( 21 septembre, 2018 )

Il y a des mots

Il y a des notes, il y a des mots

Qui vous prennent, vous emportent à la première seconde

Et résonnent dans les cœurs, comme l’image, comme l’écho

De toutes nos douleurs, nos émotions profondes…

 

Ils se glissent dans nos têtes, colonisent nos pensées,

Obsédants, enivrants comme un nouvel amour,

Ils nous volent quelques larmes au détour de l’été,

Et un sourire aussi, quand la voix est velours…

 

Qu’ils claquent comme l’onde furieuse d’un torrent

Qu’ils caressent nos âmes comme une brise d’été,

Ou réchauffent nos rêves comme une aube au printemps,

Ils deviennent un repère, un roc où s’amarrer !

 

Ils disent mieux que nous la force de nos colères,

Expriment plus fort que nous le feu de nos passions,

Ils apaisent nos chagrins, d’aujourd’hui comme d’hier,

Et offrent à nos amours l’audace des émotions…

 

Il y a des notes, il y a des mots

Qui, à nos sentiments sont comme une évidence,

Qui en sont le reflet, le double, l’alter ego,

Et s’accordent à nos vies jusque dans ses silences !

 

Et puis il en est d’autres, discrets, confidentiels

Qui peinent à se frayer un chemin vers nos cœurs !

Pas de grande émotion, d’étoiles ou d’arc-en-ciel,

De souv’nirs réveillés, de sourires rêveurs…

 

 

On entend tous les mots, puissants, tendres ou sensuels,

Mais qui ne bousculent pas nos doutes, nos certitudes,

On sait la mélodie, piquante, douce ou rebelle,

Mais qui n’allège pas nos longues solitudes…

 

On a saisi l’idée, on a compris le sens,

On devine l’émotion au fil des mots qui pleurent,

Mais ils sont loin, trop loin du chant de nos silences,

Trop éloignés de nous, du cri de nos douleurs…

 

Ils ne nous touchent pas, ils ne nous parlent pas,

N’interpellent pas en nous, nos sensibilités,

Ils glissent sans s’arrêter, sans nous donner le la

Pour qu’à nos sentiments on puisse les accorder !

 

Peut-être reviendront-ils, un soir, sans crier gare,

Raconter un chapitre, une page de notre vie,

Peut-être deviendront-ils, par amour, par hasard,

Le refrain d’notre histoire et de nos nostalgies ?

 

Car il y a des notes, car il y a des mots

Dont on attend beaucoup, dont on attend bien trop,

Des notes qui nous portent, des mots à demi-mots

Pour toutes nos nuits de larmes, pour des rêves plus hauts…

 

 

Herrlisheim – 21 septembre 2018

( 16 septembre, 2018 )

Jour de rentrée,

Le ciel au diapason pleure la fin de l’été,

Sur les cartables neufs et sur les parapluies,

Quand, aux yeux des mamans, une perle salée

Se cache dans un sourire, se mêle à l’eau de pluie…

 

C’est jour de rentrée au pays de Voltaire,

Ados dégingandés et tout petits Poulbots

Reprennent les chemins qu’avaient suivis leurs pères,

Sur les pas de Verlaine, La Fontaine ou Hugo…

 

Après le long été sur les quais alanguis

Qui ont vus défiler valises et sacs à dos,

Toute une génération, le regard endormi

Se rassemble peu à peu à l’abri de la pluie…

 

D’abord les p’tits nouveaux, timides, un peu perdus

Qui cherchent dans la foule un visage familier,

A deux on est plus fort pour vaincre l’inconnu,

Et affronter le monde, si grand et sans pitié…

 

Ils débarquent des bus, des trains ou des voitures,

Téléphone dans une main, ils cherchent leur chemin…

Quelle rue prendre, quel train…ils ne sont plus si sûrs…

Ils tournent et ils hésitent…ça ira mieux demain !

