( 29 juin, 2019 )

Ahyat

Je ne connais de toi qu’un visage trop dur,

La morgue de ton regard tout en provocation,

Tes mots toujours violents crachés comme des injures

D’une bouche sans sourire aux lèvres vermillon !

 

Tu as fait de la gare ton quartier général,

Un grand terrain de jeux pour de bien vilains tours,

Larcins et bousculades, rien que de très banal

Dans ta fuite en avant, tes allers sans retour !

 

Un jour tu tends la main pour voler un soda,

Et tu quittes le hall d’un pas toujours tranquille,

Puis c’est un petit pain que tu déroberas,

Sans te cacher, le regard vif, le geste habile !

 

Tu montes dans les trains pour de petits voyages

Qui t’emmèneront là où on t’arrêtera,

Juste pour provoquer, balade sans bagage,

Et sans billet non plus, serait-ce drôle sans cela ?

 

Tu parles fort, tu gesticules,

Tu cherches l’affrontement avec l’autorité,

Ris de notre impuissance et de tous nos efforts

Pour ramener le calme et la sérénité !!

 

La moindre opposition provoque ta colère,

La moindre remontrance, ton mépris arrogant !

Tu exploses, prévisible comme un coup de tonnerre

Dans un orage d’été sous un ciel brûlant !

 

Tu n’as aucune limite, tu n’as peur de personne…

C’est du moins, chaque jour, c’que tu veux nous faire croire,

Mais quelles sont tes pensées, lorsque la nuit frissonne,

Te rattrape et t’env’loppe de son manteau noir

 

 

Bombe à retardement dans une vie sans repère,

Tu es si loin déjà pour qu’on te tende la main,

Aux frontières du mal, tout au bord des enfers,

Tu glisses jour après jour vers de sombres chemins…

 

Tu n’es pourtant rien d’autre qu’une adolescente,

Presqu’une enfant encore, jeune femme en devenir,

Et pourtant, tu es loin des heures insouciantes

Qu’on doit vivre à treize ans, entre rires et sourires…

 

Mais quel est cet enfer où tu as vu le jour ?

Quels monstres se sont penchés, un jour, sur ton berceau ?

Qui t’a autant privée de tendresse et d’amour ?

Qui t’a laissée tomber sous les coups des bourreaux ?

 

Qui a piétiné sans honte ton innocence ?

Qui t’a montré le pire et privé du meilleur ?

Qui t’a poussée à fortifier tes défenses

Et à bâtir des murs tout autour de ton cœur ?

 

Qui a mis tant de haine au bord de ton regard ?

Qui a nourri ton cœur de méfiance, de colère ?

Noyé ton âge tendre dans le pire des cauchemars,

Et détruit l’avenir d’une vie toute entière ?

 

Je ne sais que ta rage, ta colère, tes violences,

Je sais à peine ton nom, je n’sais pas ton histoire,

Mais je sais qu’un jour, on a brûlé tes espérances,

Dans des flammes de haine, d’indifférence, de désespoir…

 

Je ne sais pas tes rêves, si tu as toujours

Je n’sais rien de tes larmes si elles coulent quelquefois,

Mais je sais que tu as cruellement manqué d’amour,

Pour ne voir que le mal et la laideur autour de toi !

 

 

Herrlisheim – 29 juin 2019

( 23 juin, 2019 )

Graffitis

Ils nous peinent, nous agacent et nous mettent en colère,

Comme verrues disgracieuses sur les murs de nos gares

Qui expriment toute la rage, la frustration, la misère

D’un monde dont l’av’nir semble aux mains du hasard…

 

Fléaux de notre époque, ils s’étendent à loisir,

Colonisent chaque espace, s’étirent, prennent leurs aises,

Grignotent les murs vierges de leur hideux sourire,

Nous choquent, nous agressent, nourrissent notre malaise !

 

Tels une lèpre incurable, ils défigurent nos murs,

S’inscrivent sur les trains à coups de bombes rageurs,

Délivrent des messages le plus souvent obscurs,

Planqués dans une débauche de formes et de couleurs !

