( 5 mai, 2021 )

Le rideau est tombé

Le rideau est tombé sur cette année sans gloire

Qui a vu tant de haine bourgeonner et fleurir.

Mais qu’en restera t-il dans les livres d’Histoire,

Qu’allons-nous oublier, qu’allons-nous retenir ?

 

Sera-t-elle cette année où tout a basculé

Vers un monde sans av’nir sur une terre en lambeaux ?

Sera-t-elle cette minute de notre éternité

Dont on dira qu’elle fut le berceau du chaos ?

 

Le rideau est tombé sur une année perdue,

Perdue pour notre terre et notre humanité,

Une année sans partage, sans conscience bienvenue,

Une année de colère et d’occasions manquées !

 

Sera-t-elle cette année d’éternelles rancœurs,

D’inutiles regrets, de vaines frustrations ?

Sera-t-elle cette seconde où on ferme nos cœurs,

Par lâch’té ou par peur de nouvelles émotions ?

 

Le rideau est tombé sur des rêves trop grands,

Sur une main tendue qu’on n’a pas voulu prendre,

Sur quelques illusions, une espérance qui ment,

Le rideau est tombé sur les cœurs trop tendres !

 

Sera-t-elle de celles qu’on voudra effacer,

Dont on oubliera tout jusqu’au moindre bonheur ?

Sera-t-elle de l’Histoire le chapitre raté

Dont on saute les pages, déçus, plein de rancœur ?

 

Le rideau est tombé, mais on n’oubliera pas

Ceux qui nous ont quitté sans trompette ni tambour,

Ceux qui ont soutenu le monde à bout de bras,

Et pour notre survie lutté jour après jour !

 

Seront-ils des héros un jour récompensés

Ou comme d’autres avant eux, oubliés dès demain ?

Saurons-nous leur offrir plus qu’une vague pensée

Quand la vie s’ouvrira sur un plus doux chemin ?

 

Le rideau est tombé sur des siècles d’erreurs

Et de courses en avant à piétiner l’av’nir.

Pour avoir toujours plus, pour un monde dit meilleur,

Des enfants de demain on a volé les rires !

 

Seront-ils contraints à une vie sans charme,

Sans baisers, sans caresses, le sourire masqué,

L’âme dans le regard, le regard pour seule arme,

Prisonniers à jamais d’un monde aseptisé…

 

Mais le rideau peut-être se lèvera un jour

Sur une humanité aux valeurs retrouvées,

Pour éviter au monde un voyage sans retour,

Pour une aube plus claire sur une terre apaisée !

 

Et s’il n’est pas trop tard et qu’on n’est pas trop cons,

Le rideau tombera sur le monde d’avant,

Et s’il n’est pas trop tard et qu’on n’est pas trop cons,

Notre monde demain sera toujours vivant !

 

Herrlisheim – 04 mai 2021

( 5 mai, 2021 )

Désillusions

Immobile, silencieuse tout au bord de la piste,

La fille en rouge ce soir a perdu son sourire,

Un peu frustrée peut-être, mais en tout cas bien triste

De voir ses espérances se perdre dans un soupir.

 

Année après année, elle a bercé son cœur

De l’illusion sucrée d’un meilleur à venir,

D’un rendez-vous inscrit dans un destin joueur

De la douce certitude d’une page à écrire.

 

Elle a bien écouté, entendu tous les mots,

Cherché tout au fond d’elle le courage d’une audace,

Fait taire sa raison pour pouvoir rêver haut,

Sans des mots attendus trouver la moindre trace !

 

Elle a brisé ses rêves sur des murs de silence,

Blessé ses illusions au fil du temps qui passe,

Elle a usé ses mots et toutes leurs nuances,

Perdu son assurance, de guerre vaine, de guerre lasse !

 

Elle est restée fidèle jusque dans les tempêtes,

S’est battue bec et ongles pour rester en confiance,

Elle s’est rel ‘vée mille fois pour poursuivre sa quête

En s’écorchant le cœur à tant d’indifférence !

 

Alors toi à sa place, que ferais-tu dis-moi ?

Que ferais-tu qu’elle n’a pas déjà fait ?