 

Puis arrivent à grand bruit, les grands, les habitués,

Qui connaissent les lieux, les us et les coutumes…

Ils retrouvent leurs copains oubliés tout l’été,

Et comme si c’était hier, leur petit coin d’bitume…

 

 

Sous un porche, sur un quai ou dans une salle d’attente,

Ils marquent pour une année, leur coin, leur territoire…

C’est là que chaque jour, qu’il pleuve ou bien qu’il vente,

Ils se retrouveront chaque matin et chaque soir…

 

Arrivent les internes, remorquant leurs bagages,

Certains à contre cœur, d’autres dans l’allégresse,

Cette petite aventure, ce chang’ment d’paysage,

C’est un tout premier pas dans leur rêve de jeunesse !

 

Ils partent ou bien arrivent pour une semaine au moins,

Premier apprentissage d’un peu d’indépendance,

Septembre leur est pénible, mais quand arriv’ra juin,

Ils auront su trouver une nouvelle assurance !

 

Ah ! les voilà enfin, les caïds, les meneurs,

En retard comme toujours sur les quais de la gare,

Qui rateront leur train ou de la cloche l’heure,

Sans la moindre inquiétude au fond de leur regard…

 

Ils pass’ront bien des heures à errer dans la gare,

Et des journées entières à tromper leur ennui,

Affalés sur les bancs ou flânant au hasard,

Passant d’un quai à l’autre, jouant avec leur vie…

 

Et, bien évidemment nous arrivent les distraits,

Qui ont laissé leur sac, leur veste ou leur casquette

Poursuivre le voyage bien au-delà d’l’arrêt,

Et ont les yeux qui brillent d’une inquiétude muette !

 

 

Ils réclament notre aide avec appréhension,

Appellent père et mère des sanglots dans la voix,

Cherchant dans nos regards un peu d’compréhension,

Evitant de leurs pairs les p’tits sourires narquois…

 

Sentinelles attentives sur les quais, dans les trains,

Nous veillons patiemment du matin jusqu’au soir,

Pour faire de ce jour, un souvenir serein,

Car c’est jour de rentrée sur nos quais, dans nos gares…

 

Herrlisheim – 16 Septembre 2018

( 16 septembre, 2018 )

La jeune fille au chien

Une silhouette élancée, un regard droit et fier,

Elle attire sur elle presque tous les regards,

Elle avance d’un pas vif, aérienne et légère,

Sylphide décalée qui traverse la gare…

 

A deux pas devant elle avance un animal,

Est-ce un chien, est-ce un loup ? La question est permise…

Une attaque on le sent pourrait être fatale,

Mais la bête à la belle tendrement est soumise !

 

Son regard attentif nous observe à distance,

Un geste, un pas de trop et il gronde doucement,

Mais d’un geste la belle apaise sa méfiance,

Et la bête reprend sa marche calmement !

 

Elle mendie quelquefois aux abords de la gare,

En toute discrétion, sans agressivité,

Elle salue et nous rend nos sourires, nos regards,

Sans crainte apparemment que nous puissions juger…

 

Errants et marginaux l’abordent avec respect,

Nul ne lui cherche noise, ne conteste sa présence,

Grâce au chien, sans nul doute, mais aussi parce qu’elle sait

Accepter leurs colères, leurs peurs, leurs différences !

 

Qui est-elle, d’où vient-elle ? J’ai cherché à savoir,

Mais la belle est discrète, ne répond qu’d’un sourire,

Ou parle de son chien, occultant son histoire,

Et d’un geste de la main, balayant l’avenir !

 

 

Mais de son chien elle parle, elle raconte, elle bavarde,

Presque comme une maman, si fière de sa noblesse,

Elle raconte ses exploits, ses jeux et ses bravades,

Toutes ses bêtises aussi et ses marques de tendresse !

 

Son regard s’illumine quand elle raconte son chien,

Ses gestes se font plus doux, plus sereins et plus tendres,

Mais nul ne s’y trompe, mine de rien, elle prévient,

Notre chair à ses crocs pourrait bien être tendre…

 

Silhouettes à contre-jour dans le soir qui tombe,

La jeune fille et son chien s’éloignent d’un pas tranquille,

Avalés par la nuit, ombres parmi les ombres,

Vers quels rêves étoilés leurs pas les mènent-ils ?

