( 19 mai, 2019 )

Sur les quais

Aux heures de pointe, c’est un charivari bruyant et coloré,

Chassé-croisé pressé d’urgence et d’impatience,

Entre quinquas stressés et jeunesse connectée

Qui du temps qui galope, adoptent la cadence !

 

C’est l’attente impatiente de qui vient rechercher

Un parent voyageur, un ami qui revient,

Ou le sourire rêveur de l’énamouré

Qui reconnait enfin un pas dans le lointain…

 

C’est l’crincrin entêtant des valises qui roulent,

Des talons qui claquent, des voix qui s’interpellent,

C’est, dans les haut-parleurs, Simone parfois qui soûle,

Quand d’un souci majeur elle répand la nouvelle !

 

C’est le chant des enfants, à l’été revenu,

Lorsqu’ils partent joyeux, en colonie d’vacances,

Ou les éclats de rire du bruyant chahut

De fêtards en goguette qui plaisantent et qui dansent !

 

C’est quelquefois aussi l’écho d’une dispute,

Des cris et des sanglots qui nous feront courir,

Des bagarres parfois, bousculades et insultes

Qui mettent mal à l’aise, nous forçant à sévir…

 

C’est à chaque grand départ, la montagne de bagages

De ceux qui pour un temps, vont larguer les amarres

Pour trouver le soleil tout au bout du voyage,

Au bout d’une aventure qui commence dans nos gares…

 

 

C’est un ballet étrange, de vélos, de poussettes

Qui croisent, et c’est nouveau, de bien curieux engins,

Excentriques gyropodes et autres trottinettes

Qui amusent ou surprennent mais vont toujours bon train…

 

C’est aussi aux aurores, le royaume de l’errance

Poussée là, sur les quais par l’aube et sa fraicheur,

Et qui trouve sur un banc, un soupçon d’espérance

Dans un café serré qui réchauffe le cœur !

 

Ce sont les pluies d’orage qui martèlent les toits,

Et débordent des gouttières en geysers bouillonnants,

C’est le domaine du vent qui s’engouffre et tournoie

Et soulève les jupons, dansants et froufroutants…

 

C’est cette chappe de plomb en plein cœur de l’été,

Et la poussière de neige projetée par les trains,

Ce sont les portes des rames qui claquent pour se fermer

Et la plainte stridente des crissements de frein !

 

C’est la vie qui palpite du matin jusqu’au soir,

Un monde qui se croise, se bouscule et s’agite,

C’est là qu’on s’impatiente, c’est là qu’on broie du noir,

C’est là que tout commence et se termine trop vite…

 

C’est là qu’on laisse son cœur et son chagrin muet,

C’est le début d’un rêve ou d’un ultime voyage,

C’est en haut d’l’escalier, c’est là, c’est sur les quais

On en part, on y revient, avec ou sans bagage…

 

 

Herrlisheim – 19 Mai 2019

( 10 mai, 2019 )

Où est passé le Chef de Gare ?

Dans le hall, sur les quais, au détour d’un couloir,

Vous le cherchez en vain, où a-t-il disparu

Ce pilier de nos gares, cette figure notoire

Qui régnait sur les lieux comme sur sa tribu ?

 

De la cave au grenier, aucune hésitation,

Il savait tout sur tout, connaissait chaque recoin,

Pas une panne, un défaut, pas une imperfection

Dont il n’ait connaissance, dont il ne prenne soin !

 

Station sans prétention ou grand vaisseau de pierre,

De chaque gare du pays, il fût le capitaine,

Et à mener sa barque, il n’était pas peu fier

Quand il la dirigeait loin d’une tempête soudaine…

 

Il ne la quittait guère, il vivait à l’étage,

Gardait un œil sur tous et l’oreille aux aguets,

Prêt à intervenir au plus petit nuage

Qui viendrait perturber l’impeccable ballet !

 

Il avait débuté sur les voies de triage

Et fait ses premières armes dans une minuscule gare,

Tour à tour au guichet et au poste d’aiguillages,

Manœuvre, homme de ménage, levé tôt, couché tard…

 

Et d’hiver en automne, des années d’expérience,

Des années de patience, des années à apprendre

Pour un jour, finalement, ultime récompense,

Enfin prendre les rênes, enfin cesser d’attendre !

 

Mais où est-il passé ce fameux Chef de Gare

Qui tenait son royaume d’une main assurée ?

Vous le cherchez souvent et vous trouvez bizarre

Qu’aujourd’hui, même son nom ait été effacé !

 

Autres temps, autres mœurs, autre organisation !

Adieu le chef d’orchestre qui nous donnait le la,

Dommage collatéral d’la mondialisation,

Il vous manquera peut-être, il nous manque déjà !

 

Alors on triche un peu, au gré des circonstances,

Quand vous le réclamez, désirez lui parler,

Pour ne pas expliquer, user votre patience,

On endosse un instant le titre abandonné…

 

Mais bientôt, il sera une image d’Epinal,

Reléguée, oubliée au fond de nos mémoires,

Qu’on retrouvera peut-être sur une photo banale

Pour illustrer une page de nos livres d’Histoire…

 

Herrlisheim – 10 Mai 2019

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