 

D’aucun diront sans doute, peut-être avec raison,

Que c’est d’art dont on parle, voire même de poésie,

Que ce n’est pas d’hier qu’on griffonne à foison

Sur les murs des villes, au gré de nos folies…

 

Signes de reconnaissance et codes mystérieux,

Slogans identitaires et hommages populaires

Se croisent, se côtoient, s’opposent à qui mieux mieux

Depuis la nuit des temps, depuis l’aube de notre ère…

 

Qui n’a jamais tracé un discret petit cœur

Autour d’une initiale à la sienne enlacée,

Ou percé d’une flèche pour dire toute la douleur

D’un amour impossible, d’une passion envolée…

 

 

Qui n’a jamais gravé dans le bois d’un vieux banc,

Un prénom adoré, un je t’aime éternel

Que rien n’effacera, ni la pluie, ni le temps,

Témoignages sans retour, discrètes sentinelles…

 

Et combien ont laissé, sur une porte, sur un mur,

Une trace indélébile pour marquer leur passage,

Un peu d’éternité, le souffle d’un murmure

A ceux qui viendront là, un jour, lire ces messages !

 

Mais tous les mots d’amour et tous les cœurs gravés

S’effacent aujourd’hui sous une vague de violence,

Aux je t’aime succède toute la vulgarité

De slogans racoleurs, d’injures et d’indécence !

 

Des mots et des dessins de haine et d’ignorance

Qui insultent les uns, stigmatisent les autres,

Qui sur les murs de pierre explosent en silence,

Hurlent la fin d’un monde, comme un mauvais apôtre !

 

Mais quel est donc ce monde qui laisse ses enfants

Recouvrir d’immondices les murs de la Cité

Sans se poser d’questions, sans même prendre le temps

De chercher à comprendre leurs rêves dévoyés !

 

La colère dans les yeux et le geste rageur,

On efface les traces, on lessive, on repeint,

Mais au cœur des vieux murs, chaque mot tracé demeure

Et ronge l’édifice qui implosera demain…

 

Herrlisheim – 23 juin 2019

( 17 juin, 2019 )

L’attente

Deux minutes à attendre le départ du train,

Deux minutes à attendre que montent les voyageurs,

Deux minutes c’est court pour un signe de la main

Ou le tendre baiser, soufflé du bout du cœur !

 

Etrange, qu’en ces temples de la mobilité,

Une gare ne vive que d’attente, de patience,

Pour une minute à peine, ou une éternité,

Le temps de l’au revoir qui marquera l’absence…

 

Mais attendre est un art, chacun a sa manière

De n’pas laisser filer ce temps volé au temps,

Petite pause contrainte au bord du quai de pierre,

Petite bulle hors du monde, impatience de l’instant !

 

Le nez en l’air, la tête dans ses rêves,

Il y a l’infatigable marcheur

Qui enchaîne les pas dans le jour qui se lève,

Et arpente le quai sur toute sa longueur !

 

Pendu au téléphone, l’œil rivé à l’écran,

Il marche au bord du quai, inconscient du danger,

Concentré, à l’écoute, mais tellement imprudent,

L’équilibriste oublie qu’un train peut l’emporter…

 

Eclats d’rires, embrassades et papotage.

Pour les collègues qui s’retrouvent chaque matin,

La journée commence bien, entre échanges et partages,

Un sourire sur les lèvres, un café à la main.

 

Sourd et aveugle au monde qui l’entoure,

Le lecteur s’évade loin des réalités,

Matin et soir, jour après jour,

Il esquive, monte et descend sans jamais lever le nez !

 

Nostalgique, solitaire ou juste un peu rêveur,

Celui-là reste sourd au cœur de foule qui bat,

Le regard lointain, tout seul, il attend l’heure

Indifférent au monde qui bruit à quelques pas.