 

Princesse de la rue éprise de liberté,

Ou gamine perdue d’une société prison,

Elle se livre trop peu pour qu’on puisse en juger,

Mais je l’espère heureuse et libre au gré de ses saisons…

 

Herrlisheim – 13 septembre 2018 

( 5 septembre, 2018 )

N’oublie jamais

Oublie, oublie le monde et ses colères,

La folie de l’Homme et ses absurdités,

Les fleurs que l’on piétine, les dieux que l’on vénère,

Oublie pour une heure, ou une seconde d’éternité !

 

Oublie les regards qui glissent sans te voir,

Oublie les silences de tes dimanches de pluie,

Oublie les envies et les rêves illusoires,

Et jusqu’à tes cauchemars et tes nuits d’insomnie…

 

Oublie toutes les questions qui n’ont pas de réponse,

Et oublie les réponses à tes cent mille questions,

Oublie le temps qui court et le monde qui renonce,

Oublie l’ombre qui passe sur ton cœur en fusion !

 

Oublie toutes tes peurs et toutes tes espérances,

Oublie celui qui part et qui ne revient pas,

Oublie même tes victoires, tes folies et tes danses,

Et oublie les regrets, les lâchetés, les faux-pas !

 

Oublie tes nuits d’ivresse sous un ciel étoilé,

Et ton cœur qui s’enflamme pour un souffle, un murmure,

Oublie la mer qui gronde et son immensité,

Les vagues sur les rochers comme tes rêves contre un mur…

 

Oublie ce qui fait mal comme ce qui fait plaisir,

Oublie ta moindre honte, tes combats, ton courage,

Occulte ta mémoire de tous ses souvenirs,

De tes envies d’ailleurs, d’espaces et de voyages !

 

 Au mitan de ta vie, oublie toutes tes douleurs,

 

Oublie le vent qui hurle les couleurs du remords,

Oublie la pluie qui bat tes larmes de rancœur,

Les chagrins qui demain pourraient t’abattre encor’ !

 

Oublie les rendez-vous, les ratés, les manqués,

Et tes amours perdues, enfuies à tout jamais,

Oublie les amitiés, flouées, pillées, gâchées,

Et toute la maladresse de tes aveux désuets…

 

Oublie le vent d’automne et tous les arcs-en-ciel,

Le ciel bleu du printemps, le vol des hirondelles,

Oublie toutes les douceurs, sucrées au goût de miel,

Et le parfum des roses, poivré, lourd et sensuel !

 

Oublie la petite fille qui rêvait d’aventure,

De passions éternelles, de voyages au long-cour,

Oublie son regard fier quand d’elle elle fut si sûre,

Et jusqu’à son reflet dans les torrents qui courent !

 

Oublie les frustrations et les humiliations,

Oublie l’indifférence, les pointes de jalousie,

Tes incompréhensions et toutes tes déceptions,

Les portes qui se ferment, l’injustice de la vie…

 

Oublie, mais n’oublie pas la douceur d’un regard,

Un sourire, un coup d’fil ou une main tendue,

N’oublie pas les mots tendres, spontanés et sans fard

Qui guidaient tes pensées quand elles étaient perdues…

 

N’oublie pas la caresse qui a cueilli tes larmes,

Ni les bras grand-ouverts où pleurer tes chagrins,

N’oublie pas cette épaule où tu rendais les armes,

Ni l’écoute attentive jusqu’au petit matin…

 

N’oublie rien de l’Amour ni de tes émotions,

Aucun des mille batt’ments de ton cœur amoureux,

N’oublie jamais aucune de tes folles passions,

Ni la moindre étincelle qui alluma tes yeux…

 

N’oublie pas les audaces que ton cœur a voulues,

Ni aucune des chaînes dont tu t’es libérée,

N’oublie pas la tendresse offerte ou bien reçue,

Ni chaque jour de trouver, mille raisons d’aimer…

 