Pour trouver un chemin qui mène jusqu’à toi,

Une porte qui s’ouvre au bord de tes secrets…

 

Pour gagner ta confiance, pour un peu de ton temps,

Elle a fait taire ses peurs, piétiné son orgueil,

De la musique du doute, a pris le contre-temps,

Et de toutes ses fiertés a accepté le deuil !

 

Elle a tant demandé, comme d’autre tendent la main,

A essayé l’humour et la provocation,

Tenté le détach’ment, joué au plus malin,

Sans provoquer jamais une once d’attention !!

 

Elle ne veut rien t’voler, elle ne veut rien te prendre,

Ni au cœur de ta vie trouver la moindre place,

Mais juste un peu de temps pour te faire comprendre

L’importance de tes mots sur toutes nos audaces.

 

Elle veut t’offrir ses rimes et toutes nos émotions,

Celles que tu nous fais vivre, celles que nous partageons,

Pour qu’à ton tour peut-être, d’un geste, d’une attention

Tu permettes à ses mots de nouveaux horizons !

 

Elle a chassé colères et autres jalousies,

Ram’né à la raison toutes ses frustrations,

A choisi la confiance et un grain de folie,

Et même choisi de croire à quelques illusions…

 

Mais la vie peu à peu l’éloigne de ses rêves,

Le temps marque son cœur autant que son visage,

De ses chants, de ses danses, ne reste sur la grève

Qu’une trace que le vent emporte loin de ses plages !

 

Alors la fille en rouge reste au bord de la piste,

L’av’nir à la dérive, le regard embué,

A ses désillusions elle offre un sourire triste,

A l’automne qui vient, une ode désenchantée…

 

Herrlisheim – 03 mai 2021

( 5 mai, 2021 )

Les Illusions

Elles s’affichent, sournoises, dans la pomme rouge et ronde,

Où se love le vers qui en meurtrit le cœur,

Elles sont dans le sourire qui éclaire le monde,

Mais les yeux sont de glace, sans âme et sans chaleur.

 

Ce sont des mains tendues les jours où tout va bien,

Qu’on ne trouvera plus, quand vient le vent contraire,

Des mots et des sourires croisés au quotidien

Oubliés aussitôt que rugissent nos rivières !

 

C’est le geste amical dont on ne doute pas,

L’attention, le soutien dont on est tell’ment sûr,

Mais que le jour venu, en vain on cherchera,

Et dont le manque, longtemps attisera nos blessures.

 

Elles brillent de tous leurs feux dans l’oasis lointaine

Qui attire les pas du marcheur assoiffé,

Mais dont l’obstination à marcher reste vaine,

Quand l’oasis n’est autre qu’un mirage éthéré !

 

Mais elles se nichent aussi dans un soleil d’hiver

Qu’on accueille bras ouverts avec reconnaissance,

Qui éclaire nos cœurs, mais ne réchauffe guère

Et nous laisse frissonnants au bord de nos errances…

 

C’est voir dans l’hirondelle la promesse d’un printemps,

Et dans quelques pâquerettes, un signe de renouveau,

Mais dès le lendemain, marcher contre le vent,

Et sous la pluie glaciale, encore courber le dos.

 

C’est le calme de l’onde qui rassure le nageur

Mais qu’un perfide courant entraîne par le fond,

C’est l’audace de croire qu’agir selon son cœur,

Apaise les colères et offre le pardon !

 

C’est dans chaque rencontre, voir l’opportunité

De partager ses rêves ou un bout de chemin,

C’est voir dans un regard la possibilité

D’un avenir meilleur, d’un rivage serein.

 

C’est croire que les épreuves ne sont pas là pour rien,

Mais qu’elles sont le chemin pour arriver au port,

C’est croire que les mots doux feront toujours du bien,

Mais qu’ils vous mordent au cœur chaque jour un peu plus fort.

 

C’est penser que vouloir veut toujours dire pouvoir,

Et se faire rattraper par la réalité,

C’est voir un inconnu, un soir dans son miroir

Vous jeter à la tête vos tristes vérités !

 

Douce petite musique qui berce nos rêves d’enfant,

Rassurante, confortable comme un vieux pull usé,

Sourires de façade et propos rassurants,

Juste pour donner le change ou tenter d’oublier !

