( 28 avril, 2019 )

Intolérable violence

C’est le groupe de gamins qui envahit le hall,

Se répand sur les quais, colonise les bancs,

Qui provoque et bouscule, qui insulte et qui vole,

Sans aucune limite, que l’envie du moment…

 

Ils n’ont peur de personne et ils ne craignent rien,

Ils voguent bien au-delà des règles et des lois,

Ils n’ont aucune notion ni du mal, ni du bien,

Toisent le monde autour d’eux comme s’ils étaient les rois !

 

Des enfants, bien souvent, ils n’ont que l’apparence,

Il n’y a aucune douceur sur leur visage imberbe,

Aucune légèreté, aucune impertinence

Dans leur allure revêche de jeunes caïds en herbe…

 

C’est cet homme ordinaire qui d’un coup se déchaîne

Sur un distributeur de café, de douceurs,

Pour un gobelet qui manque, pour quelques cents à peine

Mais qui soudain réveillent une inquiétante fureur !

 

C’est cet homme endormi au terminus du train

Qu’on réveille pourtant avec délicatesse

Qui explose de rage d’être un arrêt trop loin,

Et parce qu’on n’y peut rien, nous bouscule, nous agresse !

 

Ou encore celui là qui traverse les voies

Et qui se jette sur nous, qui rugit, qui explose,

Qui menace et insulte et qui frappe parfois

Quand on explique le risque auquel son geste l’expose…

 

Ils ont dans le regard la lueur inquiétante

De ceux qui ont la haine chevillée au cœur,

De ceux pour qui la vie est une guerre constante,

Qui distillent leur colère en inspirant la peur !

 

Ils ont le regard froid et le sourire cruel

De ceux qui ne ressentent pas la moindre émotion,

Ils paraissent brûler d’une flamme éternelle

Qui consume leur âme de sombres intentions…

 

Le cœur desséché par une vie de misère,

Les pensées perverties par la drogue ou l’alcool,

Qu’ils aient quinze ou trente ans, ils nous déclarent la guerre,

Affichent leur violence comme d’autres une banderole…

 

Au fil du temps qui passe, ils deviennent légions

A refuser les règles ou la moindre contrainte,

A perdre le vernis de leur éducation

A user de violence sans remord et sans crainte !

 

Est-ce un signe des temps, une lente décadence,

Qui détruit peu-à-peu ce qu’on a de meilleur

Au profit de l’intolérable violence

Qui brise notre confiance, ressuscite les vieilles peurs ?

 

 

Herrlisheim – 28 avril 2019

( 22 avril, 2019 )

Vaincus ?

C’est un fait nouveau qui, il faut bien le dire,

Vous agace bien plus qu’il ne vous terrorise…

Mais hélas, il faut bien envisager le pire

Chaque fois qu’à bord d’un train, vous menace…une valise !

 

C’est la marque d’un monde vaincu par ses terreurs,

La méfiance est de mise pour chaque étourderie,

On n’prendra pas le risque, on n’fera pas l’erreur

De détourner les yeux, de jouer avec vos vies…

 

Alors, pour chaque sac, chaque colis, chaque bagage

Que vous abandonnez sur un banc, dans un train,

Désolée, c’est la règle, on stoppe votre voyage,

Le temps de s’assurer que vous ne risquez rien !

 

Même si nous supposons que le risque est mineur,

Même si ça nous agace, au moins autant que vous,

Le doute s’insinue, nous fait froid dans le cœur,

Parce qu’on sait bien, hélas, que la bête est partout !

 

Le matin de bonne heure, ce sont les sacs de sport

Oubliés sur un banc ou sous un siège du train

Qui f’ront battre nos cœurs, soudain, un peu plus fort,

Nous f’ront perdre notre humour, nos sourires, notre entrain…

 

Le soir, c’est un cartable, une sacoche, un cabas

Qui vous fera manquer, peut-être, un rendez-vous,

On sait bien, croyez-moi, qu’on vous retardera,

Mais mieux vaut rentrer tard, que n’pas rentrer du tout !

 

Y’a aussi les valises et les sacs de voyage,

Les sacs de shopping, mallettes et sacs à dos,

Abandonnés parfois, perdus dans vos sillages,

Et qui nous plongent ensemble dans un étrange chaos…

 

Et que dire des bagages laissés là, au hasard,

Le temps d’aller ach’ter un café, un journal,

Le temps d’une cigarette fumée devant la gare,

Et qui en d’autres temps auraient paru banal…

 

On pêche, c’est certain, par excès de prudence,

Chaque colis est sujet à notre suspicion,

Pour une étourderie, pour votre inconséquence,

C’est un monde qui se fige dans sa respiration !

