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( 20 novembre, 2018 )

Sur les bancs

Offerts à tous les vents, patinés par le temps,

D’attente et de patience ils sont le témoignage,

Pour cinq minutes à peine ou de longues heures durant,

Nos bancs sont une escale au cœur de nos voyages !

 

Griffés, tagués, gravés au fil des quatr’saisons,

Leurs blessures sont autant de rêves et de souv’nirs,

De détresses et d’espoirs laissés à l’abandon

Par tous les oubliés qui r’gardent les trains partir…

 

Il y a ceux du quai trois, au soleil vers midi

Qui subissent chaque jour le nouvel abordage

D’une jeunesse bruyante qui chahute et qui rit

Et laisse sur ces bancs ses rêves d’enfants sages…

 

En face de ma fenêtre, à portée de regard,

C’est, chaque après-midi, le banc des solitaires,

Une grand-mère et son chien, un vieux et son cigare,

Et cette étrange fille à l’allure sévère…

 

Chaque jour que Dieu fait, quelle que soit la saison,

Le banc du bout du quai assiste, un peu surpris,

A l’étrange ballet de celle qui tourne en rond

A petits pas comptés, réguliers et précis…

 

Bien à l’abri du vent, et adossé au mur,

C’est le banc des errants et des laissés pour compte

Qui du matin au soir, et tant que le jour dure

Y exposent cette misère qui nous fait un peu honte !

 

 

Au milieu du quai deux, le banc des amoureux,

A l’abri des regards, derrière la salle d’attente,

C’est le banc des baisers et des tendres aveux,

Ceux des premières amours, maladroites, impatientes…

 

Mais dans la salle d’attente, c’est une toute autre histoire !

Sur les bancs de l’entrée, deux ou trois voyageurs,

Mais le fond, tout le jour est royaume sans gloire

D’une faune inquiétante, insolente et sans peur !

 

Les bancs craquent, pleurent, gémissent

Sous les violents assauts de ces hordes sauvages,

Brûlés et estropiés de mille cicatrices,

Ils sont tristes à pleurer quand cesse enfin l’outrage !

 

Mais j’aime ces bancs de bois venus d’un autre temps,

M’y poser un instant, y chercher le souv’nir

D’aventures passées, de rendez-vous galants,

Ou des voyages d’antan, des rêves qu’on voit partir…

 

Nul ne les a chantés comme les bancs publics,

Et des vieux bancs de pierre, ils n’ont pas la mémoire,

Pas de jolies rengaines aux accents poétiques,

Et pourtant, de nos gares, ils racontent l’histoire…

 

 

Herrlisheim – 20 novembre 2018

( 7 novembre, 2018 )

Le baratineur,

Il est là chaque jour, du matin jusqu’au soir,

Casquette sur la tête et bouteille à la main,

De la gare il fait, son royaume, son territoire,

Dès la première minute où il descend du train !

 

Au tout premier regard, on devine son humeur,

Le pas lourd et traînant, la tête dans les épaules,

Le voilà qui s’isole, au moins pour quelques heures,

Loin de la vie qui bruit sur les quais, dans les halls…

 

Il s’affale sur un banc, son sac à ses côtés,

Il bougonne, il ronchonne, mais ne parle à personne !

Le regard noir, la bouche amère, les poings serrés,

Et dans la tête, sans doute, sa colère qui résonne !

 

Inutile, ces jours-là, de chercher à l’atteindre,

Un seul regard suffit pour qu’explose sa violence,

L’esprit rongé d’un feu impossible à éteindre,

Le monde n’est plus qu’une ombre qui réveille sa méfiance !

 

A l’inverse, certains jours, le voilà guilleret,

La tête et le dos droit, il roule des épaules,

Il sautille, il musarde, véritable feu-follet

Qui passe de l’un à l’autre, la colère sous contrôle…

 

Il aborde les passants, en mode baratineur,

Demande si tout va bien, vous offre son sourire,

Galant, poli, et même un brin charmeur,

Il raconte sa vie…et ment comme il respire !

 

Il « cherche du travail », vous offre ses services,

Vous demande conseil, se prétend volontaire,

N’entend pas vos réponses, parce que sur lui, tout glisse,

Rien de c’que vous direz, jamais, ne l’fera taire…

 

Il passe d’un quai à l’autre en quête d’une proie,

Une jeune femme, un ado, ou un gentil grand père…

Les soûle de paroles, embobine, louvoie,

Pour obtenir trois sous, l’argent du prochain verre !

