( 4 mars, 2019 )

C’est une vieille dame

Chaque rayon de soleil la ramène à sa place,

La douceur d’une brise la dépose sur son banc,

A tout petits pas, dos rond et tête basse,

Trois ans qu’elle nous revient à l’approche du printemps…

 

C’est aux heures paresseuses de l’après-midi

Qu’elle remonte le quai de sa démarche tranquille,

Son regard un peu vide fixé sur l’infini,

A la recherche, peut-être, des souv’nirs qui défilent…

 

Quelques pas devant elle, s’agite un petit chien,

Minuscule compagnon qu’elle retient sans peine,

Qui bondit et qui jappe, pour un oui, pour un rien,

Sans troubler semble-t-il, ses pensées quotidiennes !

 

Quand son banc est en vue, elle presse un peu l’allure,

Comme si elle avait peur qu’on lui prenne sa place,

D’un geste possessif, l’expression soudain dure,

Sur le dossier de bois, elle pose une main vorace !

 

Elle fait le tour du banc, vérifie s’il est propre,

Soupire s’il est taché et sort de sa poche

Un chiffon, un mouchoir, incendiant les malpropres

Qu’elle agonit d’injures et de moult reproches…

 

Elle s’assied lourdement, grommelle encor’un peu,

Un coup sec sur la laisse du chien qui jappe toujours,

Elle se détend enfin, ferme un instant les yeux

Et laisse filer le temps comme l’ombre sur le jour…

 

 

Elle se tient immobile, telle un sphynx de pierre

Que rien ne vient troubler, que nul n’ose déranger,

Perdue dans ses pensées, dans un autre univers,

Elle est sourde à la vie qui bat à ses côtés !

 

Le petit chien s’agace de cet immobilisme,

Il aboie à tout va, cherche son attention

Sans jamais la distraire, la tirer du mutisme

Qui l’isole du monde et de ses émotions.

 

Réfugiée aux limites extrêmes de sa conscience,

Installée aux confins d’une forêt de souv’nirs,

Perdue on ne sait où, au bord de ses silences,

Elle laisse passer les heures sans un geste, un soupir…

 

Quand le soleil pâlit, que s’enfuit la douceur,

Dans un petit frisson, elle émerge de ses rêves ,

Elle caresse le chien, sort de sa torpeur

Et d’un ultime effort, lourdement, elle se lève !

 

Comme elle est arrivée, la voilà repartie,

A petits pas comptés, elle remonte le quai,

Sans un mot partagé, elle gagne la sortie

Et au coin de la rue, telle une ombre, disparaît…

 

C’est une vieille dame dont nous ne savons rien

Qui, chaque après-midi laisse filer le temps,

Qui tout au long des heures, regarde passer les trains

Comme des morceaux de vie emportés par le vent…

 

Herrlisheim – 1er Mars 2019

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