( 30 avril, 2018 )

Les âmes simples

Ils ont dans le regard la candeur de l’enfance,

La démarche un peu lourde, hésitante quelquefois,

Mais le sourire sincère, sans crainte et sans méfiance

De ceux qui n’voient jamais le mal, où qu’il soit…

 

Ils arrivent chaque jour avec le même train,

Souriants et bavards, ils traversent la gare,

Et reviennent chaque soir avec le même entrain,

Heureux de nous conter toutes leurs petites histoires !

 

L’heure exacte du train est pour eux un repère,

Comme l’arrêt d’autobus ou le quai de départ,

Mais bien vite dans leurs yeux naissent des larmes amères,

Lorsque le quotidien chavire et les égare…

 

C’est un bus parfois qui remplace le train,

Ou bien un incident qui décale l’horaire,

C’est un train en retard qui brouille leur quotidien,

Ou un train différent qui tout à coup, les perd…

 

C’est la panique soudain pour une panne d’ascenseur,

Un verrou capricieux qui les a enfermés,

C’est un écran éteint qui réveille leurs peurs,

Un retard d’autocar qui les fait paniquer !

 

Alors ils viennent vers nous, les yeux pleins d’espérance,

Expliquent leur problème en buttant sur les mots,

Luttant contre leur peur, ils nous offrent leur confiance,

Pour remettre à l’endroit leur monde qui prend l’eau…

 

Sont-ils ou non conscients de toutes leurs différences,

Dans ce bonheur sincère qui semble les habiter ?

Ils sont les âmes simples qui de leur innocence

Ensoleillent de leurs rires nos saisons oubliées…

 

Mais il en est certains, oubliés de la vie

Qui errent dans la gare dès le petit matin,

En quête d’attention, d’un peu de compagnie,

Ou juste d’une cigarette pour oublier demain…

 

Enfermés dans leur monde sans passé, sans av’nir,

Ils semblent chaque jour prendre le même chemin,

Se perdre et divaguer dans le même délire,

Répétant à l’envi les mêmes mots incertains…

 

Certains parlent d’enfants qu’ils iront bientôt voir,

D’autres d’un coin de France où ils vont retourner,

Pendant qu’une drôle de dame cherche dans sa mémoire

Ses souvenirs qui fuient plus vite que ses années…

 

Qui sont ces égarés ? Qui sont ces oubliés ?

Ames simples et perdues dans ce monde qui court…

N’y aura-t-il donc personne dans cette vie sans pitié

Pour bercer leurs angoisses, leurs peurs de chaque jour ?

 

Leurs regards nous renvoient à nos angoisses profondes,

Leur folie nous effraie chaque fois qu’elle nous effleure,

Quand, à courir sans cesse, sans perdre une seconde,

Nous oublions un peu, de nos âmes la couleur…

 

Herrlisheim – 30 avril 2018

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