( 30 août, 2018 )

Il était un coquelicot,

Il nous est arrivé sur les ailes du vent,

Depuis le champ voisin, ou de beaucoup plus loin,

Sous le chemin de fer, il s’est glissé viv’ment,

Pour trouver dans la terre, une source à ses besoins…

 

Endormi tout l’hiver, loin du froid et du vent,

Aux premières douceurs, il étire ses racines,

A la terre nourricière, il s’accroche vaillamment,

Et tourne son cœur tout neuf vers l’aube cristalline…

 

Usant de tout son art, et d’un instinct primal,

Il évite les pierres, et tous ses prédateurs

Pour se désaltérer de rosée matinale,

Sous l’œil indifférent de tous les voyageurs

 

Accroché vaille que vaille au bord du quai de pierre,

Chaque jour plus solide, chaque jour plus vivant,

Il étale ses feuilles, les gorge de lumière,

Quand son bouton timide, tangue et danse sous le vent…

 

Ses pétales fripés apparaissent un matin,

Petite tache écarlate dans la lumière de l’aube,

Les uns contre les autres dans le soleil qui point,

Dans un ultime élan il déploiera sa robe…

 

Deux jours, peut-être trois pour s’offrir aux regards,

Malgré toute la violence du souffle des trains qui passent,

Deux- trois jours seul’ment en plein cœur de la gare

Comme pour prouver au monde sa force plus que sa grâce !

 

Chaque jour je découvre avec émerveillement

Sa gracile beauté, sa fragile puissance,

J’y vois comme un espoir, la lueur d’un printemps

Pour tous ceux qui un jour, ont perdu la confiance !

 

Il n’a pas le parfum capiteux de la rose,

Ni la robe majestueuse de la belle orchidée,

Du lys royal et fier, il ne prend pas la pose,

C’est juste un coquelicot, de son monde égaré…

 

Réfugié loin des siens, de sa terre maternelle,

Dans ce désert de pierre, il lutte pour sa vie,

Etrange similitude dans la ronde éternelle

Avec ceux d’entre nous que l’on chasse et qui fuient…

 

J’imagine la force, j’imagine le courage,

Et toute l’envie de vivre qu’il a dû déployer

Pour vaincre les obstacles de son si long voyage

Et venir fleurir là, dans ces pierres fissurées…

 

Pied d’nez au vent du nord qui l’a mené ici,

Loin des terres fertiles, loin de ses frères et sœurs,

Symbole sans conteste des sans-noms, des petits,

Si j’avais une bannière, il en serait la fleur !

 

 

Herrlisheim – 10 Juin 2018

( 30 août, 2018 )

Entre deux,

Il y a eu la musique qui nous as rassemblés,

Des mots et puis des rimes qui nous ont chavirés,

Il y a eu des échanges, des rêves et des partages,

Un enthousiasme fou surgi dans ton sillage…

 

Il y a eu l’impatience de partir sur les routes,

Sans se poser d’questions, sans l’ombre du moindre doute,

Il y a eu toutes ces routes qui filaient sous nos roues,

Des hôtels et des trains, et d’drôles de rendez-vous…

 

Il y a eu l’explosion des cœurs qui se libèrent

A la toute première note du tout premier concert…

Il y a eu toutes nos danses, nos larmes d’émotion,

Le plaisir sans égal d’une parenthèse passion…

 

Il y a eu des étés de jolies déraisons,

Des points d’exclamation pour rythmer nos saisons,

Y a eu des rencontres, de joyeuses retrouvailles,

Le soleil et la pluie comme autant de batailles !

 

Et puis un soir d’automne, il y eut une dernière fois,

Un ultime voyage, et nos cœurs soudain froids,

Un peu triste peut-être, au bord d’une aube grise,

Nous avons, en silence défait toutes nos valises…

 

Comme à la fin d’une fête, on a tout bien rangé,

Ramassé nos souv’nirs faits de papier glacé,

Et gardé bien au chaud, au creux de nos mémoires,

Toutes nos nuits étoilées et nos rêves d’un soir !

