( 30 avril, 2018 )

Les âmes simples

Ils ont dans le regard la candeur de l’enfance,

La démarche un peu lourde, hésitante quelquefois,

Mais le sourire sincère, sans crainte et sans méfiance

De ceux qui n’voient jamais le mal, où qu’il soit…

 

Ils arrivent chaque jour avec le même train,

Souriants et bavards, ils traversent la gare,

Et reviennent chaque soir avec le même entrain,

Heureux de nous conter toutes leurs petites histoires !

 

L’heure exacte du train est pour eux un repère,

Comme l’arrêt d’autobus ou le quai de départ,

Mais bien vite dans leurs yeux naissent des larmes amères,

Lorsque le quotidien chavire et les égare…

 

C’est un bus parfois qui remplace le train,

Ou bien un incident qui décale l’horaire,

C’est un train en retard qui brouille leur quotidien,

Ou un train différent qui tout à coup, les perd…

 

C’est la panique soudain pour une panne d’ascenseur,

Un verrou capricieux qui les a enfermés,

C’est un écran éteint qui réveille leurs peurs,

Un retard d’autocar qui les fait paniquer !

 

Alors ils viennent vers nous, les yeux pleins d’espérance,

Expliquent leur problème en buttant sur les mots,

Luttant contre leur peur, ils nous offrent leur confiance,

Pour remettre à l’endroit leur monde qui prend l’eau…

 

Sont-ils ou non conscients de toutes leurs différences,

Dans ce bonheur sincère qui semble les habiter ?

Ils sont les âmes simples qui de leur innocence

Ensoleillent de leurs rires nos saisons oubliées…

 

Mais il en est certains, oubliés de la vie

Qui errent dans la gare dès le petit matin,

En quête d’attention, d’un peu de compagnie,

Ou juste d’une cigarette pour oublier demain…

 

Enfermés dans leur monde sans passé, sans av’nir,

Ils semblent chaque jour prendre le même chemin,

Se perdre et divaguer dans le même délire,

Répétant à l’envi les mêmes mots incertains…

 

Certains parlent d’enfants qu’ils iront bientôt voir,

D’autres d’un coin de France où ils vont retourner,

Pendant qu’une drôle de dame cherche dans sa mémoire

Ses souvenirs qui fuient plus vite que ses années…

 

Qui sont ces égarés ? Qui sont ces oubliés ?

Ames simples et perdues dans ce monde qui court…

N’y aura-t-il donc personne dans cette vie sans pitié

Pour bercer leurs angoisses, leurs peurs de chaque jour ?

 

Leurs regards nous renvoient à nos angoisses profondes,

Leur folie nous effraie chaque fois qu’elle nous effleure,

Quand, à courir sans cesse, sans perdre une seconde,

Nous oublions un peu, de nos âmes la couleur…

 

Herrlisheim – 30 avril 2018

( 30 avril, 2018 )

Souvenirs d’enfance

Vous souv’nez-vous des voyages éducatifs et des sorties scolaires ?

De vos classes vertes et de vos classes de mer ?

Vous souv’nez-vous des colonies d’vacances,

Quand vos cœurs hésitaient entre larmes et silence ?

 

Vous souv’nez-vous de ces veilles de grands départs ?

De vos nuits sans sommeil, des rêves et des cauchemars ?

Entendez-vous vos cœurs qui battaient bien plus fort,

De souv’nirs en avance, des plaisirs qu’ils ignorent ?

 

Avez-vous en mémoire cette joie mêlée d’angoisse,

Ce réflexe qui disait, soudain d’faire volte-face,

Quand avec un sourire on vous lâchait la main

Tout en faisant semblant de n’pas voir votre chagrin ?

 

Vous souv’nez-vous surtout des imposants bagages ?

Ces valises bien trop lourdes, trop grandes pour votre âge ?

Et des mille conseils et recommandations

Répétés à l’envi pour masquer l’émotion ?