 

Elles aveuglent nos sens, hypnotisent nos cœurs,

Pour un mot, un regard, elles font naître une passion,

Pour une vie, pour une heure, on se ment, on se leurre,

On se laisse bercer au vent des illusions !

 

Herrlisheim – 22 avril 2021

( 8 février, 2021 )

Et demain

Réveillée ce matin au bord d’une aube grise,

Je cherche dans les nuages, un signe, une promesse,

Un vent de renouveau que soufflerait la brise,

Un horizon plus clair, un soupçon de sagesse !

 

On s’est souhaité beaucoup, on a espéré tant,

Pour cette année nouvelle, on rêvait liberté !

On pensait soirs de fêtes joyeux et insouciants,

Fantasmant embrassades et plaisirs retrouvés !

 

On voulait nos amis, à midi, à minuit,

Retourner au resto, rêver au cinéma

Ou pleurer un absent dans les bras d’un ami,

Marcher le long des plages et chanter à tout va !

 

On rêvait de musique, ailleurs qu’à la radio,

De retourner danser jusqu’au lever du jour,

On aspirait à suivre notre propre tempo,

Et du cœur de nos vies retrouver les atours !

 

Pour cette année nouvelle, nous voulions le meilleur,

Dans un monde nouveau, l’harmonie retrouvée !

Optimisme effréné, naïveté de rêveurs ?

Mais y croire coûte que coûte, juste pour ne pas sombrer !

 

Mais l’aube s’est levée, sans tambour ni trompette

Au bout d’une nuit sans fête et sans charivari,

Sans la moindre lueur au cœur de la tempête,

A peine une petite flamme, vacillante sous la pluie…

 

Chaque petite victoire voit son lot de revers

Abattre l’espérance, éloigner l’horizon,

A chaque jour son cortège de nouvelles amères,

Et l’impression troublante d’aller à reculons !

 

On résiste, on se bat contre les idées noires,

On veut y croire encore, envers et contre tout !

On combat les angoisses qui s’éveillent chaque soir,

Pour que chaque matin, on soit encore debout !

 

On cherche dans nos colères la force d’avancer,

Dans les mots d’un ami, une raison de sourire.

On lit entre les lignes des raisons d’espérer,

Et dans nos souvenirs, l’illusion d’un av’nir !

 

On tiendra bon, c’est sûr, c’est dans notre nature,

Mais saurons-nous changer c’qui nous a menés là ?

Saurons-nous rebâtir un monde à la mesure

D’une Humanité sage, consciente de ses faux-pas ?

 

Saurons-nous humblement tirer toutes les leçons

De notre inconséquence et de nos égoïsmes ?

Saurons-nous à l’avenir parler à l’unisson

Pour protéger le monde des abus, des outrances ?

 

J’en doute bien souvent quand se lève l’aube grise,

Je crains un monde sans fin d’angoisses et de contraintes,

Parce qu’on n’aura pas su en dépit de la crise

Modifier sur la Terre notre sinistre empreinte…

 

Herrlisheim – 08 février 2021

( 31 décembre, 2020 )

2020,

Elle est venue pimpante, porteuse d’espérances,

Plus encore que ses sœurs perdues au temps qui passe,

Parce qu’elle était unique, on y voyait une chance,

Dans ses chiffres miroirs l’audace d’une grâce !

 

Mais d’Orient est venue l’indicible menace,

Passant de toi à moi dans un souffle, un baiser,

Et l’air devint poison, invisible, efficace,

Epargnant par ici quand là il pouvait tuer !

 

Avec le monde entier, un matin de printemps,

Nous nous sommes cloîtrés, prisonniers volontaires,

Regardant au dehors, frustrés et impuissants

La nature se réjouir de notre absence sur terre.

 

On a fait front ensemble face à l’adversité,

Acceptant de masquer l’éclat de nos sourires.

Aux  rêves et aux plaisirs nous avons renoncé

Certains de vivre mieux dans un proche avenir !

 

Des yeux se sont ouverts et des héros sont nés

Dans les rangs des petits, des sans grade, des sans rien,

On a vu des élans de solidarité,

Et pourtant, loin de nous, se mouraient nos anciens !

 

D’une contrainte à l’autre, les saisons ont passé

Sans que s’éloigne pourtant le virus assassin

Qui au fil des jours a su nous diviser,

Eteindre l’espérance de sereins lendemains.

