( 9 avril, 2018 )

Baby Dolls

Petites Baby Dolls aux yeux cernés de noir,

Fillettes grandies trop vite à l’ombre des magazines,

Qui se donnent rendez-vous matins, midis et soirs,

La posture provocante, plus vulgaires que mutines…

 

Elles campent aux lavabos dès les premiers frimas,

Mais investissent les quais aux premières douceurs,

La langue bien pendue et le rire en éclats,

De leur petit royaume, elles chassent les gêneurs !

 

Elles pérorent et se vantent, de tout, surtout de rien,

Partagent une cigarette, un soda, un croissant,

Se battent quelquefois, plus enragées qu’des chiens,

Pour un mot, un regard, elles peuvent montrer les dents !

 

Pas de petits secrets échangés à voix basse,

Aucune discrétion, aucune confidence,

Elles parlent haut et fort, sans douceur et sans grâce,

Comme si tous, nous devions, savoir leurs expériences…

 

L’injure au bord des lèvres, le regard méprisant,

Elles cherchent l’attention du monde qui les entoure,

Pour exister, peut-être, pour exister vraiment,

Pour le croire en tout cas, tant que dure le jour…

 

Ni charme, ni douceur sur ces visages fardés,

Aucune délicatesse dans les gestes, les postures,

Elles affichent fièrement toute leur vulgarité,

S’en couvrent comme d’autres revêt’raient une armure…

 

Pourquoi parler si mal, pourquoi crier si fort ?

Pourquoi ces gestes brusques, pourquoi être agressives ?

A croire qu’elles ne se lèvent que pour se battre encore,

A croire qu’elles ne savent vivre, que sur la défensive !

 

De quoi se défendent-elles derrière ces masques durs ?

De qui se protègent-elles, qu’est-ce qui leur fait si peur ?

A l’âge des possibles, des rêves et des murmures,

Pourquoi sont-elles pétries de colère, de rancœur ?

 

Je ne retrouve rien des rires de ma jeunesse

Dans leurs regards emprunts de haine et de méfiance,

Je n’y reconnais pas ces explosions de liesse,

Ni la douce folie des rêves d’adolescence…

 

Quels chemins leur montrer, quelles portes leur entrouvrir,

Pour qu’elles abandonnent là, leur monde désabusé ?

Comment sans leur mentir, leur parler d’avenir,

Pour qu’elles retrouvent l’envie, un jour, d’y habiter ?

 

Il faut bien, direz-vous, que jeunesse se passe,

Sans doute croiseront elles, un jour, une destinée,

Mais reconnaîtront-elles au fil du temps qui passe,

La minute essentielle où tout peut basculer ?

 

Quand je vois leur mépris des autres comme d’elles-mêmes,

Quand j’entends, pétrifiée, leur absence d’idéal,

L’amertume et la haine qu’elles affichent et qu’elles sèment,

J’ai pour leur avenir, une terreur abyssale,

                        une tristesse viscérale,

                        un doute monumental….

 

Herrlisheim – 30 mars 2018

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