Herrlisheim – 4 Septembre 2018

( 2 septembre, 2018 )

Les visages du passé

Pris du matin au soir dans les filets du temps,

On a laissé filer quelques amitiés rares,

Au bord de nos chemins, sans y penser vraiment,

On a perdu la trace d’un sourire, d’un regard…

 

On y pense bien sûr, deux ou trois fois par an,

Pour un anniversaire ou pour l’année nouvelle,

Puis la vie, implacable, nous entraîne, nous reprend,

Et la pensée s’estompe comme une ombre au soleil…

 

Et passent les années, et glissent les saisons,

Et nos cœurs s’abandonnent à de nouveaux sourires

Pendant que le passé se met au diapason

De nos musiques anciennes qui berc’nt nos souvenirs !

 

Puis il arrive parfois que la vie, facétieuse,

Conjugue au présent des visages du passé,

Comme après la marée sur une mer houleuse,

On trouve sur les plages des vestiges oubliés…

 

On sourit au hasard d’une rencontre fortuite,

On échange quelques mots, rapides, entre deux trains,

Et on reprend sa route, souvent un peu trop vite,

Mais le cœur étrang’ment plus léger, plus serein…

 

Puis un autre visage ressurgit un matin,

Un brin d’adolescence, d’insouciance, de jeunesse,

Un ami d’autrefois, un amour sans lend’main,

Ou ce refrain d’hier qui soignait nos tristesses…

 

 

Et c’est la vie entière qui refleurit soudain,

Nous montrant les jardins du chemin parcouru,

Ce sont tous ces bonheurs oubliés un matin

Qui remettent dans nos yeux un éclat disparu !

 

C’est le temps qui nous rend ce qu’il nous a volé,

Apaisant les chagrins, les tourments, les blessures,

Mais qui nous rend intactes les émotions passées,

La douceur d’un regard, le secret d’un murmure !

 

…/…

 

J’ai croisé récemment ces sourires, ces visages,

Trouvé dans un regard une même reconnaissance,

Est-ce un signe, un hasard, un mirage,  un présage ?

Ou juste un joli rêve au cœur de nos silences ?

 

Quand j’accroche un sourire, un signe ou un regard,

Quand d’un mot on retrouve notre complicité,

Quand on se redécouvre en quelques mots sans fard,

J’ai pour le temps passé, une nostalgie sucrée…

 

Herrlisheim – 02 Septembre 2018

( 30 août, 2018 )

Il était un coquelicot,

Il nous est arrivé sur les ailes du vent,

Depuis le champ voisin, ou de beaucoup plus loin,

Sous le chemin de fer, il s’est glissé viv’ment,

Pour trouver dans la terre, une source à ses besoins…

 

Endormi tout l’hiver, loin du froid et du vent,

Aux premières douceurs, il étire ses racines,

A la terre nourricière, il s’accroche vaillamment,

Et tourne son cœur tout neuf vers l’aube cristalline…

 

Usant de tout son art, et d’un instinct primal,

Il évite les pierres, et tous ses prédateurs

Pour se désaltérer de rosée matinale,

Sous l’œil indifférent de tous les voyageurs

 

Accroché vaille que vaille au bord du quai de pierre,

Chaque jour plus solide, chaque jour plus vivant,

Il étale ses feuilles, les gorge de lumière,

Quand son bouton timide, tangue et danse sous le vent…

 

Ses pétales fripés apparaissent un matin,

Petite tache écarlate dans la lumière de l’aube,

Les uns contre les autres dans le soleil qui point,

Dans un ultime élan il déploiera sa robe…

 

Deux jours, peut-être trois pour s’offrir aux regards,

Malgré toute la violence du souffle des trains qui passent,

Deux- trois jours seul’ment en plein cœur de la gare

Comme pour prouver au monde sa force plus que sa grâce !

 

Chaque jour je découvre avec émerveillement

Sa gracile beauté, sa fragile puissance,

J’y vois comme un espoir, la lueur d’un printemps

Pour tous ceux qui un jour, ont perdu la confiance !