 

… /…

 

Quand, au cœur du grand hall, je les vois patienter,

Ces groupes de bambins bruyants et excités,

Je ne peux m’empêcher, discrètement de sourire,

Rattrapée un instant par mes vieux souvenirs…

 

Il y a le boute-en-train qui ne tient pas en place,

Qui fait rire les copains, éloigne leurs angoisses,

Qui passe de l’un à l’autre juste pour faire connaissance,

Sourd aux rappels à l’ordre qui réclament le silence…

 

Assis sur sa valise, tête basse sans un sourire,

Se tient le plus timide, tout en larmes et soupirs,

Il aimerait être ailleurs, loin de ce hall de gare,

Ou bien être plus fort, plus joyeux, plus bavard…

 

A la lisière du groupe, juste un peu à l’écart,

Il y a les bonnes copines qui échangent leurs histoires,

Qui regardent d’un peu haut ces compagnons d’voyage,

« Ces gamins immatures vautrés sur leurs bagages… »

 

Et voilà le gourmand, plongé dans son sandwich,

Une main sur son soda, l’autre dans un paquet d’chips…

Un sac plein de douceurs posé là, à ses pieds,

Que parce qu’il a bon cœur il partage volontiers…

 

Isolé dans son monde, le nez dans son bouquin,

Celui-là pourrait bien, sans peine rater le train…

Un mot et puis un autre, il glisse de page en page,

C’est dans sa tête qu’il vit ses plus jolis voyages !

 

Et puis il y a bien sûr les accompagnateurs,

Les « monos » et les profs ou les instituteurs

Qui comptent et qui recomptent ces charmantes têtes blondes,

Un peu anxieux sans doute au milieu de la ronde…

 

Ils reviennent chaque année avec le mois de mai,

Réveillent les vieux murs qui sans eux sommeillaient,

Chaque année, différents, tous les mêmes pourtant,

Souvenirs de l’enfance, nostalgie de parents…

 

Herrlisheim – 28 avril 2018

( 15 avril, 2018 )

Ivresse,

Ils ont quinze ans à peine, jamais plus, parfois moins,

Trois ou quatre gamins semblables à tous les autres,

Semblables en apparence, en regardant de loin,

Mais dès qu’on les approche, le constat est tout autre…

 

Ils arrivent en gare une bouteille à la main,

Leurs pas sont hésitants, ce n’est pas la première…

Canette de mauvais rêve, bouteille de mauvais vin,

Une gorgée puis une autre, mais jamais la dernière…

 

Démarche titubante, pas lourds et incertains

Ils tanguent et ils chavirent tout au bord des quais,

Paroles délirantes scandées comme un refrain,

Ils déversent sur le monde le flot de leur venin !

 

Ils trébuchent et ils tombent, rient fort et parlent haut,

Chaque gorgée les éloigne un peu plus du réel,

L’ivresse les libère d’une claque dans le dos,

Leur offre une liberté qui leur paraît si belle…

 

Ils oublient la raison, ils oublient la prudence,

Ne craignent plus personne, n’ont plus peur de rien,

Inconscients ils traversent, insouciants ils s’élancent,

Rien ne les arrêtera…sauf peut-être le train !

 

Quelle vérité trouvent-ils au fond de leur bouteille

A l’âge de tous les rêves et de tous les possibles ?

Quelle sombre tragédie a masqué leur soleil

Pour que l’ivresse seule leur offre l’inaccessible ?

 

Que font-ils à errer sur les quais de la gare,

Voguant d’un banc à l’autre, glissant le long des murs,

Le regard vitreux, l’haleine lourde, l’air hagard,

Sourds, sauf à la bouteille et son grisant murmure ?

 

C’est sur les bancs d’l’école qu’on devrait les trouver,

A apprendre le monde, à découvrir la vie,

Pas sur ceux d’une gare à perdre leurs jeunes années,

A brûler leur jeunesse, leurs sourires, leurs envies…

 

La mère en moi s’émeut, mon cœur est en colère !

Qui a osé leur prendre l’enfance et l’innocence ?

Qui, dans ce monde si froid de peine et de misère

Ose laisser ces enfants s’perdre dans l’indifférence ?

 

Car boire n’est pas un jeu, car boire ce n’est pas rien,

Quand on n’a pas quinze ans, qu’on est juste un enfant !