 

Cravate, pinces à vélo, beau costume et baskets,

Leur allure, disons-le, n’est pas très élégante…

Repliant leur vélo et autre trottinette,

Groupés en bout de quai, les sportifs patientent.

 

Une fois, deux fois, dix fois, il contrôle l’écran

Le touriste étranger un peu perdu, bien sûr,

Il ne tient pas en place, interpelle les agents,

En attente du mot, du sourire qui rassure !

 

Un cliché par ici, un selfie sur un banc,

Il publie chaque détail de son quotidien,

Reporter de l’instant le plus insignifiant,

Il met sa vie en scène, pour un oui, pour un rien…

 

Et puis, plein d’énergie, il y a les enfants

Qui trouvent toujours matière à inventer un jeu,

Qu’on rattrape d’un mot, ou d’un geste prudent

Quand l’insouciance les pousse à des jeux dangereux !

 

Celui-là n’attend pas, il est toujours en r’tard,

Il monte dans le train au tout dernier instant,

Mais parfois c’est trop tard, on a sifflé l’départ,

Essoufflé sur un banc, il attendra l’suivant…

 

 

Herrlisheim – 16 juin 2019

( 10 juin, 2019 )

Cœur de gare

Des gares de ma jeunesse, c’était l’âme et le cœur,

Poste de commandement ou de circulation,

Où chaque jour de l’année et sans droit à l’erreur,

On œuvrait avec calme et détermination.

 

Si modeste fût-elle, chaque gare avait le sien,

Une pièce tout en longueur, à l’abri des regards

Où du matin au soir et du soir au matin,

On gérait chaque mouv’ment, chaque manœuvre, chaque départ !

 

Les leviers des aiguilles s’alignaient au cordeau,

Brillants comme un sou neuf d’être polis chaque jour,

Et si l’plancher usé demeurait propre et beau,

C’est qu’il fallait l’huiler chacun à notre tour…

 

De lourds bureaux en bois pour poser nos graphiques,

Un gros crayon d’couleurs, une mine rouge, l’autre bleue,

Un téléphone à fiches…c’était toute une technique,

Café et cigarettes pour pas fermer les yeux…

 

D’autres au fil des années se sont modernisés,

Troquant les grands leviers contre une table de commande,

Tableau d’contrôle optique, pour rien laisser passer,

Et la voix de Simone, de Paris à Marmande…

 

C’était notr’ terrain d’jeu, c’était notr’ territoire,

C’était notre fierté et notre quotidien,

C’était à chaque service une nouvelle histoire,

Là où le mieux, souvent, était ennemi du bien…

 

De la gare chacun, savait tous les rouages,

Et savait en jouer contre l’adversité,

Pour que chacun de vous puisse vivre son voyage,

Ensemble, on faisait front en solidarité !

 

Du Rhin à l’Atlantique, du Nord à la Provence,

Croisements et dépass’ments, arrivées ou départs,

Grâce à nous sillonnaient sur les rails de France

Les trains de votre vie et de vos belles histoires

 

Et puis, une nuit d’été, est mort le cœur de gare…

La bête s’est endormie dans un dernier soupir,

Débranchée à jamais, sans trompette ni fanfare,

Emportant avec elle, nos rires et nos souv’nirs !

 

Parc’qu’en ce monde qui court sans cesse après son ombre,

On n’arrêtera jamais notre fuite en avant,

Parc’qu’il faut toujours plus, même au prix le plus sombre,

On tue le savoir-faire au profit de l’argent…

 

Ça s’appelle le progrès et la technologie,

Ça fonctionne, n’ayez crainte, les trains roulent toujours,

Et qu’importe nos regrets et notre nostalgie,

Ils ne valent pas grand-chose, quand se lève le jour…

 

J’ai pleuré je l’avoue en refermant la porte

Du poste silencieux pour la première fois,

Et j’ai erré longtemps au cœur de la gare morte,

Epuisant ma colère, ma peine, mon désarroi !

 

 

Herrlisheim – 10 juin 2019

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