs de rumeurs

Lancent loin leurs filets pour ramener leurs ordures,

Un scandale croustillant, un parfum de douleur,

Et les voilà repus de on-dit, de murmures…

 

Retenue et respect ? Aux abonnés absents !

Vérité et pudeur ? Violées et piétinées !

Ils jugent et ils condamnent, exécutent gaiement,

La conscience en sommeil, la raison muselée !

 

Ils clouent au pilori l’honneur d’un homme de bien,

Cultivent la haine féroce de toutes les différences,

Se nourrissent de boue comme d’un pain quotidien,

Et noient sous leur venin, les fleurs de l’innocence !

 

Du Tartuffe bien-pensant, ils partagent l’éloquence,

Du Père la pudeur, le regard fuyant,

D’un clic, au monde entier, ils rendent leur sentence,

Planqués bien à l’abri derrière leurs écrans !

 

 

Anonymes aujourd’hui, demain inquisiteurs,

Eblouis par les feux d’une glauque renommée,

Corbeaux 2.0 d’un monde qui se meurt,

Ils font feu de tout bois, juste pour exister…

 

A croire qu’ils respirent mieux en répandant leur fiel,

A croire qu’ils vivent mieux en faisant souffrir l’autre,

A croire que leur salut, leur bonheur, leur soleil,

Naissent au fond des égouts où les diables se vautrent !

 

Qu’importent les blessures infligées au passage,

Dommages collatéraux d’une méchanceté banale,

Innocentes victimes d’une mesquinerie hors d’âge

Qui comblent de leur vie, le vide sidéral !

 

Qu’importent ceux qui tombent et ne se relèvent pas

Et entrainent avec eux tous ceux qui les aimaient,

Coupables ou innocents, la question n’est pas là

Pour tous ceux qui accusent sans réfléchir jamais !

 

Qu’importent les vrais bourreaux qu’on n’arrêtera pas,

Qu’importent les vraies victimes qu’on n’écoutera plus,

Parce que le bon grain, l’ivraie nous masquera,

Parce qu’à crier au loup, personne n’écoute plus…

 

Alors oui, mon cœur saigne, mon cœur est en colère

De voir l’humanité jouer à se haïr,

A blesser, humilier, faire mordre la poussière

A l’un et puis à l’autre pour le plaisir de nuire !

 

Alors oui, mon cœur gronde, et oui, mes poings se serrent,

Et les mots se bousculent, veulent sortir de leur cage

Pour hurler ma détresse, pour leur dire de se taire

Avant qu’il soit trop tard, avant l’ultime naufrage…

 

 

Herrlisheim – 13 septembre 2019

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