Boire, c’est gâcher ses chances, c’est se perdre en chemin,

C’est s’échouer sur les rives des rêves adolescents…

 

Il n’y a plus d’éclat, déjà, dans leur regard,

Il n’y a plus d’espérance, il n’y a plus d’illusions…

Naufragés de la vie portés par le hasard,

Au gré du jour sans fin, épaves en perdition…

 

Je hais cette impuissance qui me tient poings liés,

Condamnée à les voir se perdre et se détruire,

Je hais l’indifférence de ce monde formaté

Qui laisse les plus fragiles sombrer dans leur délires…

 

…/…

 

Et nous les retrouverons, dans dix ans, dans vingt ans,

Assis devant la gare, corps brisé, main tendue,

Nous les verrons encore, s’ils sont toujours vivants,

Au bord du long chemin d’une existence perdue…

 

 

Herrlisheim – 12 avril 2018

( 9 avril, 2018 )

Ça suffit

Le discours d’un Président, des soldats au garde-à-vous,

Ça suffit !

Les drapeaux en berne aux fenêtres et aux frontons,

Ça suffit !

Les minutes de silence, les regards un peu flous,

Ça suffit !

Les médailles, les hommages, têtes basses, rouge au front,

Ça suffit !

 

Les marches silencieuses, les cœurs et poings serrés,

Ça suffit !

Les palabres sans fins, les comment, les pourquoi,

Ça suffit !

Les veufs, les orphelins et toutes ces vies fauchées,

Ça suffit !

Les peurs qui nous poussent à désigner du doigt,

Ça suffit !

Ça suffit, ça suffit, ça suffit !!

 

Des millions d’années déjà que nous peuplons la terre,

Des millions d’années déjà, d’inconscience et d’erreurs,

Des millions d’années de massacres et de guerres,

D’intolérance de l’autre, de vengeance, de rancœur !

 

Pour un dieu, une idole, ou pour un bout de terre,

Pour une couleur de peau ou d’autres idéaux,

Parce qu’on n’se comprend pas, on se met en colère,

Parce qu’on a peur, à l’autre, on attribue nos maux…

 

On a bâti un monde de béton et de pierre,

Repoussant la nature jusqu’à n’plus respirer,

On a violé les sols, détourné les rivières,

Pour un peu de richesse ou de commodité…

 

Et reculent les forêts, et avance le désert,

Pendant qu’autour du monde, se vident les océans,

Qu’une espèce disparait, que progresse la misère,

Sans que l’Humanité soit plus heureuse qu’avant…

 

On produit et on jette, toujours plus et moins cher,

On se créée des besoins qu’on n’avait pas vus v’nir,

Quel que soit le pays, on joue la surenchère,

Et pourtant on vit mal, sans joie et sans plaisir…

 

On nous parle de puissance et de gloire millénaire,

De réussite sociale, et d’un rang à tenir,

On nous parle production ou bien chiffre d’affaire,

Mais quel est donc le prix d’un tout petit sourire ??

 

Combien pour le plaisir d’une vie éphémère,

Combien pour la confiance en chaque lendemain ?

Du fond de vos bureaux ou de vos ministères,

Y pensez-vous parfois, Messieurs les Philistins ?

 

Votre orgueil, vos conquêtes, vos choix et vos manières

Ont creusé un abîme entre les continents

Et ouvert pour longtemps les portes des Enfers

Que nous aurons du mal à sceller, à présent…

 

De la terre ne sommes-nous qu’un bourreau, un cancer ?

Une malédiction, une folie, une erreur ?

Ou saurons-nous, avant que n’implose l’univers,

Trouver le bon chemin, celui qui mène au cœur ?

 

Herrlisheim – 05 avril 2018

( 9 avril, 2018 )

Baby Dolls

Petites Baby Dolls aux yeux cernés de noir,

Fillettes grandies trop vite à l’ombre des magazines,

Qui se donnent rendez-vous matins, midis et soirs,

La posture provocante, plus vulgaires que mutines…

 

Elles campent aux lavabos dès les premiers frimas,

Mais investissent les quais aux premières douceurs,

La langue bien pendue et le rire en éclats,

De leur petit royaume, elles chassent les gêneurs !

 

Elles pérorent et se vantent, de tout, surtout de rien,

Partagent une cigarette, un soda, un croissant,

Se battent quelquefois, plus enragées qu’des chiens,

Pour un mot, un regard, elles peuvent montrer les dents !

