( 14 juin, 2016 )

Eh toi !

Eh toi !

Oui, toi, là-bas, qui d’un foulard caches ton visage,

Qui d’un pavé, d’une barre de fer armes ton bras

Et qui de toute la puissance de ta rage

Brises des vitrines, frappes à tout va…

Oui, toi,

Qu’est-ce-qui te pousse à tout casser, à tout détruire,

Qu’attends-tu de ta haine et de toutes ces violences ?

Espères-tu sur les ruines construire ton avenir ?

Penses-tu que ta colère t’offrira d’autres chances ?

 

Eh toi !

Oui, toi, qui tournes le dos à ta vie, tes amis, tes parents

Pour suivre un roi barbare au cœur de ses déserts

Et revenir vers nous dans le feu et le sang

Pour te faire exploser au milieu de tes frères…

Oui toi,

Crois-tu vraiment qu’un Dieu intraitable et vengeur

T’as choisi pour accomplir son œuvre, ses desseins ?

Crois-tu qu’en brisant nos vies, en semant le malheur

Tu verras se lever de meilleurs lendemains ?

 

Eh toi !

Oui, toi, qui achètes un fusil comme d’autres des douceurs,

Qui parce qu’il te dérange, vas massacrer l’amour,

Faire taire la musique et semer la terreur,

Et voiler de ténèbres des cœurs de mères, pour toujours !

Oui toi,

Que crois-tu avoir tué dans ta cavale mortelle ?

Quel héros crois-tu être, couché là, sur l’asphalte ?

Espères-tu dans leur sang devenir immortel ?

Crois-tu que sur ta tombe, un jour, nous ferons halte ?

 

Eh, toi !

Oui, toi, qui d’une fête populaire fais un champ de bataille,

Qui affiches ton mépris, ta laideur, ta violence,

Qui fais peur aux enfants, grotesque épouvantail

Qui donnes de ton pays l’image d’une décadence,

Oui toi,

Qu’espères-tu donc gagner de cette sauvagerie ?

Crois-tu qu’on va t’aimer, t’admirer, t’encenser ?

Quelle valeur défends-tu dans cette barbarie ?

Sais-tu qu’on te méprise pour tous nos rêves brisés ?

 

Eh toi !

Oui, toi, qui dans l’urne vas glisser un blanc-seing pour la haine,

Qui juges, qui exclus, sans chercher à comprendre,

Toi qui nourris les peurs de tes chants de sirènes,

Qui vois toujours en l’autre le coupable qu’il faut pendre !

Oui toi,

Crois-tu trouver la paix dans le déni de l’autre ?

Espères-tu vivre mieux, planqué derrière tes murs,

Dans ce repli sur soi dont tu te fais l’apôtre,

Ne s’ras-tu pas demain celui dont on murmure…

 

Eh vous !

Oui, vous, religieux de tous poils et de toutes confessions,

Qui pleurez en direct les morts et les blessés,

Mais qui jamais n’osez vous remettre en question,

Qui laissez vos dogmes pervertir l’humanité,

Oui vous,

Ne comprenez-vous pas que vous êtes dans l’erreur ?

Que votre voix n’est pas celle d’un Dieu sans âge,

Que si Dieu il y a, il n’est que dans nos cœurs,

Dans nos actes d’amour, dans nos rêves, nos partages !

 

Eh vous !

Oui, vous, puissants du monde entier dans vos tours d’ivoire

Qui jouez de nos vies comme sur un échiquier,

Qui sacrifiez vos pions pour garder le pouvoir

Sans voir derrière vos pièces les visages oubliés…

Oui vous,

Dormez-vous l’âme en paix et le cœur serein

Quand vos décisions brisent le sourire d’un enfant

Qui voit son père pleurer sur tous ses lendemains

Pour faire étinceler  vos destins triomphants ?

 

Eh toi !

Oui, toi, qui pleures, qui gémis en lisant ton journal,

Mais qui n’oses pas te battre pour un meilleur avenir,

Qui dénonces l’injustice mais restes au cœur du bal

Et qui perds la mémoire au tout premier sourire…

Oui, toi,

Crois-tu qu’il te suffit de détourner les yeux,

De te fermer au monde, à ses aberrations

Pour que n’existent pas tous ces massacres odieux,

Que le monde soit tel que l’rêvent tes  illusions…

 

Et moi !

Oui, moi, qui affûte mon crayon à chaque nouvelle violence,

Mais qui, comme tous les autres n’ose pas monter au front !

Qui cherche dans les mots les rêves de mon enfance

Pour vaincre les cauchemars d’un monde sans pardon…

Oui, moi,

Révoltée, en colère, triste pour notre monde,

Honteuse quelquefois de mes petits bonheurs

Quand j’oublie un instant que rôde la bête immonde

Qui cherche à nous changer, à détruire nos valeurs !

 

Oh, moi,

Oui moi, qui dans chaque aube nouvelle voit l’ombre d’une promesse

Qui dans chaque sourire voit toute l’humanité,

Qui dans un mot d’amour, dans un peu de tendresse

Espère un renouveau pour un monde endeuillé…

Oui, moi,

Qui dans mes souvenirs cherche une raison d’y croire,

Qui dans toutes les chansons espère un avenir,

Qui cherche le meilleur au cœur de chaque histoire

Et veux croire que la paix, un jour saura rev’nir !

 

Oui moi,

Qui vous dédie ces mots pour plus d’humanité,

Qui cherche dans vos regards la force de n’pas haïr

Qui trouve dans vos messages le courage d’avancer

Qui pour rester debout, s’accroche à vos sourires !

 

Herrlisheim – 13 juin 2016

 

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