( 23 juin, 2019 )

Graffitis

Ils nous peinent, nous agacent et nous mettent en colère,

Comme verrues disgracieuses sur les murs de nos gares

Qui expriment toute la rage, la frustration, la misère

D’un monde dont l’av’nir semble aux mains du hasard…

 

Fléaux de notre époque, ils s’étendent à loisir,

Colonisent chaque espace, s’étirent, prennent leurs aises,

Grignotent les murs vierges de leur hideux sourire,

Nous choquent, nous agressent, nourrissent notre malaise !

 

Tels une lèpre incurable, ils défigurent nos murs,

S’inscrivent sur les trains à coups de bombes rageurs,

Délivrent des messages le plus souvent obscurs,

Planqués dans une débauche de formes et de couleurs !

 

D’aucun diront sans doute, peut-être avec raison,

Que c’est d’art dont on parle, voire même de poésie,

Que ce n’est pas d’hier qu’on griffonne à foison

Sur les murs des villes, au gré de nos folies…

 

Signes de reconnaissance et codes mystérieux,

Slogans identitaires et hommages populaires

Se croisent, se côtoient, s’opposent à qui mieux mieux

Depuis la nuit des temps, depuis l’aube de notre ère…

 

Qui n’a jamais tracé un discret petit cœur

Autour d’une initiale à la sienne enlacée,

Ou percé d’une flèche pour dire toute la douleur

D’un amour impossible, d’une passion envolée…

 

 

Qui n’a jamais gravé dans le bois d’un vieux banc,

Un prénom adoré, un je t’aime éternel

Que rien n’effacera, ni la pluie, ni le temps,

Témoignages sans retour, discrètes sentinelles…

 

Et combien ont laissé, sur une porte, sur un mur,

Une trace indélébile pour marquer leur passage,

Un peu d’éternité, le souffle d’un murmure

A ceux qui viendront là, un jour, lire ces messages !

 

Mais tous les mots d’amour et tous les cœurs gravés

S’effacent aujourd’hui sous une vague de violence,

Aux je t’aime succède toute la vulgarité

De slogans racoleurs, d’injures et d’indécence !

 

Des mots et des dessins de haine et d’ignorance

Qui insultent les uns, stigmatisent les autres,

Qui sur les murs de pierre explosent en silence,

Hurlent la fin d’un monde, comme un mauvais apôtre !

 

Mais quel est donc ce monde qui laisse ses enfants

Recouvrir d’immondices les murs de la Cité

Sans se poser d’questions, sans même prendre le temps

De chercher à comprendre leurs rêves dévoyés !

 

La colère dans les yeux et le geste rageur,

On efface les traces, on lessive, on repeint,

Mais au cœur des vieux murs, chaque mot tracé demeure

Et ronge l’édifice qui implosera demain…

 

Herrlisheim – 23 juin 2019

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