 

Pas de petits secrets échangés à voix basse,

Aucune discrétion, aucune confidence,

Elles parlent haut et fort, sans douceur et sans grâce,

Comme si tous, nous devions, savoir leurs expériences…

 

L’injure au bord des lèvres, le regard méprisant,

Elles cherchent l’attention du monde qui les entoure,

Pour exister, peut-être, pour exister vraiment,

Pour le croire en tout cas, tant que dure le jour…

 

Ni charme, ni douceur sur ces visages fardés,

Aucune délicatesse dans les gestes, les postures,

Elles affichent fièrement toute leur vulgarité,

S’en couvrent comme d’autres revêt’raient une armure…

 

Pourquoi parler si mal, pourquoi crier si fort ?

Pourquoi ces gestes brusques, pourquoi être agressives ?

A croire qu’elles ne se lèvent que pour se battre encore,

A croire qu’elles ne savent vivre, que sur la défensive !

 

De quoi se défendent-elles derrière ces masques durs ?

De qui se protègent-elles, qu’est-ce qui leur fait si peur ?

A l’âge des possibles, des rêves et des murmures,

Pourquoi sont-elles pétries de colère, de rancœur ?

 

Je ne retrouve rien des rires de ma jeunesse

Dans leurs regards emprunts de haine et de méfiance,

Je n’y reconnais pas ces explosions de liesse,

Ni la douce folie des rêves d’adolescence…

 

Quels chemins leur montrer, quelles portes leur entrouvrir,

Pour qu’elles abandonnent là, leur monde désabusé ?

Comment sans leur mentir, leur parler d’avenir,

Pour qu’elles retrouvent l’envie, un jour, d’y habiter ?

 

Il faut bien, direz-vous, que jeunesse se passe,

Sans doute croiseront elles, un jour, une destinée,

Mais reconnaîtront-elles au fil du temps qui passe,

La minute essentielle où tout peut basculer ?

 

Quand je vois leur mépris des autres comme d’elles-mêmes,

Quand j’entends, pétrifiée, leur absence d’idéal,

L’amertume et la haine qu’elles affichent et qu’elles sèment,

J’ai pour leur avenir, une terreur abyssale,

                        une tristesse viscérale,

                        un doute monumental….

 

Herrlisheim – 30 mars 2018

( 9 avril, 2018 )

Les fantômes du rail,

Assise sur un banc, un sac à ses côtés,

Elle n’est pas différente des autres voyageurs,

Un vague sourire aux lèvres, perdue dans ses pensées,

Un peu nerveuse peut-être, quand elle regarde l’heure….

 

D’une main qui tremble un peu, elle fouille dans son sac,

D’un geste maladroit, elle en tire une image,

Celle de ses jours heureux qui met son cœur en vrac,

Et qui l’a menée là pour un ultime voyage…

 

Un train surgit soudain qui la fait sursauter,

Son souffle emporte au loin la vieille photo jaunie,

Elle la suit un instant d’un œil désabusé,

Et plonge dans le silence des désordres de sa vie !

 

Une heure et puis une autre, assise sur ce banc

La tête basse, les mains jointes comme pour une prière,

Loin de la vie qui bat, loin du monde et du temps,

Immobile, elle se fond dans le décor de pierre…

 

On la repère bien sûr, on sait ses intentions,

Par habitude sans doute, par expérience, hélas…

On s’approche, on lui parle, on sonde ses émotions,

On s’improvise rempart à chaque fois qu’un train passe !

 

On cherche le sésame, le mot qui l’éveillera,

On cherche dans son regard, une larme, un éclat,

Une étincelle de vie qui, peut-être, s’allumera,

Une étoile dans son ciel, pour pas que sonne le glas…

 

On lui offre un verre d’eau, un geste ou un sourire,

L’attention qui saurait fissurer son armure,

On ne pose pas d’questions, on ne parle pas d’av’nir,

Mais on cherche, pas à pas à franchir tous ses murs !

 

Son regard fuit le nôtre, son silence nous exclut,

Elle frissonne sous le vent, mais refuse de bouger,

Elle a cet air perdu de ceux qui n’y croient plus,

Cette presque transparence des cœurs désespérés…

 

…/…

 

Il arrive parfois que nos mots, nos silences

Viennent toucher son âme, au fond de ses enfers,

C’est presque inespéré, on saisit notre chance

Pour l’emmener douc’ment loin du chemin de fer !

