( 7 novembre, 2018 )

Le baratineur,

Il est là chaque jour, du matin jusqu’au soir,

Casquette sur la tête et bouteille à la main,

De la gare il fait, son royaume, son territoire,

Dès la première minute où il descend du train !

 

Au tout premier regard, on devine son humeur,

Le pas lourd et traînant, la tête dans les épaules,

Le voilà qui s’isole, au moins pour quelques heures,

Loin de la vie qui bruit sur les quais, dans les halls…

 

Il s’affale sur un banc, son sac à ses côtés,

Il bougonne, il ronchonne, mais ne parle à personne !

Le regard noir, la bouche amère, les poings serrés,

Et dans la tête, sans doute, sa colère qui résonne !

 

Inutile, ces jours-là, de chercher à l’atteindre,

Un seul regard suffit pour qu’explose sa violence,

L’esprit rongé d’un feu impossible à éteindre,

Le monde n’est plus qu’une ombre qui réveille sa méfiance !

 

A l’inverse, certains jours, le voilà guilleret,

La tête et le dos droit, il roule des épaules,

Il sautille, il musarde, véritable feu-follet

Qui passe de l’un à l’autre, la colère sous contrôle…

 

Il aborde les passants, en mode baratineur,

Demande si tout va bien, vous offre son sourire,

Galant, poli, et même un brin charmeur,

Il raconte sa vie…et ment comme il respire !

 

Il « cherche du travail », vous offre ses services,

Vous demande conseil, se prétend volontaire,

N’entend pas vos réponses, parce que sur lui, tout glisse,

Rien de c’que vous direz, jamais, ne l’fera taire…

 

Il passe d’un quai à l’autre en quête d’une proie,

Une jeune femme, un ado, ou un gentil grand père…

Les soûle de paroles, embobine, louvoie,

Pour obtenir trois sous, l’argent du prochain verre !

 

Et à ce petit jeu, il est très bon joueur,

En bon bonimenteur, il choisit son client,

Accroche son regard, répand sa bonne humeur,

Et en quelques minutes, il ferre l’innocent…

 

Puis il repart, content, à l’assaut du suivant,

Les poches un peu plus pleines, le rire au fond des yeux,

Esquivant subtilement la police, les agents

Qu’il saluera de loin, d’un clin-d ’œil malicieux !

 

C’est un petit futé, qui sait nous éviter,

Et sait quand disparaître, quand passer son chemin,

En d’autres temps, qui sait, il aurait pu trouver

Un sol plus fertile où inscrire son destin…

 

Qu’attend-il de la vie, du monde, de l’avenir,

Quand les bancs et les quais sont ses seuls horizons,

Ses dernières bouteilles, ses uniques souvenirs,

Et sa seule ambition, éviter la prison ?

 

Herrlisheim – 6 Novembre 2018

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