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( 9 février, 2018 )

Quand tombe la neige,

Ah tiens, voilà qu’à la mi-février,

L’hiver nous fait la grâce d’une apparition…

Et alors qu’on espérait un soleil printanier,

C’est de neige que le ciel couvre nos illusions…

 

En ville ou en campagne, les arbres s’habillent de blanc,

Les oiseaux se faufilent jusqu’au cœur des fourrés,

Dans les cours, dans les champs, s’ébattent les enfants,

…Et jusqu’aux vieux murs gris qui retrouvent une beauté…

 

Il y a cette lumière, il y a ce silence

Qui apaisent un instant nos âmes trop à l’étroit

Pendant qu’en nos mémoires, les souvenirs d’enfance

Reviennent caresser les matins d’autrefois…

 

Mais la magie, hélas, ne dure qu’un moment,

Le temps d’un batt’ment d’cils, ou le temps d’un sourire,

On oublie dans l’instant le charme du tableau blanc,

On n’voit plus qu’la pagaille qu’il va falloir souffrir…

 

Et alors que le monde est à feu et à sang,

Que certains meurent de froid, de faim ou d’ignorance,

Ce qui fera la une, ce soir, sur nos écrans,

Ce sera nos humeurs et toutes nos impatiences…

 

Ça y est, c’est reparti, on se met à râler !

Pourquoi n’est-ce-pas salé ? Pourquoi ces trains en r’tard ?

Et ces bus qui n’roulent pas ! Comment aller bosser ?

A notre époque, vraiment, je ne peux pas y croire…

 

Bien sûr, c’est pas facile, on dérape et on glisse,

Bien sûr, on perd du temps, on a même un peu peur,

On perd un peu patience, s’imagine au supplice,

Mais…mais c’est l’hiver voyons, le blanc est de rigueur…

 

Entre nous, moi non plus, j’n’aime guère tous ces flocons

Quand ils me ralentissent, m’obligent à la prudence,

Quand ils compliquent ma vie, je râle à l’unisson,

Et puis je me souviens, du temps de mon enfance…

 

Je me revois enfant, écoutant, fascinée,

Une grand’mère, une grand’tante raconter ses hivers,

Les jours au ralenti, les soirs à la veillée,

Quand le froid et la nuit enveloppaient leur terre…

 

On vivait en ce temps, au rythme des saisons,

On laissait la nature hiberner tranquillement,

L’hiver, c’était le temps des travaux en maisons,

Le temps de préparer, peu-à-peu le printemps…

 

C’était le temps aussi de joyeuses retrouvailles,

Le temps d’avoir le temps d’accueillir ses amis,

Le temps de raconter, le temps des fiançailles

Qu’un mariage à l’été comblerait de ses fruits !

 

Mais aujourd’hui le monde ne connaît que l’urgence,

On ne sait que courir de janvier à décembre,

Il faut vivre et produire sans aucune différence

Au soleil, sous la neige ou les brumes de novembre…

 

On chasse le naturel, on viole notre terre,

Forçats de sociétés sans égard pour l’humain,

On marche à pas forcés, on contraint, on se perd,

Et tant pis pour le monde, et tant pis pour demain…

 

Alors bien sûr, on râle quand on nous ralentit,

Rien ne doit entraver notre fuite en avant,

Mais je rêve qu’un beau jour, peut-être est-ce aujourd’hui ?

Nous retrouverons enfin, la sagesse d’antan…

 

 

Herrlisheim – 09 février 2018

( 5 février, 2018 )

Casseurs cassés ?

Sauvage chevauchée au milieu de la foule,

Slaloms endiablés parmi les voyageurs,

Sur leurs machines d’acier, ils s’élancent et ils roulent,

Au mépris des dangers, ils jouent à se faire peur !

 

Ils traversent le hall sans quitter leurs montures,

Debout sur les pédales, ils foncent vers la sortie…

Indifférents aux cris, aux regards, aux murmures,

Ils défient nos colères, ils jubilent et ils rient…

 

Ils sautent sur les bancs, jusqu’à c’qu’enfin ils cèdent,

Maculent les écrans de morve et de crachats,

Ils brisent quelques vitres au hasard de leurs raids,

Se soucient comme d’une guigne de l’œil des caméras…

 

A dix dans l’ascenseur, ils sautent et se bousculent

Jusqu’à l’arrêter net dans sa lente ascension…

Coincés, mais impatients de sortir de cette bulle,

Ils arrachent les commandes, de rage, de frustration…

 

Ils investissent la gare, matins, midis et soirs,

Monopolisent les bancs et les espaces d’attente,

En interdisent l’accès, comme de leur territoire,

Et chassent jusqu’aux mendiants par leur présence violente !

