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( 13 novembre, 2017 )

La fille au regard fier,

Assise bien droite, le dos au mur,

Les genoux enlacés entre ses bras tremblants,

Tête haute, regard fier, comme derrière une armure,

Elle penche un peu la tête pour sourire aux passants.

 

Elle ne fait pas la manche, elle ne tend pas la main,

Nulle sébile à ses pieds pour récolter l’aumône,

Les pensées vagabondes, les yeux dans le lointain,

On l’a vue assise là de l’été à l’automne…

 

Quand un enfant s’arrête et lui offre un regard,

Elle sourit à son tour, répond à ses questions,

Elle accepte une pièce, sans rougir et sans fard,

Sans détourner les yeux, sans masquer l’émotion…

 

Nulle fragilité dans sa silhouette gracieuse,

Ni haine ni détresse dans son regard si bleu,

Elle paraît à sa place, évidence silencieuse

D’un monde à la dérive qui détourne les yeux…

 

Epine dans les consciences de qui croise son regard,

Eclair de compassion dans l’œil du passant,

Comme posée par le vent just’là, devant la gare,

Elle est de notre monde, constat d’échec flagrant…

 

Elle est une fleur sauvage au milieu d’un jardin,

Elle semble plus vivante que nos cœurs endormis,

Plus humaine et plus libre dans le petit matin

Que le troupeau servile qui se presse et qui fuit…

 

Qui est-elle, d’où vient-elle, jamais elle ne répond,

Bien au-delà des rêves, elle trace son chemin,

Elle a choisi le vent pour ultime compagnon,

La course des étoiles pour guider son destin…

 

Sa vie, je n’en doute pas, ressemble à un combat,

Une lutte quotidienne pour un bout de trottoir,

Une solitude lourde, la peur, le cœur qui bat,

Pour que chaque aube nouvelle soit un peu une victoire !

 

Où est-elle aujourd’hui, où sera-t-elle demain ?

Au pied d’un autre mur ? A l’abri quelque part ?

Au hasard de ses pas, a-t-elle trouvé la main

Qui guid’ra son errance loin du parvis des gares ?

 

Oubliée de la vie ou rebelle à l’Histoire,

Je ne connais rien d’elle ni de sa vie d’hier,

Mais longtemps restera au fond de ma mémoire,

Le fantôme délicat d’une fille au regard fier…

 

Herrlisheim – 12 novembre 2017

( 6 novembre, 2017 )

Le vaisseau de pierre,

Comme c’est triste une gare la nuit,

Après le dernier train, l’ultime chance d’évasion,

Quand le silence retombe sur les quais endormis

Et que les murs soupirent les rêves et les passions.

 

Ultime port d’attache des nocturnes errances,

Improbable refuge de toutes les âmes en peine,

Elle est contre la nuit, une arche, une évidence,

Quand la lumière s’enfuit, que le froid glace les veines…

 

Tacite rendez-vous quand la vie fait naufrage,

Pour un peu de chaleur, d’illusoire sûreté,

La gare n’est plus le soir, symbole de voyage,

Mais pour les solitudes, une rade où s’échouer…

 

Un banc comme un radeau contre toutes les violences,

Un coin sombre, isolé, pour cacher sa détresse,

Pour faire taire ses pensées, pour prendre de la distance,

Une flasque de mauvais vin comme dernière richesse…

 

Lugubre et inquiétante, une gare la nuit,

Quand sa haute silhouette se découpe dans l’ombre,

Quand ses lumières s’éteignent et que plus rien ne bruit,

Que seule son horloge la ronde du temps dénombre…

 

C’est l’heure des rôdeurs qui se fondent en silence

Dans les recoins des murs et des portes cochères,

C’est le temps inquiétant de toutes les violences,

De toutes les peurs aussi et de l’aube qu’on espère !

 

C’est un coup de tonnerre qui déchire la nuit

Quand passe le long convoi d’un train de marchandises,

C’est du vaisseau de pierre les milliers d’petits bruits,

Ses plaintes et ses soupirs just’avant l’aube grise…

 

C’est sur les quais déserts, l’ombre désespérée

D’une âme à la dérive en quête de chaleur,

Qui dans un vieux mégot, un sandwich oublié

Trouvera du réconfort comm’une infime lueur !!

 

Mais c’est beau une gare la nuit,

Quand elle nimbe son quartier d’une lueur dorée,

Antique vaisseau de pierre qui accoste sans bruit

Aux frontières du rêve et d’la réalité…

 

On y court l’âme légère pour accueillir l’absent

Que la vie nous ramène avec le dernier train,

On s’y retrouve en bande, le regard pétillant

Avant de faire la fête jusqu’au petit matin !

 

On y trouve en urgence un paquet d’cigarettes,

Ou la baguette qui manque pour le repas du soir,

Et peut-être pour demain, le seul train qui s’arrête

Et nous emportera pour rejoindre notr’histoire…

 

Les voix gaies des fêtards résonnent entre ses murs,

Et on s’y réfugie, à l’abri de la pluie,

En attendant un bus, un taxi, une voiture

Qui nous emmènera loin des peurs de la nuit…

 

Herrlisheim – 05 Novembre 2017

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