 

De partages en clin d’œil pour rompre nos silences,

Le temps s’en est allé, brûlant nos impatiences…

La vie nous a repris, nous offrant des soleils

Et des nuages aussi, comme un destin qui veille…

 

Les saisons, une à une ont glissé sur nos cœurs,

Sans que pâlissent, jamais, nos souvenirs à fleur…

D’un soleil de printemps, on a fait un av’nir,

D’une main sur un piano, un rêve en devenir…

 

Car nous sommes entre deux, et le manque nous gagne,

Malgré la vie qui coule comme torrent de montagne,

Car nous sommes à la veille d’une nouvelle aventure,

Et les heures, soudain, se figent, s’étirent et durent…

 

Ressurgissent les plaisirs, refleurissent les images,

On voudrait tout savoir, déjà, des paysages

Qui nous emporteront, ici, ou bien ailleurs,

Qui réveilleront nos vies et feront battr’nos cœurs !

 

Trois notes de piano pour nous faire patienter,

Un accord de guitare, pour nous électriser…

Une photo qui voyage plus vite que la lumière,

Et nos yeux qui s’allument d’une flamme légère !

 

Et nos cœurs en avance échappent au quotidien,

Nos pensées vagabondent déjà loin vers demain,

L’entre deux va mourir sur un nouveau refrain,

Nous allons repartir, ensemble sur tes chemins…

 

Herrlisheim – 30 Août 2018

( 12 août, 2018 )

Le panneau départs

Mais que devient une gare sans son panneau départs,

Qui d’une seconde à l’autre ravit puis désespère,

Selon qu’il affiche l’heure ou un temps de retard,

Qui brise notre patience ou provoque nos colères…

 

Peu importe la ville de France ou de Navarre,

Peu importe la taille, l’âge, la beauté des murs,

Il attire toujours le tout premier regard

De qui passe la porte du temple d’aventure…

 

Des allers, des retours, il marque le tempo,

Agace le pressé, rassure le flâneur,

Mais jamais l’un et l’autre ne lui tourne le dos,

Par crainte qu’en une seconde, il ne leur vole une heure…

 

Voyez chaque matin, tout à leur impatience,

Les voyageurs du jour, groupés, le nez en l’air

Qui attendent fébriles, dans un curieux silence

Que s’affiche la voie du convoi qu’ils espèrent…

 

Entendez ces soupirs quand enfin sonne l’heure,

Ces murmures agacés quand s’affiche un retard,

Le désordre joyeux de tous les voyageurs

Qui s’élancent d’un seul pas à l’annonce du départ…

 

Ecoutez résonner, quand ils existent encore,

Les tableaux à palettes, mécaniques du passé,

Qui, comme par magie, dans un clac-clac sonore,

D’un mot en font un autre dans un ballet rôdé !

 

Ils habillaient un mur, on les voyait de loin,

Aucune méprise possible, pas besoin de chercher,

Ils s’offraient aux regards du voyageur chafouin,

Répondaient aux questions du passant égaré…

 

J’ai, vous l’avez compris, une nostalgie tenace

Pour cet antique symbole, repère intemporel,

Et le regret chagrin, quand disparait sa trace,

Chassé de son domaine par des écrans virtuels…

 

Ils se ressemblent tous, ces nouveaux messagers,

Afficheurs bleus et verts, accrochés au hasard,

Qu’un rayon de soleil d’un coup va aveugler,

Mais sans âme surtout à offrir à la gare…

 

Qui peut encor’ rêver sous le panneau départs,

En voyant défiler mille possibilités ?

Qui peut s’imaginer voyageur du hasard

Dans toutes ces gares clonées, lissées, aseptisées…

 

Herrlisheim – 08 Août 2018

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