 

Cette année sera celle qui a pillé nos vies,

Fait taire la musique et les guitares qui sonnent,

Fait tomber le rideau sur les artistes maudits

Et soufflé tous les feux des Chefs qui mitonnent !

 

Elle a privé Noël de sa trêve légendaire,

Interdit aux enfants les bras de leur grand-mère,

Et sous les grands sapins décorés de lumière,

Les cadeaux semblaient tristes et les joies bien amères…

 

Pire encore peut-être, elle nous a enchaînés

A l’univers virtuel de nos ordinateurs

Qui grignotent toujours plus nos libertés d’penser,

Qui volent nos vies privées et exploitent nos valeurs…

 

Cette année sera celle de la mort silencieuse

Du p’tit resto du coin où nous avons tant ri

Du ciné de quartier de notre enfance heureuse,

Et des milliers de livres qu’on n’aura pas écrits !

 

Plus d’artistes de rue, de peintres ou de poètes

Pour éclairer nos vies, animer nos silences,

Plus de choix véritables, plus de soirées de fête,

Mais une pensée unique, un seul chant, une seule danse !

 

Alors dans mon errance le long des rues désertes,

J’imagine la fuite de l’année qui s’achève,

Emportant à sa suite l’angoisse de nos défaites,

Mais nous laissant la chance d’une aube qui se lève…

 

Ce sera sans regret que j’la laisserai partir,

Ses angoisses, ses contraintes au bord de ma mémoire,

Chérissant le meilleur sans oublier le pire,

Pour qu’on en tire un jour, des leçons pour l’Histoire !

 

Herrlisheim – 31 décembre 2020

( 10 mai, 2020 )

C’est un tout petit pas

Tout doucement, sur la pointe des pieds,

Nous ouvrirons la porte, prêts à faire demi-tour,

Comme le renard méfiant qui pointe hors du terrier

Lorsqu’enfin s’éloigne le fracas d’la chasse à courre !

 

Hésitants et craintifs, le visage masqué,

Le doute qui assombrit tout l’éclat du regard,

On retrouve pas à pas un peu de liberté,

Mais le cœur n’y est pas, nos sourires sont figés…

 

On en rêvait pourtant de ce tout premier jour,

L’imaginant joyeux, insouciant et festif,

On se voyait déjà s’embrassant tour à tour

Autour d’un p’tit café ou d’un apéritif !

 

Au lend’main du 8 mai, nous avions tous en tête

Ces images d’archives de LA Libération,

Ces images de liesse, de musique et de fête

Qu’évoquaient les anciens éperdus d’émotion…

 

Pour quelques heures au moins nous aurions oubliés

La peur du vent mauvais, l’angoisse du lendemain,

Emplissant d’un air frais nos poumons libérés

Du danger invisible, du piège d’une poignée d’mains !

 

Retrouver un parent trop longtemps isolé,

Ne plus craindre pour la vie des amis infirmiers,

Vivre notre printemps, profiter, partager,

Rire sans arrière-pensée, sourire sans s’faire prier !

 

Nous aurions vu revivre nos villes et nos villages,

Pris nos vies à bras l’cœur, tournés vers l’avenir,

Un peu changé sans doute mais emplis de courage

Pour trouver dans nos cœurs la force de s’reconstruire !

 

Nous aurions pu aussi, rendre un dernier hommage

A ceux qui sont tombés, seuls et sans réconfort,

Autour de leur tombeau, effacer les outrages

D’un départ sans adieu, d’une invisible mort…

 

Mais nous sommes loin du compte, de la fête espérée,

La bête est toujours là, sournoise et invisible,

Prête à frapper encore, prête à recommencer

A étouffer nos vies de son souffle nuisible !

 

Alors bien sûr, demain, on va sortir

Et essayer de vivre et d’oublier la peur,

Au fond de nos regards, accrocher un sourire,

Au bord de nos mémoires, l’idée d’un monde meilleur…

 

Alors oui, demain on desserre l’étau

Qui nous tient confinés loin de ceux que l’on aime,

Oui mais demain n’est pas le joyeux renouveau

Du monde qu’on a laissé avant que l’on s’enferme !