 

Il n’a pas le parfum capiteux de la rose,

Ni la robe majestueuse de la belle orchidée,

Du lys royal et fier, il ne prend pas la pose,

C’est juste un coquelicot, de son monde égaré…

 

Réfugié loin des siens, de sa terre maternelle,

Dans ce désert de pierre, il lutte pour sa vie,

Etrange similitude dans la ronde éternelle

Avec ceux d’entre nous que l’on chasse et qui fuient…

 

J’imagine la force, j’imagine le courage,

Et toute l’envie de vivre qu’il a dû déployer

Pour vaincre les obstacles de son si long voyage

Et venir fleurir là, dans ces pierres fissurées…

 

Pied d’nez au vent du nord qui l’a mené ici,

Loin des terres fertiles, loin de ses frères et sœurs,

Symbole sans conteste des sans-noms, des petits,

Si j’avais une bannière, il en serait la fleur !

 

 

Herrlisheim – 10 Juin 2018

( 30 août, 2018 )

Entre deux,

Il y a eu la musique qui nous as rassemblés,

Des mots et puis des rimes qui nous ont chavirés,

Il y a eu des échanges, des rêves et des partages,

Un enthousiasme fou surgi dans ton sillage…

 

Il y a eu l’impatience de partir sur les routes,

Sans se poser d’questions, sans l’ombre du moindre doute,

Il y a eu toutes ces routes qui filaient sous nos roues,

Des hôtels et des trains, et d’drôles de rendez-vous…

 

Il y a eu l’explosion des cœurs qui se libèrent

A la toute première note du tout premier concert…

Il y a eu toutes nos danses, nos larmes d’émotion,

Le plaisir sans égal d’une parenthèse passion…

 

Il y a eu des étés de jolies déraisons,

Des points d’exclamation pour rythmer nos saisons,

Y a eu des rencontres, de joyeuses retrouvailles,

Le soleil et la pluie comme autant de batailles !

 

Et puis un soir d’automne, il y eut une dernière fois,

Un ultime voyage, et nos cœurs soudain froids,

Un peu triste peut-être, au bord d’une aube grise,

Nous avons, en silence défait toutes nos valises…

 

Comme à la fin d’une fête, on a tout bien rangé,

Ramassé nos souv’nirs faits de papier glacé,

Et gardé bien au chaud, au creux de nos mémoires,

Toutes nos nuits étoilées et nos rêves d’un soir !

 

De partages en clin d’œil pour rompre nos silences,

Le temps s’en est allé, brûlant nos impatiences…

La vie nous a repris, nous offrant des soleils

Et des nuages aussi, comme un destin qui veille…

 

Les saisons, une à une ont glissé sur nos cœurs,

Sans que pâlissent, jamais, nos souvenirs à fleur…

D’un soleil de printemps, on a fait un av’nir,

D’une main sur un piano, un rêve en devenir…

 

Car nous sommes entre deux, et le manque nous gagne,

Malgré la vie qui coule comme torrent de montagne,

Car nous sommes à la veille d’une nouvelle aventure,

Et les heures, soudain, se figent, s’étirent et durent…

 

Ressurgissent les plaisirs, refleurissent les images,

On voudrait tout savoir, déjà, des paysages

Qui nous emporteront, ici, ou bien ailleurs,

Qui réveilleront nos vies et feront battr’nos cœurs !

 

Trois notes de piano pour nous faire patienter,

Un accord de guitare, pour nous électriser…

Une photo qui voyage plus vite que la lumière,

Et nos yeux qui s’allument d’une flamme légère !

