( 4 février, 2018 )

Les petites voleuses

Elles ont le regard noir et les cheveux ébène,

Le visage d’un ange, le rire de l’innocence…

La démarche féline, sans remord et sans gêne,

Elles fondent sur la foule, en souplesse, en silence !!

 

Elles arrivent ensembles, menées par une mégère,

Se dispersent habilement parmi les voyageurs,

Guidées par la matrone et son regard sévère,

Elles choisissent leur victime, dérobent ses valeurs…

 

La première s’installe auprès d’un vieux monsieur,

Le charme d’un sourire, timide et réservé,

Et d’un geste rapide, voilà le petit vieux

Délesté d’un portable et de quelques billets…

 

Deux autres, l’air de rien, entrent dans l’ascenseur

A la suite d’un touriste qui ploie sous ses bagages,

Elles proposent leur aide, l’œil et la bouche en cœur,

Elles auront les poches pleines arrivées à l’étage !

 

Profitant d’l’affluence, celle-ci monte dans un train,

Au milieu d’la cohue, elle moissonne à foison…

Puis redescend bien vite, légère et pleine d’entrain

Et remet son butin à l’ogresse en jupons…

 

Rapide comme l’éclair, voici la pie voleuse,

La benjamine du groupe, mais pas la moins habile…

Le visage angélique, elle joue les malheureuses,

Un portefeuille en poche, et la voilà qui file…

 

Prises la main dans le sac, elles crient à l’injustice,

Et la main sur le cœur, clament leur innocence !

Leurs grands yeux plein de larmes, le menton qui se plisse,

Elles offrent le visage d’la candeur de l’enfance…

 

Mises en accusation par l’une ou l’autre victime,

Elles attaquent becs et ongles, protestent et fondent en larmes,

Mains ouvertes devant elles, elles nient le moindre crime,

Leur jeunesse et leur charme brandis comme dernière arme !

 

Que surgisse la police pour contrer le forfait,

Les voilà qui gémissent, gesticulent, font le show,

Elles attirent sur elles les regards stupéfaits

Pendant que la mégère, lentement tourne le dos…

 

Aucune trace du butin, bien sûr, sur les drôlesses,

Envolé le trésor, avec l’étrange duègne,

Un rire au fond des yeux, sur les lèvres, une promesse,

Sur un dernier regard, elles rejoignent leur gardienne !

 

Agaçantes, énervantes comme la mouche du coche,

Elles reviennent chaque jour exercer leurs talents,

Qu’importe si on les chasse, elles referont les poches

Du voyageur distrait, de l’innocent passant…

 

Prisonnières d’un système pervers et ancestral,

Sont-elles responsables, je ne saurais le dire ?

Nées d’un monde sans gloire de misère banale,

Sont-elles condamnées à ce seul devenir ?

 

Laisserons-nous longtemps au cœur de nos cités

Ces gamines effrontées sans rêve et sans amour ?

Où ferons-nous un jour preuve d’humanité

Pour leur offrir enfin l’aube d’un nouveau jour ?

 

 

Herrlisheim – 4 février 2018

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