( 15 avril, 2018 )

Ivresse,

Ils ont quinze ans à peine, jamais plus, parfois moins,

Trois ou quatre gamins semblables à tous les autres,

Semblables en apparence, en regardant de loin,

Mais dès qu’on les approche, le constat est tout autre…

 

Ils arrivent en gare une bouteille à la main,

Leurs pas sont hésitants, ce n’est pas la première…

Canette de mauvais rêve, bouteille de mauvais vin,

Une gorgée puis une autre, mais jamais la dernière…

 

Démarche titubante, pas lourds et incertains

Ils tanguent et ils chavirent tout au bord des quais,

Paroles délirantes scandées comme un refrain,

Ils déversent sur le monde le flot de leur venin !

 

Ils trébuchent et ils tombent, rient fort et parlent haut,

Chaque gorgée les éloigne un peu plus du réel,

L’ivresse les libère d’une claque dans le dos,

Leur offre une liberté qui leur paraît si belle…

 

Ils oublient la raison, ils oublient la prudence,

Ne craignent plus personne, n’ont plus peur de rien,

Inconscients ils traversent, insouciants ils s’élancent,

Rien ne les arrêtera…sauf peut-être le train !

 

Quelle vérité trouvent-ils au fond de leur bouteille

A l’âge de tous les rêves et de tous les possibles ?

Quelle sombre tragédie a masqué leur soleil

Pour que l’ivresse seule leur offre l’inaccessible ?

 

Que font-ils à errer sur les quais de la gare,

Voguant d’un banc à l’autre, glissant le long des murs,

Le regard vitreux, l’haleine lourde, l’air hagard,

Sourds, sauf à la bouteille et son grisant murmure ?

 

C’est sur les bancs d’l’école qu’on devrait les trouver,

A apprendre le monde, à découvrir la vie,

Pas sur ceux d’une gare à perdre leurs jeunes années,

A brûler leur jeunesse, leurs sourires, leurs envies…

 

La mère en moi s’émeut, mon cœur est en colère !

Qui a osé leur prendre l’enfance et l’innocence ?

Qui, dans ce monde si froid de peine et de misère

Ose laisser ces enfants s’perdre dans l’indifférence ?

 

Car boire n’est pas un jeu, car boire ce n’est pas rien,

Quand on n’a pas quinze ans, qu’on est juste un enfant !

Boire, c’est gâcher ses chances, c’est se perdre en chemin,

C’est s’échouer sur les rives des rêves adolescents…

 

Il n’y a plus d’éclat, déjà, dans leur regard,

Il n’y a plus d’espérance, il n’y a plus d’illusions…

Naufragés de la vie portés par le hasard,

Au gré du jour sans fin, épaves en perdition…

 

Je hais cette impuissance qui me tient poings liés,

Condamnée à les voir se perdre et se détruire,

Je hais l’indifférence de ce monde formaté

Qui laisse les plus fragiles sombrer dans leur délires…

 

…/…

 

Et nous les retrouverons, dans dix ans, dans vingt ans,

Assis devant la gare, corps brisé, main tendue,

Nous les verrons encore, s’ils sont toujours vivants,

Au bord du long chemin d’une existence perdue…

 

 

Herrlisheim – 12 avril 2018

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