 

Et nos cœurs en avance échappent au quotidien,

Nos pensées vagabondent déjà loin vers demain,

L’entre deux va mourir sur un nouveau refrain,

Nous allons repartir, ensemble sur tes chemins…

 

Herrlisheim – 30 Août 2018

( 12 août, 2018 )

Le panneau départs

Mais que devient une gare sans son panneau départs,

Qui d’une seconde à l’autre ravit puis désespère,

Selon qu’il affiche l’heure ou un temps de retard,

Qui brise notre patience ou provoque nos colères…

 

Peu importe la ville de France ou de Navarre,

Peu importe la taille, l’âge, la beauté des murs,

Il attire toujours le tout premier regard

De qui passe la porte du temple d’aventure…

 

Des allers, des retours, il marque le tempo,

Agace le pressé, rassure le flâneur,

Mais jamais l’un et l’autre ne lui tourne le dos,

Par crainte qu’en une seconde, il ne leur vole une heure…

 

Voyez chaque matin, tout à leur impatience,

Les voyageurs du jour, groupés, le nez en l’air

Qui attendent fébriles, dans un curieux silence

Que s’affiche la voie du convoi qu’ils espèrent…

 

Entendez ces soupirs quand enfin sonne l’heure,

Ces murmures agacés quand s’affiche un retard,

Le désordre joyeux de tous les voyageurs

Qui s’élancent d’un seul pas à l’annonce du départ…

 

Ecoutez résonner, quand ils existent encore,

Les tableaux à palettes, mécaniques du passé,

Qui, comme par magie, dans un clac-clac sonore,

D’un mot en font un autre dans un ballet rôdé !

 

Ils habillaient un mur, on les voyait de loin,

Aucune méprise possible, pas besoin de chercher,

Ils s’offraient aux regards du voyageur chafouin,

Répondaient aux questions du passant égaré…

 

J’ai, vous l’avez compris, une nostalgie tenace

Pour cet antique symbole, repère intemporel,

Et le regret chagrin, quand disparait sa trace,

Chassé de son domaine par des écrans virtuels…

 

Ils se ressemblent tous, ces nouveaux messagers,

Afficheurs bleus et verts, accrochés au hasard,

Qu’un rayon de soleil d’un coup va aveugler,

Mais sans âme surtout à offrir à la gare…

 

Qui peut encor’ rêver sous le panneau départs,

En voyant défiler mille possibilités ?

Qui peut s’imaginer voyageur du hasard

Dans toutes ces gares clonées, lissées, aseptisées…

 

Herrlisheim – 08 Août 2018

( 30 avril, 2018 )

Les âmes simples

Ils ont dans le regard la candeur de l’enfance,

La démarche un peu lourde, hésitante quelquefois,

Mais le sourire sincère, sans crainte et sans méfiance

De ceux qui n’voient jamais le mal, où qu’il soit…

 

Ils arrivent chaque jour avec le même train,

Souriants et bavards, ils traversent la gare,

Et reviennent chaque soir avec le même entrain,

Heureux de nous conter toutes leurs petites histoires !

 

L’heure exacte du train est pour eux un repère,

Comme l’arrêt d’autobus ou le quai de départ,

Mais bien vite dans leurs yeux naissent des larmes amères,

Lorsque le quotidien chavire et les égare…

 

C’est un bus parfois qui remplace le train,

Ou bien un incident qui décale l’horaire,

C’est un train en retard qui brouille leur quotidien,

Ou un train différent qui tout à coup, les perd…

 

C’est la panique soudain pour une panne d’ascenseur,

Un verrou capricieux qui les a enfermés,

C’est un écran éteint qui réveille leurs peurs,

Un retard d’autocar qui les fait paniquer !

 

Alors ils viennent vers nous, les yeux pleins d’espérance,

Expliquent leur problème en buttant sur les mots,

Luttant contre leur peur, ils nous offrent leur confiance,

Pour remettre à l’endroit leur monde qui prend l’eau…

 

Sont-ils ou non conscients de toutes leurs différences,

Dans ce bonheur sincère qui semble les habiter ?