 

C’est un tout petit pas, une légère éclaircie,

Un petit pas prudent pour prendre soin des autres,

C’est un tout petit pas, tout en mélancolie,

Un petit pas tout de même vers cette vie qui est nôtre…

 

Herrlisheim – 10 Mai 2020

( 13 septembre, 2019 )

Corbeaux 2.0

Mais quel est ce monde qui peu à peu se fissure ?

Et cette humanité qui jour après jour lâche prise ?

Quelle est cette folie qui érige tant de murs ?

Cette violence gratuite qui enivre et qui grise ?

 

Le vernis si fragile de notre humanité

S’écaille sous le poison de sombres tentations,

Pour une minute malsaine qui flatte la vanité,

Ils jettent père et mère au feu d’leur frustration !

 

Un œil sur l’écran, le doigt sur le clavier,

Ils fouillent, creusent et déterrent le plus petit écart,

Puis s’appliquent à détruire leur victime désignée,

Et se vautrent dans une fange de larmes et d’idées noires…

 

Chasseurs de mauvais scoops ou pêcheurs de rumeurs

Lancent loin leurs filets pour ramener leurs ordures,

Un scandale croustillant, un parfum de douleur,

Et les voilà repus de on-dit, de murmures…

 

Retenue et respect ? Aux abonnés absents !

Vérité et pudeur ? Violées et piétinées !

Ils jugent et ils condamnent, exécutent gaiement,

La conscience en sommeil, la raison muselée !

 

Ils clouent au pilori l’honneur d’un homme de bien,

Cultivent la haine féroce de toutes les différences,

Se nourrissent de boue comme d’un pain quotidien,

Et noient sous leur venin, les fleurs de l’innocence !

 

Du Tartuffe bien-pensant, ils partagent l’éloquence,

Du Père la pudeur, le regard fuyant,

D’un clic, au monde entier, ils rendent leur sentence,

Planqués bien à l’abri derrière leurs écrans !

 

 

Anonymes aujourd’hui, demain inquisiteurs,

Eblouis par les feux d’une glauque renommée,

Corbeaux 2.0 d’un monde qui se meurt,

Ils font feu de tout bois, juste pour exister…

 

A croire qu’ils respirent mieux en répandant leur fiel,

A croire qu’ils vivent mieux en faisant souffrir l’autre,

A croire que leur salut, leur bonheur, leur soleil,

Naissent au fond des égouts où les diables se vautrent !

 

Qu’importent les blessures infligées au passage,

Dommages collatéraux d’une méchanceté banale,

Innocentes victimes d’une mesquinerie hors d’âge

Qui comblent de leur vie, le vide sidéral !

 

Qu’importent ceux qui tombent et ne se relèvent pas

Et entrainent avec eux tous ceux qui les aimaient,

Coupables ou innocents, la question n’est pas là

Pour tous ceux qui accusent sans réfléchir jamais !

 

Qu’importent les vrais bourreaux qu’on n’arrêtera pas,

Qu’importent les vraies victimes qu’on n’écoutera plus,

Parce que le bon grain, l’ivraie nous masquera,

Parce qu’à crier au loup, personne n’écoute plus…

 

Alors oui, mon cœur saigne, mon cœur est en colère

De voir l’humanité jouer à se haïr,

A blesser, humilier, faire mordre la poussière

A l’un et puis à l’autre pour le plaisir de nuire !

 

Alors oui, mon cœur gronde, et oui, mes poings se serrent,

Et les mots se bousculent, veulent sortir de leur cage

Pour hurler ma détresse, pour leur dire de se taire

Avant qu’il soit trop tard, avant l’ultime naufrage…

 

 

Herrlisheim – 13 septembre 2019

( 14 juillet, 2019 )

Clic clac

Oui, je le reconnais, ils nous font rire parfois

Ces touristes étrangers qui mitraillent à tout va,

Un panneau ou un banc, ils font feu de tout bois,

Notre monde du leur, diffère-t-il tant que ça ?

 

Ils nous reviennent en force avec le ciel d’été,

Grosse valise en remorque, regards pétillants,

Appareil à la main pour immortaliser

La première impression, le tout premier instant !

 

Dites-moi, leur avouerais-je un jour

Que la petite fontaine qui a leur préférence

Est loin d’être centenaire, offrant depuis toujours

Son filet d’eau glacée aux rêveurs en partance ?

