( 11 mars, 2019 )

Les solitudes

Comme la flamme toujours attire le papillon,

Les lumières de nos gares attirent les solitudes,

Solitudes d’errance d’un monde sans concession,

Solitudes du temps et d’une vie d’habitudes…

 

Elles viennent chercher un train pour un lointain voyage,

Un séjour au soleil, une visite aux enfants,

Mais leur train restera sur une voie de triage,

Les rêves ne voyagent pas, en tout cas pas souvent…

 

Mais la question au fond n’a pas grande importance,

C’est un peu d’attention qu’elles viennent chercher là,

Un peu d’chaleur humaine pour briser leurs silences,

Un sourire, quelques mots, un rire, pourquoi pas ?

 

Prêtez-leur une oreille, attentive, bienveillante,

Et elles ouvrent pour vous le livre aux souvenirs,

Elles vous racontent la vie, quelquefois si violente,

Et leur jeunesse aussi, dans l’ombre d’un soupir…

 

Elles diront les enfants dont elles sont si fières,

Le départ d’un conjoint qui les a fracassées,

Elles parleront d’un temps, pas si vieux, just’hier,

Où leur vie était douce, pétillante et dorée !

 

Vous verrez bien souvent leur regard se voiler,

Percevrez dans les voix un soupçon de détresse,

Dans un mot, une rancœur à peine dissimulée,

Qui vous noieront le cœur d’une vague de tristesse !

 

 

Vous surprendrez parfois, au détour d’une histoire,

Un sourire enjôleur, un clin d’œil malicieux,

Amusés, vous jouerez, le p’tit jeu illusoire

D’un peu de séduction contre un sourire radieux…

 

Et de fil en aiguille, vous aurez bien du mal

A les abandonner à cette vie de rien,

A rompre le dialogue de manière amicale

Pour reprendre le cours du travail quotidien !

 

Est-ce juste une illusion, juste l’envie d’y croire,

Ou quittent-elles la gare, le pas plus assuré,

Le regard plus droit, les pensées bien moins noires,

Le sourire plus franc et le cœur plus léger ?

 

D’aucuns diront sans doute que c’n’est pas notre rôle

D’offrir quelques instants à ces cœurs en détresse,

Mais, pour quelques minutes, partager leur parole,

C’est à l’Humanité rendre toute sa noblesse !

 

Alors, de temps en temps, oublions la rigueur,

Oublions les horloges, la productivité,

Et pour quelques minutes ouvrons-leur notre cœur,

Un moment d’attention et de complicité…

 

Herrlisheim – 11 Mars 2019

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