Ils sont les âmes simples qui de leur innocence

Ensoleillent de leurs rires nos saisons oubliées…

 

Mais il en est certains, oubliés de la vie

Qui errent dans la gare dès le petit matin,

En quête d’attention, d’un peu de compagnie,

Ou juste d’une cigarette pour oublier demain…

 

Enfermés dans leur monde sans passé, sans av’nir,

Ils semblent chaque jour prendre le même chemin,

Se perdre et divaguer dans le même délire,

Répétant à l’envi les mêmes mots incertains…

 

Certains parlent d’enfants qu’ils iront bientôt voir,

D’autres d’un coin de France où ils vont retourner,

Pendant qu’une drôle de dame cherche dans sa mémoire

Ses souvenirs qui fuient plus vite que ses années…

 

Qui sont ces égarés ? Qui sont ces oubliés ?

Ames simples et perdues dans ce monde qui court…

N’y aura-t-il donc personne dans cette vie sans pitié

Pour bercer leurs angoisses, leurs peurs de chaque jour ?

 

Leurs regards nous renvoient à nos angoisses profondes,

Leur folie nous effraie chaque fois qu’elle nous effleure,

Quand, à courir sans cesse, sans perdre une seconde,

Nous oublions un peu, de nos âmes la couleur…

 

Herrlisheim – 30 avril 2018

( 30 avril, 2018 )

Souvenirs d’enfance

Vous souv’nez-vous des voyages éducatifs et des sorties scolaires ?

De vos classes vertes et de vos classes de mer ?

Vous souv’nez-vous des colonies d’vacances,

Quand vos cœurs hésitaient entre larmes et silence ?

 

Vous souv’nez-vous de ces veilles de grands départs ?

De vos nuits sans sommeil, des rêves et des cauchemars ?

Entendez-vous vos cœurs qui battaient bien plus fort,

De souv’nirs en avance, des plaisirs qu’ils ignorent ?

 

Avez-vous en mémoire cette joie mêlée d’angoisse,

Ce réflexe qui disait, soudain d’faire volte-face,

Quand avec un sourire on vous lâchait la main

Tout en faisant semblant de n’pas voir votre chagrin ?

 

Vous souv’nez-vous surtout des imposants bagages ?

Ces valises bien trop lourdes, trop grandes pour votre âge ?

Et des mille conseils et recommandations

Répétés à l’envi pour masquer l’émotion ?

 

… /…

 

Quand, au cœur du grand hall, je les vois patienter,

Ces groupes de bambins bruyants et excités,

Je ne peux m’empêcher, discrètement de sourire,

Rattrapée un instant par mes vieux souvenirs…

 

Il y a le boute-en-train qui ne tient pas en place,

Qui fait rire les copains, éloigne leurs angoisses,

Qui passe de l’un à l’autre juste pour faire connaissance,

Sourd aux rappels à l’ordre qui réclament le silence…

 

Assis sur sa valise, tête basse sans un sourire,

Se tient le plus timide, tout en larmes et soupirs,

Il aimerait être ailleurs, loin de ce hall de gare,

Ou bien être plus fort, plus joyeux, plus bavard…

 

A la lisière du groupe, juste un peu à l’écart,

Il y a les bonnes copines qui échangent leurs histoires,

Qui regardent d’un peu haut ces compagnons d’voyage,

« Ces gamins immatures vautrés sur leurs bagages… »

 

Et voilà le gourmand, plongé dans son sandwich,

Une main sur son soda, l’autre dans un paquet d’chips…

Un sac plein de douceurs posé là, à ses pieds,

Que parce qu’il a bon cœur il partage volontiers…

 

Isolé dans son monde, le nez dans son bouquin,

Celui-là pourrait bien, sans peine rater le train…

Un mot et puis un autre, il glisse de page en page,

C’est dans sa tête qu’il vit ses plus jolis voyages !

 

Et puis il y a bien sûr les accompagnateurs,

Les « monos » et les profs ou les instituteurs

Qui comptent et qui recomptent ces charmantes têtes blondes,

Un peu anxieux sans doute au milieu de la ronde…

 

Ils reviennent chaque année avec le mois de mai,

Réveillent les vieux murs qui sans eux sommeillaient,

Chaque année, différents, tous les mêmes pourtant,

Souvenirs de l’enfance, nostalgie de parents…

 

Herrlisheim – 28 avril 2018

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