 

Ce n’est pas tant leurs bombes qui répandent la terreur

Que le doute qui habite notre quotidien,

Et c’est moins leur folie qui distille la peur

Que nos regards qui changent chaque fois qu’on se souvient…

 

De gares évacuées en trains sécurisés,

Il m’arrive de penser qu’ils ont déjà vaincu,

Qu’à répandre le doute et l’insécurité,

Ils volent un mode de vie qui ne reviendra plus…

 

 

Herrlisheim – 21 avril 2019

( 22 avril, 2019 )

Eveil

Quand, à l’aube, la gelée fige la vie alentours,

Que la brume s’accroche aux silhouettes massives,

Et que la lune bien ronde dessine leurs contours,

Sur leur voie de garage, douc’ment nos trains revivent !

 

Dans la nuit qui s’étire, ils clignent un peu des yeux

Avant que leur regard perce l’obscurité,

Puis les moteurs ronronnent, réguliers, silencieux,

Au ralenti bien sûr, pour ne pas déranger…

 

Les conducteurs s’affairent, rigoureux, concentrés,

Ils auscultent et ils testent chaque petit rouage,

Ils soignent les détails, ne laissent rien passer

Avant de valider la journée de voyages…

 

Puis les lumières s’allument dans les trains déserts,

La clim’ réchauffe douc’ment l’espace silencieux

Pendant que sur les vitres, la buée éphémère

Dessine des paysages fragiles et mystérieux !

 

Un p’tit coup de sifflet dit toute leur impatience

A rejoindre le quai noir de voyageurs,

Quelques secondes de plus, un à un, ils s’élancent,

Parés à voyager dès les premières lueurs.

 

Celui-là, bien pressé, file vers la capitale,

Le nez fendant la brume qui noie les paysages,

A son bord, on somnole, ou on lit le journal,

Et on oublie le monde, just’ le temps du voyage !

 

Celui-là prend son temps, c’est l’roi du cabotage,

Dix montées, trois descentes, douc’ment il fait le plein,

Traverse la campagne, de village en village

Et résonne des rires des écoliers taquins…

 

Bien réveillé déjà, le rapide file bon train,

S’amusant au passage à doubler les voitures

Qui se traînent, poussives, dans le petit matin,

Coincées par les camions qui brisent leur allure…

 

Pendant ce temps, à quai, arrive le premier train

Où tous les lève-tôt croisent les couche-tard,

Les yeux pleins de sommeil, le visage chafouin,

Et des lambeaux de rêves accrochés au regard…

 

Mais sur les voies d’garage, le calme est revenu,

L’aiguilleur quitte son poste, appelé à d’autres tâches,

La valse reprendra une fois le soir venu,

Dans un ballet rôdé qu’on rejoue sans relâche…

 

 

Herrlisheim – 14 avril 2019

( 7 avril, 2019 )

Les salles d’attente

Je les aime vieillottes dans leurs anciens atours,

Quand elles ramènent l’enfance au bord de ma mémoire,

J’aime y trouver la trace des voyages au long cours,

Y croiser les fantômes qui reviennent s’y asseoir !

 

J’aime leurs bancs de bois aux assises profondes

Couverts de cicatrices maladroitement soignées,

Témoignages désuets, reflets d’un ancien monde

Où d’anciennes amours un jour furent tatouées…

 

On les découvre parfois au détour d’un couloir,

Ou plantées crânement au beau milieu d’un quai,

Elles résistent au temps, aux progrès de l’Histoire,

Et face aux abris-bus imposent leur cachet !

 

Oubliées sans doute dans la marche du temps,

Conservant du passé des effluves d’encaustique,

Elles offrent au voyageur qui s’y pose un instant

Des souvenirs d’enfance aux saveurs nostalgiques !

 

De l’épaule ou du pied, on en poussait la porte

Qui grinçait sur ses gonds et battait derrière nous,

Balayant les murmures comme le vent les feuilles mortes

Quand les regards curieux se tournaient tous vers nous !

 

Vous souvenez-vous comme moi de vos premiers voyages,

Agrippés à la main d’une maman, d’une grand-mère

Qui surveillait ensemble l’horloge et les bagages

Et jetait autour d’elle un regard sévère ?

 

Avez-vous le souv’nir du nuage de fumée

Qui flottait au plafond du matin jusqu’au soir

Nous empêchant parfois presque de respirer

Jusqu’à c’qu’un courant d’air le chasse vers les couloirs ?

 

Avez-vous dans la bouche le goût particulier

Des sandwiches maison dans leur papier d’alu

Qu’on déballait sans bruit, sans froisser le papier

Et nous laissaient comblés, souriants et repus…

 

J’aime les redécouvrir au hasard d’un voyage,

Me laisser emporter par l’imagination,

De mes vieux souvenirs retrouver le sillage

Et me laisser bercer au gré des émotions…

 

Petites Mad’leines de Proust des départs en vacances,

Ou souvenir pesant d’attentes angoissantes,

J’y croise les rêves fous de mon adolescence

Et la mélancolie de mes heures insouciantes !

 

Et j’espère toujours qu’un jour viendra le temps

Où nous retrouverons les rêveries impatientes

Qui ponctuaient nos voyages de souvenirs vivants

Glanés au fil des heures et des salles d’attente…

 

Herrlisheim – 5 Avril 2019

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