( 3 février, 2019 )

Les Invisibles

Depuis combien de temps, une saison après l’autre

Arpente-t-il les quais, son balai à la main ?

Il pousse son charriot, passe d’un quai à l’autre,

En ignorant sag’ment moqueurs et malandrins…

 

Il me salue d’un mot, d’un regard, d’un sourire,

Sans ralentir le pas, sans cesser son ouvrage,

Mais avec, quelquefois, le murmure d’un soupir,

Face au champ de bataille laissé par les sauvages…

 

Il collecte, il ramasse, trie inlassablement

Canettes et vieux gobelets, mégots, papiers froissés

Laissés là sur les quais, et jusque sous les bancs

Par des indélicats, sans gêne et mal élevés…

 

Où s’envolent ses pensées, vers quel ciel étoilé

Quand tout le jour durant, il ramasse, il nettoie ?

S’échappent-elles au-delà d’la Méditerranée,

Au pays qu’il quitta en quête d’une autre voie ?

 

Les batt’ments de son cœur sont-ils pour ce pays

Où il ouvrit les yeux il y a longtemps déjà…?

Y puise-t-il la force qu’il faut pour être ici ?

Ou la mélancolie qui alourdit son pas ?

 

Quels mots se cachent vraiment derrière ce sourire

Qu’il nous offre chaque fois qu’il croise notre regard ?

Comment voit-il sa vie, son présent, son av’nir,

Quand il rentre chez lui, fatigué et si tard…

 

Réalise-t-il, ici, un rêve de jeunesse ?

A-t-il trouvé un port, l’écrin d’une vie meilleure ?

N’y-a-t-il aucun regret, aucun voile de tristesse

Qui ait laissé sa marque sur ses envies d’ailleurs ?

 

 

Je n’vois aucune colère couver dans ses regards,

Je n’lis aucune rancœur au bord de ses sourires,

Juste un peu de tristesse surprise par hasard

Dans un mot échappé, une grimace, un soupir…

 

Anonymes légions dans nos gares comme ailleurs,

Ils sont les invisibles, les sans grade, les petits,

Ceux qu’on n’regarde pas, qu’on n’met pas à l’honneur,

Qu’on respecte si mal, qu’on croise et qu’on oublie…

 

Mais ils sont essentiels à nos villes, à nos gares,

De leur beauté fragile, ils demeurent les garants,

Car quel que soit l’endroit où se pose nos regards,

C’est à leur vigilance qu’on doit qu’ils soient pimpants…

 

 

Herrlisheim – 03 février 2019

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