( 14 mars, 2019 )

Au buffet

Des banquettes en faux cuir ou garnies de coussins,

Des chaises inconfortables, un immense comptoir,

Aux murs, de vieilles affiches rappellent les temps anciens,

Et sur les tables en bois se lit toute leur histoire…

 

Nichés dans la pénombre de leur antique décor,

Noyés d’éclats de voix et d’effluves enivrants,

Ils ont, lorsqu’ils existent encore,

Le charme suranné des voyages d’antan…

 

Le parquet est usé de milliers de passages,

Mais le zinc du comptoir rutile comme un miroir,

Le perco, bruyamment, délivre son breuvage,

Grand crème ou allongé, noisette ou petit noir…

 

Un habitué enchaîne les p’tits ballons de blanc,

Le geste maladroit, soutenu par le bar,

Il jette autour de lui un regard larmoyant,

Le corps noyé d’alcool, perdu dans ses brouillards…

 

A quelques pas de lui, exultent les parieurs,

De l’espoir plein la tête, leurs tickets à la main,

L’œil rivé à l’écran où s’alignent les trotteurs

Qui feront leur bonheur…ils y croient, c’est certain !

 

A la table du fond, devant un p’tit café,

Deux vieillards décortiquent les pages du journal,

Critiques, un brin cyniques face à l’actualité,

Ils commentent et ils jugent à l’aulne de leur morale…

 

Leur valise en remorque, entrent les voyageurs

Qui cherchent d’un coup d’œil, une place où s’installer,

Interpellent la serveuse d’un geste un peu hâbleur,

Arguant pour s’excuser, qu’ils sont un peu pressés…

 

A l’abri de la porte et de ses courants d’air,

Deux dames à belle allure chuchotent, lèvres pincées,

Très droites sur leur chaise, entre elles, une théière,

Dans cet antre populaire, elles paraissent déplacées…

 

A l’office, le cuistot prépare le coup d’feu,

Verbe haut et fleuri, il houspille son commis…

La vaisselle s’entrechoque, les portes claquent un peu,

Plat du jour, tarte aux pommes, tous s’ra prêt à midi !

 

Quelques notes bien connues stoppent les conversations,

Un coup d’œil à l’horloge et l’oreille aux aguets,

Chaque annonce qui passe retient toute l’attention

Des clients en transit, impatients et inquiets !

 

Bruit de chaises qu’on repousse tout en vidant sa tasse,

De la menu-monnaie en guise de pourboire,

Et le buffet se vide du bar à la terrasse,

L’attente est terminée, c’est l’heure des au-revoir..

 

La serveuse fait place nette, l’barman essuie les verres,

L’ivrogne est toujours là, bien accroché au bar,

Les parieurs, dépités, jettent leurs tickets par terre,

Scène de vie ordinaire au buffet de la gare…

 

Herrlisheim – 14 Mars 2019

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