 

On la guide, pas à pas, on la met à l’abri,

On obtient un regard, un nom, un téléphone

Pour appeler un parent, une sœur, un ami

Qui saura apaiser la douleur qui résonne !!

 

Mais il arrive aussi que tous nos mots soient vains,

Qu’elle soit déjà si loin du monde et ses couleurs

Que quels que soient les mots, les efforts, les soutiens,

Ce sera sous un train qu’elle jettera ses douleurs !

 

Ici et maintenant, si on tourne le dos,

Ou peut-être demain si on la fait partir,

Malgré tous les méd’cins, les drogues et les mots,

Du rail elle est déjà, fantôme en devenir…

 

Herrlisheim – 25 mars 2018

( 12 mars, 2018 )

Les maîtres du temps,

Ils arrivent avant l’aube, les yeux plein de sommeil,

Endossent leur tenue, un peu comme une armure,

Et avant qu’à l’Orient ne pointe le soleil,

Ils auront, une à une, fait jouer les serrures…

 

L’œil professionnel et le geste assuré,

Ils passent en revue les coins et les recoins,

Ils cherchent le détail qu’ils auraient oublié,

La fausse note qui aurait échappé à leurs soins…

 

Et lorsque sonne l’heure à l’horloge centenaire,

Le sourire satisfait, ils éveillent la gare…

Un quai, et puis un autre retrouve ses lumières,

Et pour finir, bien sûr, le grand tableau départ !

 

Commence alors pour eux, une course contre le temps !

Le temps qui file trop vite quand il faut siffler l’heure,

Ou le temps qui se traîne quand survient l’incident

Et qu’il faut rassurer mille et un voyageurs !

 

Deux minutes d’arrêt ! Allez ! Faut se presser !

Non monsieur, on n’monte plus, toutes les portes sont closes,

C’est pas pour vous gêner, c’est par sécurité,

C’est embêtant, je sais, mais vos vies sont en cause !

 

Bonjour mad’moiselle, que puis-je faire pour vous ?

Dans le train qui s’éloigne, est resté un bagage ?

Ne vous inquiétez pas, on va chercher pour vous,

Peut-être pourrez-vous vite poursuivre votre voyage…

 

Tiens, voilà Béatrice qui repart au long cours…

Son éternel sourire, et son œil pétillant…

Calée dans son fauteuil, bien sûr, comme toujours,

Un mot gentil pour nous, aussi, comme souvent !

 

Et puis voilà Fernand qui retrouve son banc,

Qui marmonne dans sa barbe au gré de ses tourments,

Le monde autour de lui, il s’en moque totalement,

Le dernier train pour lui, est passé y’a longtemps…

 

Une volée de moineaux, hauts comme trois pommes assises

Envahit le grand hall, des étoiles plein les yeux,

C’est leur premier voyage, ils croulent sous les valises,

Allez ! Tout l’monde s’y met, on les aide un p’tit peu !

 

Attention messieurs-dames, voilà les p’tites voleuses !

Diablesses au visage d’ange, prêtes à vous faire les poches !

Gardez bien vos bagages loin d’ces ensorceleuses,

Sous peine d’être victimes de ces drôles de gavroches !

 

Et tournent les aiguilles, et défilent les heures,

Un train, et puis un autre, dans une ronde sans fin…

Et passent les minutes, et s’enchaînent les heures,

Un client, puis un autre, à chacun son refrain…

 

De l’aube jusqu’à mi-nuit, courent les maîtres du temps,

Qui portent à bout de bras, les rêves des voyageurs,

Du lundi au dimanche, peu importe le temps,

Ils sont l’âme des gares, sa vie et ses couleurs !

 

 

Herrlisheim – 12 Mars 2018

( 12 mars, 2018 )

L’absence

Ça vient sans crier gare, comme ça, un soir d’hiver,

Ça vous tombe dessus sans signe avant-coureur,

Juste un petit pincement dans la région du cœur,

Un voile qui se pose, cache un peu la lumière…

 

C’est juste un vieux refrain qui réveille la mémoire,

Une photo, un parfum, qu’on avait oubliés,

C’est un sourire charmeur sur du papier glacé,

Une impatience sourde à poursuivre l’histoire…

 

On y pense une seconde, et la vie nous rattrape,

Le boulot, les copains, les plaisirs quotidiens…

La petite bulle de spleen éclate au jour qui vient,

Comme un rêve lointain, au matin nous échappe !

