( 7 avril, 2019 )

Les salles d’attente

Je les aime vieillottes dans leurs anciens atours,

Quand elles ramènent l’enfance au bord de ma mémoire,

J’aime y trouver la trace des voyages au long cours,

Y croiser les fantômes qui reviennent s’y asseoir !

 

J’aime leurs bancs de bois aux assises profondes

Couverts de cicatrices maladroitement soignées,

Témoignages désuets, reflets d’un ancien monde

Où d’anciennes amours un jour furent tatouées…

 

On les découvre parfois au détour d’un couloir,

Ou plantées crânement au beau milieu d’un quai,

Elles résistent au temps, aux progrès de l’Histoire,

Et face aux abris-bus imposent leur cachet !

 

Oubliées sans doute dans la marche du temps,

Conservant du passé des effluves d’encaustique,

Elles offrent au voyageur qui s’y pose un instant

Des souvenirs d’enfance aux saveurs nostalgiques !

 

De l’épaule ou du pied, on en poussait la porte

Qui grinçait sur ses gonds et battait derrière nous,

Balayant les murmures comme le vent les feuilles mortes

Quand les regards curieux se tournaient tous vers nous !

 

Vous souvenez-vous comme moi de vos premiers voyages,

Agrippés à la main d’une maman, d’une grand-mère

Qui surveillait ensemble l’horloge et les bagages

Et jetait autour d’elle un regard sévère ?

 

Avez-vous le souv’nir du nuage de fumée

Qui flottait au plafond du matin jusqu’au soir

Nous empêchant parfois presque de respirer

Jusqu’à c’qu’un courant d’air le chasse vers les couloirs ?

 

Avez-vous dans la bouche le goût particulier

Des sandwiches maison dans leur papier d’alu

Qu’on déballait sans bruit, sans froisser le papier

Et nous laissaient comblés, souriants et repus…

 

J’aime les redécouvrir au hasard d’un voyage,

Me laisser emporter par l’imagination,

De mes vieux souvenirs retrouver le sillage

Et me laisser bercer au gré des émotions…

 

Petites Mad’leines de Proust des départs en vacances,

Ou souvenir pesant d’attentes angoissantes,

J’y croise les rêves fous de mon adolescence

Et la mélancolie de mes heures insouciantes !

 

Et j’espère toujours qu’un jour viendra le temps

Où nous retrouverons les rêveries impatientes

Qui ponctuaient nos voyages de souvenirs vivants

Glanés au fil des heures et des salles d’attente…

 

Herrlisheim – 5 Avril 2019

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