 

Conquérants sans bravoure, ils provoquent, ils menacent,

Ils s’éloignent chaque jour un peu plus du rivage,

Sans peur des représailles, ils trafiquent et ils cassent,

Et c’est un champs de ruines qu’ils laissent dans leur sillage !

 

Susceptibles, orgueilleux, ils se battent quelquefois,

Se cherchent, s’invectivent comme des coqs de basse-cour,

Enivrés de violence, ils traversent les voies,

Aux dangers, aux menaces, ils sont aveugles et sourds !

 

De plus en plus nombreux, plus jeunes de jour en jour,

Ils déferlent sur nous comme un étrange mal,

Juste le signe d’un monde qui n’a déjà plus cours ?

Ou funeste présage d’une décadence banale ?

 

Il faut, me direz-vous, que jeunesse se passe,

Et franchir les barrières, peut-être pour les comprendre…

Mais de barrières, ici, on ne trouve pas de traces,

Personne pour expliquer, personne pour leur apprendre…

 

La démarche chaloupée, ils roulent des épaules,

Comme les héros virtuels de leurs films, de leurs jeux…

Mais ce n’est plus un jeu, mais ce n’est pas un rôle,

C’est la vie qui, demain, pourrait noyer leurs yeux…

 

Ce ne sont que des enfants, désœuvrés, sans repère,

Qui, somme toute maîtrisent mal toutes les règles du jeu,

A qui il manque sans doute la main ferme d’un père

Pour leur montrer la route d’un avenir plus bleu…

 

 

Herrlisheim – 05 février 2018

( 4 février, 2018 )

Les petites voleuses

Elles ont le regard noir et les cheveux ébène,

Le visage d’un ange, le rire de l’innocence…

La démarche féline, sans remord et sans gêne,

Elles fondent sur la foule, en souplesse, en silence !!

 

Elles arrivent ensembles, menées par une mégère,

Se dispersent habilement parmi les voyageurs,

Guidées par la matrone et son regard sévère,

Elles choisissent leur victime, dérobent ses valeurs…

 

La première s’installe auprès d’un vieux monsieur,

Le charme d’un sourire, timide et réservé,

Et d’un geste rapide, voilà le petit vieux

Délesté d’un portable et de quelques billets…

 

Deux autres, l’air de rien, entrent dans l’ascenseur

A la suite d’un touriste qui ploie sous ses bagages,

Elles proposent leur aide, l’œil et la bouche en cœur,

Elles auront les poches pleines arrivées à l’étage !

 

Profitant d’l’affluence, celle-ci monte dans un train,

Au milieu d’la cohue, elle moissonne à foison…

Puis redescend bien vite, légère et pleine d’entrain

Et remet son butin à l’ogresse en jupons…

 

Rapide comme l’éclair, voici la pie voleuse,

La benjamine du groupe, mais pas la moins habile…

Le visage angélique, elle joue les malheureuses,

Un portefeuille en poche, et la voilà qui file…

 

Prises la main dans le sac, elles crient à l’injustice,

Et la main sur le cœur, clament leur innocence !

Leurs grands yeux plein de larmes, le menton qui se plisse,

Elles offrent le visage d’la candeur de l’enfance…

 

Mises en accusation par l’une ou l’autre victime,

Elles attaquent becs et ongles, protestent et fondent en larmes,

Mains ouvertes devant elles, elles nient le moindre crime,

Leur jeunesse et leur charme brandis comme dernière arme !

 

Que surgisse la police pour contrer le forfait,

Les voilà qui gémissent, gesticulent, font le show,

Elles attirent sur elles les regards stupéfaits

Pendant que la mégère, lentement tourne le dos…

 

Aucune trace du butin, bien sûr, sur les drôlesses,

Envolé le trésor, avec l’étrange duègne,

Un rire au fond des yeux, sur les lèvres, une promesse,

Sur un dernier regard, elles rejoignent leur gardienne !

 

Agaçantes, énervantes comme la mouche du coche,

Elles reviennent chaque jour exercer leurs talents,

Qu’importe si on les chasse, elles referont les poches

Du voyageur distrait, de l’innocent passant…

 

Prisonnières d’un système pervers et ancestral,

Sont-elles responsables, je ne saurais le dire ?

Nées d’un monde sans gloire de misère banale,

Sont-elles condamnées à ce seul devenir ?

 

Laisserons-nous longtemps au cœur de nos cités

Ces gamines effrontées sans rêve et sans amour ?

Où ferons-nous un jour preuve d’humanité

Pour leur offrir enfin l’aube d’un nouveau jour ?

 

 

Herrlisheim – 4 février 2018

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