( 7 juin, 2016 )

Quand s’efface la fille en rouge,

Toute de rouge vêtue pour la dernière fois,

La fille en rouge se glisse dans la salle endormie,

Le cœur en bandoulière, l’émotion dans la voix,

Elle attend, immobile, que le rêve prenne vie…

 

Pour la huitième fois, elle retrouve sa place,

Une parmi tant d’autres, elle largue les amarres

Et laisse sur le rivage sa vie et ses angoisses

Pour trouver l’apaisement aux accords d’une guitare.

 

Elle connait chaque escale de ce drôle de voyage

Qui l’a menée plus loin qu’elle en avait rêvé,

Elle sait tous les sourires, les larmes sur son visage,

Son cœur qui s’affole, les regards échangés…

 

Mais ce soir entre tous, la fille en rouge a peur…

C’est sa dernière chance de capter un sourire,

…Elle en a tant rêvé, de ce petit bonheur,

Tant espéré un geste qui réveille son av’nir !

 

Tout au bord de l’allée, bien loin du premier rang,

Le rêve dans les yeux, le cœur tout en tendresse,

Entre espoir et déni, la fille en rouge attend,

Que d’un geste ou d’un mot, lui revienne l’ivresse !

 

Verra-t-il son regard noyé par l’émotion ?

Verra-t-il le poème dans la dentelle rouge sang ?

Lui accordera-t-il une seconde d’attention ?

Lui dira-t-il qu’il aime ses mots qui disent tell’ment ?

 

Mais la musique l’emporte au fil des souvenirs,

Au gré des amours mortes et des rêves oubliés…

De la naissance d’un fils, au père laissé partir,

Elle pleure son histoire, laisse ses larmes rouler…

 

Sous les ors qui scintillent, elle ne voit plus personne,

Que l’ombre de ses rêves, les fantômes de sa vie…

Dans les notes qui s’envolent, dans un cri qui résonne,

La fille en rouge se voile dans sa mélancolie !

 

Tristesse douce-amère de ce dernier voyage,

Quand au cœur de la nuit, la fille en rouge s’enfuit…

Elle a fermé les yeux, oublié l’paysage,

Cherché dans les étoiles, les chemins de l’oubli !

 

Comme un dernier défi au fil de son destin,

Elle est restée longtemps, à battre le pavé !

Le cœur en espérance, les rêves dans le lointain,

Sa tête qui disait « rentre ! », mais son âme a cédé…

 

Mais depuis son nuage, son monde de lumière,

Le troubadour n’a pas, sur elle posé les yeux…

Il n’a pas vu son cœur, pas compris sa prière,

…Elle part le cœur en berne, le sourire malheureux !

 

Quand sur une nouvelle aube a paru le soleil,

La fille en rouge bouclait son voyage à l’envers.

De toutes ses émotions à toutes ses nuits de veille,

Elle a refait la route, recherché ses repères…

 

Mais les rêves s’envolent dans la lumière du jour,

Les illusions se fanent, elle en perd la trace…

Alors pour pas glisser trop loin du temps qui court,

Dans un ultime orgueil, la fille en rouge s’efface…

 

Elle reviendra peut-être, avec le vent d’automne,

Se glisser dans son rêve, s’offrir une autre chance…

Plus sereine peut-être face aux rêves qui résonnent,

Plus forte aux vents contraires et à tous les silences…

 

Paris – 6 et 7 Juin 2016

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