( 6 novembre, 2017 )

Le vaisseau de pierre,

Comme c’est triste une gare la nuit,

Après le dernier train, l’ultime chance d’évasion,

Quand le silence retombe sur les quais endormis

Et que les murs soupirent les rêves et les passions.

 

Ultime port d’attache des nocturnes errances,

Improbable refuge de toutes les âmes en peine,

Elle est contre la nuit, une arche, une évidence,

Quand la lumière s’enfuit, que le froid glace les veines…

 

Tacite rendez-vous quand la vie fait naufrage,

Pour un peu de chaleur, d’illusoire sûreté,

La gare n’est plus le soir, symbole de voyage,

Mais pour les solitudes, une rade où s’échouer…

 

Un banc comme un radeau contre toutes les violences,

Un coin sombre, isolé, pour cacher sa détresse,

Pour faire taire ses pensées, pour prendre de la distance,

Une flasque de mauvais vin comme dernière richesse…

 

Lugubre et inquiétante, une gare la nuit,

Quand sa haute silhouette se découpe dans l’ombre,

Quand ses lumières s’éteignent et que plus rien ne bruit,

Que seule son horloge la ronde du temps dénombre…

 

C’est l’heure des rôdeurs qui se fondent en silence

Dans les recoins des murs et des portes cochères,

C’est le temps inquiétant de toutes les violences,

De toutes les peurs aussi et de l’aube qu’on espère !

 

C’est un coup de tonnerre qui déchire la nuit

Quand passe le long convoi d’un train de marchandises,

C’est du vaisseau de pierre les milliers d’petits bruits,

Ses plaintes et ses soupirs just’avant l’aube grise…

 

C’est sur les quais déserts, l’ombre désespérée

D’une âme à la dérive en quête de chaleur,

Qui dans un vieux mégot, un sandwich oublié

Trouvera du réconfort comm’une infime lueur !!

 

Mais c’est beau une gare la nuit,

Quand elle nimbe son quartier d’une lueur dorée,

Antique vaisseau de pierre qui accoste sans bruit

Aux frontières du rêve et d’la réalité…

 

On y court l’âme légère pour accueillir l’absent

Que la vie nous ramène avec le dernier train,

On s’y retrouve en bande, le regard pétillant

Avant de faire la fête jusqu’au petit matin !

 

On y trouve en urgence un paquet d’cigarettes,

Ou la baguette qui manque pour le repas du soir,

Et peut-être pour demain, le seul train qui s’arrête

Et nous emportera pour rejoindre notr’histoire…

 

Les voix gaies des fêtards résonnent entre ses murs,

Et on s’y réfugie, à l’abri de la pluie,

En attendant un bus, un taxi, une voiture

Qui nous emmènera loin des peurs de la nuit…

 

Herrlisheim – 05 Novembre 2017

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