 

Oserais-je leur demander ce qui les passionne tant

Dans l’éclat aveuglant d’un signal rouge ou vert,

Dans un panneau de gare, quelquefois vieillissant,

Ou l’horizon lointain des rails du chemin de fer ?

 

Au-d’là des traditions des touristes en vacances,

Il y a mille occasions d’une photo, d’une image,

Emotion, tranche de vie ou souv’nir en avance,

Parenthèse éphémère d’un instant de partage…

 

C’est l’ami en visite aujourd’hui qui repart,

Les enfants en colo ce matin de retour,

Le voyage d’un frère pour un nouveau départ,

Un retour au pays, pour un mois, pour toujours !

 

 

Ce sont ces amoureux tendrement enlacés

Qui d’une pression du doigt fabriquent un souvenir

Qu’ils chériront chaque fois qu’ils seront séparés,

Une larme au bord du cœur et aux lèvres un soupir…

 

Ce sont les bonnes copines qui papotent sur un banc

Et enchaînent les selfies de leur complicité,

Le regard rêveur, le sourire éclatant,

Elles gravent leur jeunesse pour l’éternité !

 

Le croirez-vous ou pas, j’ai même vu des mariés

Venir chercher ici leur photo de mariage,

Parce que c’est sur nos quais qu’ils se sont rencontrés,

C’est là qu’ils ont voulu écrire leur première page !

 

Et puis il y a bien sûr, les fans, les passionnés

Qui du matin au soir arpentent les quais de gare

Qui prendraient tous les risques pour un joli cliché

D’une rame d’exception, d’une loco un peu rare…

 

Mieux que les cheminots, ils connaissent tous les trains,

Leur âge, leur origine, jusqu’à leur pedigree,

Ils ont quinze ans à peine ou un âge certain,

Un sourire d’enfant, un oeil émerveillé…

 

Décor de défilé, décor de cinéma,

Les gares sont avant tout le décor de la vie,

Ecrin des émotions, de nos larmes à nos joies,

Où parfois tout commence, où parfois tout finit !

 

 

Clic clac, allez-y, immortalisez-les,

Donnez-leur un rôle dans toutes vos aventures,

Vous leur offrez ainsi la possibilité

De garder tous vos rêves au chœur de leurs vieux murs

 

Herrlisheim – 14 juillet 2019

( 29 juin, 2019 )

Ahyat

Je ne connais de toi qu’un visage trop dur,

La morgue de ton regard tout en provocation,

Tes mots toujours violents crachés comme des injures

D’une bouche sans sourire aux lèvres vermillon !

 

Tu as fait de la gare ton quartier général,

Un grand terrain de jeux pour de bien vilains tours,

Larcins et bousculades, rien que de très banal

Dans ta fuite en avant, tes allers sans retour !

 

Un jour tu tends la main pour voler un soda,

Et tu quittes le hall d’un pas toujours tranquille,

Puis c’est un petit pain que tu déroberas,

Sans te cacher, le regard vif, le geste habile !

 

Tu montes dans les trains pour de petits voyages

Qui t’emmèneront là où on t’arrêtera,

Juste pour provoquer, balade sans bagage,

Et sans billet non plus, serait-ce drôle sans cela ?

 

Tu parles fort, tu gesticules,

Tu cherches l’affrontement avec l’autorité,

Ris de notre impuissance et de tous nos efforts

Pour ramener le calme et la sérénité !!

 

La moindre opposition provoque ta colère,

La moindre remontrance, ton mépris arrogant !

Tu exploses, prévisible comme un coup de tonnerre

Dans un orage d’été sous un ciel brûlant !

 

Tu n’as aucune limite, tu n’as peur de personne…

C’est du moins, chaque jour, c’que tu veux nous faire croire,

Mais quelles sont tes pensées, lorsque la nuit frissonne,

Te rattrape et t’env’loppe de son manteau noir

 

 

Bombe à retardement dans une vie sans repère,

Tu es si loin déjà pour qu’on te tende la main,

Aux frontières du mal, tout au bord des enfers,

Tu glisses jour après jour vers de sombres chemins…

 

Tu n’es pourtant rien d’autre qu’une adolescente,

Presqu’une enfant encore, jeune femme en devenir,

Et pourtant, tu es loin des heures insouciantes

Qu’on doit vivre à treize ans, entre rires et sourires…

 

Mais quel est cet enfer où tu as vu le jour ?

