( 9 avril, 2018 )

Les fantômes du rail,

Assise sur un banc, un sac à ses côtés,

Elle n’est pas différente des autres voyageurs,

Un vague sourire aux lèvres, perdue dans ses pensées,

Un peu nerveuse peut-être, quand elle regarde l’heure….

 

D’une main qui tremble un peu, elle fouille dans son sac,

D’un geste maladroit, elle en tire une image,

Celle de ses jours heureux qui met son cœur en vrac,

Et qui l’a menée là pour un ultime voyage…

 

Un train surgit soudain qui la fait sursauter,

Son souffle emporte au loin la vieille photo jaunie,

Elle la suit un instant d’un œil désabusé,

Et plonge dans le silence des désordres de sa vie !

 

Une heure et puis une autre, assise sur ce banc

La tête basse, les mains jointes comme pour une prière,

Loin de la vie qui bat, loin du monde et du temps,

Immobile, elle se fond dans le décor de pierre…

 

On la repère bien sûr, on sait ses intentions,

Par habitude sans doute, par expérience, hélas…

On s’approche, on lui parle, on sonde ses émotions,

On s’improvise rempart à chaque fois qu’un train passe !

 

On cherche le sésame, le mot qui l’éveillera,

On cherche dans son regard, une larme, un éclat,

Une étincelle de vie qui, peut-être, s’allumera,

Une étoile dans son ciel, pour pas que sonne le glas…

 

On lui offre un verre d’eau, un geste ou un sourire,

L’attention qui saurait fissurer son armure,

On ne pose pas d’questions, on ne parle pas d’av’nir,

Mais on cherche, pas à pas à franchir tous ses murs !

 

Son regard fuit le nôtre, son silence nous exclut,

Elle frissonne sous le vent, mais refuse de bouger,

Elle a cet air perdu de ceux qui n’y croient plus,

Cette presque transparence des cœurs désespérés…

 

…/…

 

Il arrive parfois que nos mots, nos silences

Viennent toucher son âme, au fond de ses enfers,

C’est presque inespéré, on saisit notre chance

Pour l’emmener douc’ment loin du chemin de fer !

 

On la guide, pas à pas, on la met à l’abri,

On obtient un regard, un nom, un téléphone

Pour appeler un parent, une sœur, un ami

Qui saura apaiser la douleur qui résonne !!

 

Mais il arrive aussi que tous nos mots soient vains,

Qu’elle soit déjà si loin du monde et ses couleurs

Que quels que soient les mots, les efforts, les soutiens,

Ce sera sous un train qu’elle jettera ses douleurs !

 

Ici et maintenant, si on tourne le dos,

Ou peut-être demain si on la fait partir,

Malgré tous les méd’cins, les drogues et les mots,

Du rail elle est déjà, fantôme en devenir…

 

Herrlisheim – 25 mars 2018

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