 

Elle est bien là pourtant, au cœur de nos silences,

Qui se nourrit d’un rien, d’un rêve sans lendemain,

D’un rendez-vous manqué parce qu’on rate le train,

D’un regret qui grandit quand se creusent les distances…

 

On bâillonne les pensées qui hurlent dans nos têtes,

On cherche du bonheur au creux de chaque chemin,

On met nos espérances dans chaque nouveau matin,

Mais l’absence, sournoise, ternit toutes nos fêtes…

 

Elle puise toute sa force dans l’ombre d’un regret,

Se nourrit à la table de tout le temps qu’on perd,

S’abreuve de nos larmes, se rit de nos colères

Et pose sur nos printemps un reproche muet…

 

Pour pas laisser la place à la mélancolie,

On étouffe nos souv’nirs, on verrouille nos mémoires,

Aux bals de la vie, on s’enivre chaque soir

Pour mieux barrer la route à toutes nos nostalgies…

 

Dans chaque bon moment, on la fait reculer,

Et chaque nouveau sourire voit refleurir l’espoir,

Dans chaque seconde d’oubli, on vit une victoire,

Une cage où retenir les rendez-vous manqués…

 

Parce qu’il y aura un jour, une nouvelle occasion,

Que s’ouvrira bien sûr, la trace d’un chemin,

Que se lèvera bientôt, l’étoile du matin

Qui nous ramènera vers nos belles émotions…

 

L’absence ne sera plus alors qu’un souvenir,

Disparue dans l’éclat du sourire retrouvé,

Les regrets s’effaceront avec le vent d’été,

Les colères s’envoleront dans l’éclat de nos rires !!

 

Mais quand ça vient comme ça, que ça pince, que ça mord,

Que ça vous tombe dessus comme une pluie d’orage,

Qu’on n’voit plus dans la nuit, même l’ombre d’un rivage,

Bien long est le chemin qui vous ramène au port…

 

Herrlisheim – 03 Mars 2018

( 12 mars, 2018 )

Indifférence

S’il en est qui ne sont que des contrariétés,

Des fins d’non-recevoir, de simples égratignures,

D’autres, plus dangereuses, nient le droit d’exister

A notre humanité planquée derrière ses murs !

 

Ça m’agace, ça m’énerve et me met en colère,

C’est vexant, c’est frustrant, blessant et humiliant !

C’est une pointe de doute qui d’un coup se libère,

C’est un chagrin aussi, profond, lourd et troublant…

 

Ce sont des mots lancés que personne ne rattrape,

C’est un regard qui glisse et qui ne me voit pas,

C’est la pire des violences, une griffure, une chausse-trappe,

C’est une gifle qui claque comme une porte qui bat…

 

C’est la confiance qui fuit, l’orgueil que l’on blesse,

C’est pour chaque nouveau pas, comme une hésitation,

C’est l’armure qu’un beau jour, autour de soi on dresse,

Un regard qui vacille, une désillusion…

 

Plus blessante qu’un refus, un regret, une moquerie,

Plus sournoise que la haine et son cortège de peurs,

C’est une chappe de plomb qui écrase les vies,

Une geôle, une oubliette pour nos rêves et nos pleurs…

 

C’est un mot qu’on n’dit plus, un geste qu’on n’fait pas,

Un coup d’pouce refusé qui n’coûterait pourtant rien,

Une minute de ton temps, c’est tout c’que ça coûtera,

Précieux cadeau pourtant, une force, un soutien…

 

C’est l’amour que l’on offre et froidement rejeté,

Un conseil espéré qui n’rencontre qu’un mur,

Un soutien demandé et mille fois ignoré,

Un espoir abattu sans même un seul murmure !

 

C’est le p’tit chien errant qu’on refuse de voir,

La terreur, la détresse qui hurlent pourtant si fort,

C’est le mendiant tremblant, couché sur un trottoir

Qu’on enjambe sans un geste, un mot de réconfort…

 

C’est l’ami qu’on oublie sur le bord du chemin,

Ou l’inconnu perdu qu’on chasse d’un regard,

C’est chaque pas vers toi qui m’égare plus loin,

C’est ton mur de silence qui m’interdit d’y croire !