Quels monstres se sont penchés, un jour, sur ton berceau ?

Qui t’a autant privée de tendresse et d’amour ?

Qui t’a laissée tomber sous les coups des bourreaux ?

 

Qui a piétiné sans honte ton innocence ?

Qui t’a montré le pire et privé du meilleur ?

Qui t’a poussée à fortifier tes défenses

Et à bâtir des murs tout autour de ton cœur ?

 

Qui a mis tant de haine au bord de ton regard ?

Qui a nourri ton cœur de méfiance, de colère ?

Noyé ton âge tendre dans le pire des cauchemars,

Et détruit l’avenir d’une vie toute entière ?

 

Je ne sais que ta rage, ta colère, tes violences,

Je sais à peine ton nom, je n’sais pas ton histoire,

Mais je sais qu’un jour, on a brûlé tes espérances,

Dans des flammes de haine, d’indifférence, de désespoir…

 

Je ne sais pas tes rêves, si tu as toujours

Je n’sais rien de tes larmes si elles coulent quelquefois,

Mais je sais que tu as cruellement manqué d’amour,

Pour ne voir que le mal et la laideur autour de toi !

 

 

Herrlisheim – 29 juin 2019

( 23 juin, 2019 )

Graffitis

Ils nous peinent, nous agacent et nous mettent en colère,

Comme verrues disgracieuses sur les murs de nos gares

Qui expriment toute la rage, la frustration, la misère

D’un monde dont l’av’nir semble aux mains du hasard…

 

Fléaux de notre époque, ils s’étendent à loisir,

Colonisent chaque espace, s’étirent, prennent leurs aises,

Grignotent les murs vierges de leur hideux sourire,

Nous choquent, nous agressent, nourrissent notre malaise !

 

Tels une lèpre incurable, ils défigurent nos murs,

S’inscrivent sur les trains à coups de bombes rageurs,

Délivrent des messages le plus souvent obscurs,

Planqués dans une débauche de formes et de couleurs !

 

D’aucun diront sans doute, peut-être avec raison,

Que c’est d’art dont on parle, voire même de poésie,

Que ce n’est pas d’hier qu’on griffonne à foison

Sur les murs des villes, au gré de nos folies…

 

Signes de reconnaissance et codes mystérieux,

Slogans identitaires et hommages populaires

Se croisent, se côtoient, s’opposent à qui mieux mieux

Depuis la nuit des temps, depuis l’aube de notre ère…

 

Qui n’a jamais tracé un discret petit cœur

Autour d’une initiale à la sienne enlacée,

Ou percé d’une flèche pour dire toute la douleur

D’un amour impossible, d’une passion envolée…

 

 

Qui n’a jamais gravé dans le bois d’un vieux banc,

Un prénom adoré, un je t’aime éternel

Que rien n’effacera, ni la pluie, ni le temps,

Témoignages sans retour, discrètes sentinelles…

 

Et combien ont laissé, sur une porte, sur un mur,

Une trace indélébile pour marquer leur passage,

Un peu d’éternité, le souffle d’un murmure

A ceux qui viendront là, un jour, lire ces messages !

 

Mais tous les mots d’amour et tous les cœurs gravés

S’effacent aujourd’hui sous une vague de violence,

Aux je t’aime succède toute la vulgarité

De slogans racoleurs, d’injures et d’indécence !

 

Des mots et des dessins de haine et d’ignorance

Qui insultent les uns, stigmatisent les autres,

Qui sur les murs de pierre explosent en silence,

Hurlent la fin d’un monde, comme un mauvais apôtre !

 

Mais quel est donc ce monde qui laisse ses enfants

Recouvrir d’immondices les murs de la Cité

Sans se poser d’questions, sans même prendre le temps

De chercher à comprendre leurs rêves dévoyés !

 

La colère dans les yeux et le geste rageur,

On efface les traces, on lessive, on repeint,

Mais au cœur des vieux murs, chaque mot tracé demeure

Et ronge l’édifice qui implosera demain…

 

Herrlisheim – 23 juin 2019

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