 

Et à ce petit jeu, il est très bon joueur,

En bon bonimenteur, il choisit son client,

Accroche son regard, répand sa bonne humeur,

Et en quelques minutes, il ferre l’innocent…

 

Puis il repart, content, à l’assaut du suivant,

Les poches un peu plus pleines, le rire au fond des yeux,

Esquivant subtilement la police, les agents

Qu’il saluera de loin, d’un clin-d ’œil malicieux !

 

C’est un petit futé, qui sait nous éviter,

Et sait quand disparaître, quand passer son chemin,

En d’autres temps, qui sait, il aurait pu trouver

Un sol plus fertile où inscrire son destin…

 

Qu’attend-il de la vie, du monde, de l’avenir,

Quand les bancs et les quais sont ses seuls horizons,

Ses dernières bouteilles, ses uniques souvenirs,

Et sa seule ambition, éviter la prison ?

 

Herrlisheim – 6 Novembre 2018

( 5 novembre, 2018 )

Et pourtant j’ai douté

Il y a tant de saisons qu’tu fais écho à mon histoire,

Et tant de nuits sans lune que tes notes bercent mes rêves,

Il y a tant de hasards que tes mots comme un miroir

Offrent à mes pages trop blanches la douceur une trêve…

 

De mes saisons d’aimer, tu as dit les remords,

Au fil de nos années, raconté mes colères,

Derrière ton poing levé, j’ai crié haut et fort

Quand tes mots quelquefois dénonçaient toutes mes guerres !

 

Et pourtant j’ai douté !

 

Quelques notes de piano ont libéré mes larmes,

Trois accords de guitare, et c’est la vie qui danse !

Ta voix dans le silence m’a fait rendre les armes

Pour offrir à mon cœur une nouvelle chance…

 

J’ai trouvé du bonheur à suivre ton étoile,

J’ai consolé mes peines, guéri quelques chagrins,

Sur toutes mes émotions, tu as levé le voile

Et j’ai croisé parfois l’ombre de mon destin…

 

Et pourtant j’ai douté !

 

De tes rires à mes larmes, il n’y a qu’un refrain,

De tes mots à mes drames, les facéties du ciel,

De tes mélancolies aux fleurs de mes chagrins,

Il y a tous les sunlights de mes nuits sans sommeil…

 

J’ai trouvé dans tes rimes, un peu de ma mémoire,

Et tu combles le vide de mes trop grands silences,

J’ai trouvé des courages que j’pensais pas avoir,

Des plaisirs renoués, des envies d’insouciance…

 

Et pourtant j’ai douté !

 

Tu m’as fait rire aux larmes et pleurer aux éclats,

Libéré tous mes mots, bâillonné mes pudeurs,

D’une musique vieille au Nantes de Barbara,

J’ai trouvé des réponses aux fêlures de mon cœur …

 

Et pourtant j’ai douté !

 

 

Le temps d’une chanson, d’une mélodie d’ailleurs,

J’ai eu peur une seconde que se brise le lien,

Pour une voix différente qui glisse et qui m’effleure,

Mon cœur ne comprend pas, et mon sourire s’éteint…

 

Tout à coup, j’ai douté…

 

Pas d’étoile dans les yeux, de frisson familier,

Pas de batt’ment de cœur un peu désordonné,

Pas d’émotion soudaine pour un rêve oublié

Que tes mots murmurés auraient ressuscité…

 

Et mon cœur a douté !

 

Et puis le vent d’automne, dans sa folle insouciance,

M’a amené d’autres mots et d’autres mélodies

Qui ont brisé mes murs, ébranlé mes silences,

Et serré un peu plus le destin qui nous lie…

 

Je n’pouvais plus douter !

 

Et j’ai aimé le temps qui passe et nous dépasse,

Adoré bousculer un père à la dérive,

J’ai pris la main de Louise pour danser sur les places

Et que dans nos regards, la Liberté survive !

 

Comment encore douter ?

 

A contre mesure, à contre-pied, à contre-temps,

Comment douter lorsque tu fais danser mes émotions,

Quand ta mélancolie cueille une larme doucement,

Et que chantent mes espoirs sur toutes tes partitions ?

 

Comment ai-je pu douter ?

 

Comment ai-je pu douter quand un p’tit air dansant

Ramène mes sourires, réveille mes souvenirs,

Quand tu me fais lever et aller de l’avant,

Au-delà des nuages d’un sinistre avenir ?

 

Il n’y a plus de doute !

 

Aujourd’hui comme hier, tu as trouvé la voie

Pour me toucher au cœur d’une douce violence,

Aujourd’hui comme hier, c’est au son de ta voix,

Que se rallume la flamme de mon cœur en errance !

 

Herrlisheim – 05 Novembre 2018

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