 

C’est l’écart, le détour, qu’on fait d’un pas pressé,

Le soupir étouffé qui dit plus que des mots,

C’est tout c’que je ressens quand tu me tournes le dos,

C’est cette moue agacée et ma main ignorée…

 

C’est regarder au loin, c’est regarder ailleurs,

C’est faire taire son cœur et mus’ler sa conscience,

C’n’est même pas d’l’égoïsme, du cynisme, de la peur,

C’est juste du mépris, juste de l’indifférence…

 

Herrlisheim – 03 Mars 2018

( 9 février, 2018 )

Quand tombe la neige,

Ah tiens, voilà qu’à la mi-février,

L’hiver nous fait la grâce d’une apparition…

Et alors qu’on espérait un soleil printanier,

C’est de neige que le ciel couvre nos illusions…

 

En ville ou en campagne, les arbres s’habillent de blanc,

Les oiseaux se faufilent jusqu’au cœur des fourrés,

Dans les cours, dans les champs, s’ébattent les enfants,

…Et jusqu’aux vieux murs gris qui retrouvent une beauté…

 

Il y a cette lumière, il y a ce silence

Qui apaisent un instant nos âmes trop à l’étroit

Pendant qu’en nos mémoires, les souvenirs d’enfance

Reviennent caresser les matins d’autrefois…

 

Mais la magie, hélas, ne dure qu’un moment,

Le temps d’un batt’ment d’cils, ou le temps d’un sourire,

On oublie dans l’instant le charme du tableau blanc,

On n’voit plus qu’la pagaille qu’il va falloir souffrir…

 

Et alors que le monde est à feu et à sang,

Que certains meurent de froid, de faim ou d’ignorance,

Ce qui fera la une, ce soir, sur nos écrans,

Ce sera nos humeurs et toutes nos impatiences…

 

Ça y est, c’est reparti, on se met à râler !

Pourquoi n’est-ce-pas salé ? Pourquoi ces trains en r’tard ?

Et ces bus qui n’roulent pas ! Comment aller bosser ?

A notre époque, vraiment, je ne peux pas y croire…

 

Bien sûr, c’est pas facile, on dérape et on glisse,

Bien sûr, on perd du temps, on a même un peu peur,

On perd un peu patience, s’imagine au supplice,

Mais…mais c’est l’hiver voyons, le blanc est de rigueur…

 

Entre nous, moi non plus, j’n’aime guère tous ces flocons

Quand ils me ralentissent, m’obligent à la prudence,

Quand ils compliquent ma vie, je râle à l’unisson,

Et puis je me souviens, du temps de mon enfance…

 

Je me revois enfant, écoutant, fascinée,

Une grand’mère, une grand’tante raconter ses hivers,

Les jours au ralenti, les soirs à la veillée,

Quand le froid et la nuit enveloppaient leur terre…

 

On vivait en ce temps, au rythme des saisons,

On laissait la nature hiberner tranquillement,

L’hiver, c’était le temps des travaux en maisons,

Le temps de préparer, peu-à-peu le printemps…

 

C’était le temps aussi de joyeuses retrouvailles,

Le temps d’avoir le temps d’accueillir ses amis,

Le temps de raconter, le temps des fiançailles

Qu’un mariage à l’été comblerait de ses fruits !

 

Mais aujourd’hui le monde ne connaît que l’urgence,

On ne sait que courir de janvier à décembre,

Il faut vivre et produire sans aucune différence

Au soleil, sous la neige ou les brumes de novembre…

 

On chasse le naturel, on viole notre terre,

Forçats de sociétés sans égard pour l’humain,

On marche à pas forcés, on contraint, on se perd,

Et tant pis pour le monde, et tant pis pour demain…

 

Alors bien sûr, on râle quand on nous ralentit,

Rien ne doit entraver notre fuite en avant,

Mais je rêve qu’un beau jour, peut-être est-ce aujourd’hui ?

Nous retrouverons enfin, la sagesse d’antan…

 

 

Herrlisheim – 09 février 2018

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